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| Rodolphe Vialles
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En cette période de campagne présidentielle française, la
banque centrale européenne (BCE) s'est retrouvée sous le feu des critiques de
nombreux responsables politiques de notre pays. Les principaux leaders des
grands partis français, de gauche comme de droite, n'ont eu de cesse de
critiquer son action et son organisation. Clouer au pilori la BCE répond-elle à
un pur opportunisme politique ou a des raisons économiques fondamentales ? Il
m'est apparu intéressant de revenir sur la création de la banque et sur ses
missions pour mieux comprendre le débat qui agite le monde politique français.
Tout d'abord un peu d'histoire. C'est en 1988 que le conseil
européen a confié la rédaction d'un rapport à Jacques Delors sur la création
d'une union économique et monétaire. En s'appuyant sur ce rapport, le conseil a
mis en place à travers plusieurs étapes complexes ce qui devait aboutir à la
création de la banque centrale européenne le 1er juin 1998. Entre-temps, le nom
de la monnaie unique avait été choisi, ce serait l'euro.
Le président, le vice-président et les quatre autres membres
du directoire de la BCE ont alors été nommés par les gouvernements des 11 états
membres participant à la zone euro à son origine.
La mission principale de la banque centrale est de maintenir
la stabilité des prix au sein de la zone euro. L'objectif étant de préserver le
pouvoir d'achat de la monnaie unique.
Son arme principale est la fixation des taux d'intérêt des pays de la zone euro.
En effet, les Etats qui ont intégré la zone euro ne sont plus maîtres de leur
politique monétaire qui est désormais menée à Francfort (c'est le siège de la
banque), ils l'ont délégué de leur plein gré.
Treize pays ayant aujourd'hui adopté l'euro, on comprend
immédiatement qu'une gestion individualisée de la politique monétaire était
impossible au niveau de chaque Etat. La création de la BCE répond donc à un
besoin impératif pour avoir une monnaie solide et dans laquelle les
consommateurs comme les investisseurs aient confiance.
Nous l'avons vu ces dernières semaines dans les journaux, à chaque fois que la
BCE relevait ses taux d'intérêt, un tir groupé s'abattait sur son président
Jean-Claude Trichet que nos responsables politiques ont même qualifié
d'incapable. C'est pourtant notre président de la république, Jacques Chirac,
qui a fait pression pour que le précédent et premier gouverneur (le hollandais
Win Duisenberg) laisse son fauteuil plus tôt que prévu à un de nos compatriotes
qui était l'ancien gouverneur de la Banque de France.
Quand on n'a pas de solution à proposer il est bien connu
qu'il est plus facile d'attribuer tous les maux du pays à son voisin. C'est
exactement ce qui se passe aujourd'hui avec la remise en cause même de
l’indépendance de la BCE. Nous avons entendu des choses édifiantes et honneur
aux dames, pour Ségolène Royal (PS) "il ne revient pas à Jean-Claude Trichet
de décider de l'avenir de nos économies, mais aux dirigeants élus". Pour l'UMP
Nicolas Sarkozy "Il n'y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un
instrument de politique économique au service de la croissance et de l'emploi.".
La France étant en panne de croissance, nos responsables font
porter à la BCE toutes les responsabilités de l'apathie économique de notre
pays. De plus, d'un point de vue technique il ne faut pas oublier que la BCE
n'est pas une émanation du Saint Esprit mais bien d'un traité européen qui a été
signé par tous les états de la zone euro. Ce traité stipule qu'elle ne doit
recevoir d'instructions d'aucun gouvernement dans la conduite de la politique
monétaire. S'il est impensable de remettre en cause l'indépendance de la BCE
comme le suggère Royal, la critique de Sarkozy peut néanmoins être entendue.
L'élargissement des missions de la BCE pourrait être une piste à explorer même
si la tâche s'annonce ardue.
Aujourd'hui, la BCE ne se préoccupe que de la stabilité des
prix c'est-à-dire qu'elle a les yeux rivés sur l'inflation. C'est dans cette
logique qu'elle est actuellement dans un cycle de relèvement des taux d'intérêt
pour essayer d'endiguer quelques pressions inflationnistes en Europe et
notamment dans le sillage des coûts élevés de l'énergie. Cette hausse des taux
d'intérêts européens a réduit fortement le différentiel avec les taux
américains. La conséquence logique a été une revalorisation de l'euro face au
dollar, un phénomène qui a été très critiqué par la classe politique française.
Pourtant, quand on y regarde de plus près on s'aperçoit que plus des deux tiers
des échanges commerciaux français sont réalisés en zone euro, c'est dire si la
parité eurodollar n'a que peu d'importance sur la croissance de nos
exportations. Par contre, le pétrole qui lui se paie en dollar, est acheté peu
cher avec une monnaie unique forte.
Un de nos voisins immédiats, l'Allemagne, nous donne
d'ailleurs une bonne leçon en ce sens. Les Allemands sont la première puissance
économique ainsi que le premier exportateur de la zone européenne, pour autant
le pays est en plein redressement et nulle critique de la BCE n'en a émané.
Si l'on regarde outre-Atlantique, l'organisme monétaire est
là-bas symbolisé par la réserve fédérale américaine (FED). Cette dernière, à la
différence de la banque centrale européenne, est dotée de plusieurs missions.
Elle a un double objectif de stabilité des prix et de plein emploi ainsi que
l'obligation de faciliter la croissance économique. Un élargissement des
missions de la BCE est donc une piste à explorer, pour notamment renforcer la
prise en compte des problématiques de croissance. Cette idée commence à faire
son chemin en Europe et pas seulement en France d'ailleurs. Cependant, à la
différence des États-Unis, l'Europe est une zone très hétérogène en termes de
croissance, de fiscalité, etc. cela rendra les choses plus délicates tant qu'il
n'y aura pas plus d'harmonisation.
Arrivé au terme de cet article, il m'apparaît évident que l'on
ne peut pas remettre en cause l'indépendance de la BCE dans les conditions
actuelles. On peut certes discuter de ses missions, critiquer le timing de ses
interventions mais l'indépendance est la garantie d'un fonctionnement déconnecté
du monde politique et des échéances des uns et des autres. Aujourd'hui, nos
candidats à la présidentielle tirent à boulets rouges sur la BCE pour mieux se
dédouaner de leurs responsabilités. Cette stratégie est mauvaise à plusieurs
titres. D'une part, elle creuse le fossé entre les Français et l'Europe ce qui a
la lumière du dernier référendum aurait dû donner des leçons à chacun. D'autre
part, elle évite de dire réellement aux Français comment redresser leur économie
nationale. Il n'y aura pas 50 façons de remettre la France sur les rails, seule
une plus grande flexibilité du marché du travail, des charges et une fiscalité
plus favorable à la création d'emplois et de richesse permettront de retrouver
le chemin de la croissance économique.
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