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| Rodolphe Vialles
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Alors que la monnaie unique européenne n’existe que depuis 8 ans (et
seulement 5 ans dans le portefeuille des européens), elle a acquis depuis, le
statut de deuxième monnaie mondiale derrière le dieu dollar. Un bon indicateur
de la confiance accordée dans une devise est de regarder le montant des encours
des grandes banques centrales. En effet, les pays détiennent des réserves de
changes constituées d’un panier de plusieurs monnaies.
Aujourd’hui l’euro pèse pour près de 26% dans les réserves de change
mondiales, à la deuxième place après le dollar américain qui représente environ
64% des montants. La part du billet vert ne cesse d’ailleurs de reculer au
bénéfice de l’euro et on assiste à un certain rééquilibrage même si la
prééminence du dollar est encore forte.
Il n’y a donc pas à chipoter, l’euro est bien aujourd’hui la deuxième monnaie
mondiale. Elle bénéficie d’une forte cote auprès des grandes institutions
financières ainsi que sur le marché des changes où la paire euro/dollar est de
loin la plus échangée.
Si ce statut de médaillé d’argent est incontestable, il y a encore du travail
à faire pour que l’euro devienne une réelle monnaie d’échange planétaire entre
les individus. Et on s’aperçoit que le fossé est grand entre une monnaie
scripturale de référence et une monnaie fiduciaire de référence. Petit rappel à
toutes fins utiles, la monnaie scripturale est constituée des dépôts à vue dans
les organismes financiers, son existence est relativement virtuelle
(électronique, virements, chèques, jeux d’écritures). Les espèces sonnantes et
trébuchantes (pièces, billets) correspondent à la monnaie fiduciaire.
Pour mesurer encore l’écrasante domination du dollar fiduciaire, il suffit de
faire une expérience simple mais très parlante : rendez vous dans un pays
étranger et essayez de payer un restaurant en dollars ; pas de problèmes. Faites
la même chose avec des euros, ça marche de plus en plus souvent. Par contre,
proposez une pièce de 2 euros à un réceptionniste d’hôtel ou deux billets de un
dollar, le choix sera vite fait et votre serviteur s’en ira souriant avec ses
deux billets verts. Et pourtant le pauvre bougre a perdu 30% dans la manœuvre
puisque l’euro est actuellement bien plus fort que le dollar. N’est il pas au
courant des taux de changes ? S’est il trompé dans son calcul ? Que nenni, il
sait tout simplement que sa banque acceptera des billets mais pas des pièces et
à moins d’être numismate, il snobera les euros! La solution est donc toute
simple, l’actuel succès planétaire du billet vert est lié à l’existence du
billet de un dollar.
Quand on voyage dans de nombreux pays de la zone Asie ou en Amérique du sud,
pays de forte utilisation de la monnaie papier, l’euro ne peut pas lutter dans
les petites transactions entre individus et devient de fait inexistant. Pourtant
dans ces pays, on ne s’embarrasse que rarement du taux de change et un euro vaut
souvent un dollar. Les commerçants et employés sont friands de notre monnaie car
ils savent qu’ils seront gagnants, mais uniquement si on leurs donne des
billets.
Il y a sans doute une piste à explorer pour la banque centrale européenne
(BCE) dans l’émission de billets de un euro d’autant que le risque de fausse
monnaie n’en vaut pas la chandelle. Cela permettrait de renforcer la présence de
l’euro dans les innombrables transactions mondiales de la main à la main, cela
faciliterait la vie de millions d’européens par la même occasion. Lançons donc
cet appel à Monsieur Trichet et si par hasard, il n’a pas d’idée pour le visuel
de cet improbable billet qu’il prenne la photo en haut de cet article;-)
Le dilemme est donc posé : voulez vous un billet de un
euro ou vous montrer plus généreux sur les pourboires ? A vos réactions et
commentaires.
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