Par Loïc Abadie, le 30/12/2008
Une fois la crise passée, la demande mondiale en énergie va reprendre sa hausse, sous l'effet de la reprise économique et du développement rapide de pays comme la Chine et l'Inde. Le problème des ressources en énergie devrait alors refaire surface. Les énergies renouvelables sont pour l'instant marginales : - l'éolien et la géothermie ne sont utilisables que dans des situations bien particulières (Islande et géothermie, certaines zone littorales pour l'éolien) et sont des sources très marginales incapables de couvrir une part importante de nos besoins énergétiques. - les bio-carburants nécessitent trop de surface cultivable et sont également assez marginaux en terme de contribution à nos besoins. - l'hydraulique est déjà massivement exploité. - L'hydrogène dont les médias parlent beaucoup n'est pas une source énergie mais un simple moyen de stocker l'énergie produite par d'autres moyens. - Seule l'énergie solaire est capable de couvrir nos besoins (et même bien au delà), mais on ne sait pas encore l'exploiter à des prix compétitifs face aux énergies fossiles. Malgré tout, pour l'approvisionnement du monde en énergie (de façon générale), il n'y a pas de problème majeur pour les 200 ans à venir à cause de l'abondance des réserves de charbon (c'est le niveau estimé des réserves en charbon). Ce n'est pas écologique du tout, c'est clair (même si les techniques actuelles sont beaucoup moins polluantes qu'avant au niveau des particules et du soufre, le problème du CO2 existe toujours), mais l'écologie ne pèsera malheureusement quasiment rien dans un contexte de reprise économique mondiale et de forte demande en énergie après la crise. Pour le pétrole, la situation est plus complexe : On peut trouver sur le web, des sites qui nous parlent d'un prochain épuisement des ressources en pétrole (peak oil) et d'un monde dans lequel le pétrole viendrait à manquer ou deviendrait extrêmement cher. Plus en détail, la théorie du peak oil est en partie vraie : Le problème de l'épuisement ne se pose pas quand près de 100% des réserves ont été consommées, mais à 50%. Au delà de ce seuil « fatidique » de 50%, la production commence à fléchir (la moitié des réserves a été consommée), alors que la demande (via Chine et Inde) continue d'augmenter. Résultat : les prix flambent même si il y a toujours du pétrole. Actuellement, on a de bonnes raisons de penser que ce seuil de 50% est proche (on l'atteindrait dans un délai de 5 à 15 ans, difficile à dire). En tout cas les champs d'Amérique du Nord et de la mer du Nord sont déjà sur le déclin, et la moitié des réserves du plus gros champ du monde (Ghawar en arabie-saoudite) a été consommée. Par contre, et c'est à ce niveau que les tenants de la théorie du peak oil se trompent, il existe des solutions de remplacement relativement bon marché : 1) Les sables bitumineux canadiens forment des réserves potentielles en pétrole équivalentes à celles de l'Arabie Saoudite et permettent de produire du pétrole synthétique à un prix de revient d'environ 20-25$ US (25-30$ canadiens) par baril. Des ressources du même type existent au Venezuela (Orénoque) et en Sibérie. Le groupe Syncrude a fait depuis longtemps la preuve de la rentabilité de son modèle économique (il existe depuis 1978) et a déjà produit près de 2 milliards de barils avec une forte accélération ces dernières années qui va se poursuivre (200 000 barils par jour (bpj) actuellement, 500 000 bpj prévus pour 2015). Syncrude couvre déjà 15% des besoins en pétrole du Canada et de nombreux autres projets voient actuellement le jour dans la région de l'Alberta. 2) Autre source possible, encore plus importante, et appelée à un développement considérable : le « coal to liquid » C'est à dire la transformation du charbon en pétrole synthétique via la réaction de Fischer-Tropsch. La réaction de Fischer-Tropsch utilise comme matière première (au choix) le charbon, le gaz naturel, ou même la biomasse et fonctionne très bien avec le charbon seul (tous les types de charbon sont utilisables, la lignite, présente en abondance sur tous les continents étant économiquement le type de charbon le plus rentable pour cette réaction). Ce procédé est connu depuis longtemps (1923) et a assuré l'autonomie en pétrole de l'Allemagne nazie et de l'Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid. Pour les aspects économiques, voici quelques ordres de grandeur : - Les investissements nécessaires sont de l'ordre de 60 000 à 80 000 $ par baril de production journalière (bpj) d'après les études américaines disponibles mais Sasol prévoit d'abaisser ce seuil à 50 000$/bpj dans les nouveaux projets de grande taille lancés en Chine (article).
Le livre de l'auteur : La crise financière 2008-2010 : mode d'emploi pour la décrypter et l'exploiter
Il y a 5 commentaires sur cet article - Voir les commentaires et réagir