 |
|
| Michel de Guilhermier
|
|
A 8h précise hier (heure de la Cote Est des US), Waren Buffett a mis sur le
site Berkshire Hathaway sa tant attendue lettre
annuelle aux actionnaires.
Pour ceux qui découvrent Warren Buffett et Berkshire ici, je vais résumer en
disant que c'est le plus gros holding de participations sur la planète,
possédant et gérant en direct 80 entreprises dans des secteurs très variés
(assurances, transports, énergie, textile, distribution de meubles, de bijoux,
de bonbons et chocolats, de bijoux, etc) et un portefeuille boursier de
plusieurs dizaines de milliards de $ avec des participations très importantes
dans de grandes multinationales telles que Coca Cola, American Express, Procter
& Gamble, etc.
L'homme qui l'a constitué - Warren Buffett - est considéré comme une
légende vivante aux US, réputation justifiée puisque la valeur de son
groupe est passée de 19$ et 78,000$ en 44 ans, soit une progression de x4000
environ...
Dans un style très caractéristique, humilité, décontraction et nombreuses
pointes, voici un petit résumé des quelques points clés que
j'ai noté :
- Au niveau des performances, 2008 fut la pire année pour
Berkshire Hathaway qui existe depuis 44 ans, avec notamment une "net book value"
en baisse de près de 10%. Pour mettre en contexte, il faut aussi se rappeler que
2008 fut la 2ème pire année de l'histoire pour la Bourse
américaine.
- Il reconnaît avoir fait de grosses erreurs, comme par
exemple l'achat du titre Conoco au plus mauvais moment, juste avant que le
pétrole s'écroule, ce qu'il n'avait pas anticipé. Cela lui a
coûté plusieurs milliards de dollars. je cite : "during 2008 I did some
dumb things in investments. I made at least one major mistake of commission and
several lesser ones that also hurt".
- Par contre, avec toute sa sérénité, il n'est pas
vraiment préoccupé par la chute des cours, au contraire : "...the
market value of the bonds and stocks that we continue to hold suffered a
significant decline along with the general market. This does not bother Charlie
and me. Indeed, we enjoy such price declines if we have funds available to
increase our positions. Long ago, Ben Graham taught me that “Price is what you
pay; value is what you get. Whether we’re talking about socks or stocks, I like
buying quality merchandise when it is marked down".
- Il reste optimiste sur le long terme, expliquant que
depuis l'existence de Berkshire le S&P avait finit en croissance les 3/4 des
années, et il n'y a pas de raison que ce ratio change sur les 44 prochaines
années. Le système économique américain a vu d'autres crises encore plus
difficiles et s'en est toujours remis. Mais sur le court terme, les
problèmes économiques vont continuer durant tout 2009 et au delà. Ce
qui, dit-il, ne présume pas de ce que fera la Bourse.
- Warren Buffet et Berkshire ont 4 objectifs principaux,
très simples : 1) Avoir un bilan financier extrêmement solide "Gibraltar-like"
avec beaucoup de liquidités, peu d'obligations court terme et de nombreuses
sources de revenus de provenance variée. 2) Consolider l'avantage
concurrentiel des business dans lesquels opère en direct la société
(voir tout en bas). 3) Acquérir et développer de nouvelles sources de
revenus. 4) Etendre et nourrir le vivier de top managers.
J'aime vraiment beaucoup cette mission statement !
- Avoir beaucoup de cash est très important pour Berkshire :
non seulement pour investir, mais aussi pour se sentir libre et en sécurité.
Je cite : "however, I have pledged -- to you, the rating
agencies and myself -- to always run Berkshire with more than ample cash. We
never want to count on the kindness of strangers in order to meet tomorrow's
obligations". Il peut le dire avec d'autant plus de
légitimité (voire d'ironie) qu'il a lui-même récemment prêté des
milliards à General Electric, Goldman Sachs et d'autres qui étaient récemment
dans la mouise (vu justement leur endettement), avec d'incroyables rendements
fixes de 10 à 14% !
- Quelques piques au passage au "Private Equity" et
au LBOs : Warren explique que Berkshire doit être le "buyer of choice"
pour les sociétés, notamment familiales, parce que contrairement au Private
Equity une société pour eux n'est pas une marchandise et qu'ils n'ont pas un
système malsain ou dangereux (la, c'est moi qui interpète quand il dit "their
cherished fee structures and love of leverage."
- Les activités d'assurance sont le coeur et le
moteur du système Berkshire. Warren Buffett explique avec beaucoup de
simplicité et d'humour que, puisqu'elles sont rentables, Berkshire est
factuellement payé pour collecter du cash (les primes) qu'il peut après investir
ailleurs ! Fin 2008, l'assurance de Berkshire fournissait environ 60Mds$
disponible en investissement !
- Au sujet du point 3. ci-dessus (acquérir et développer de nouvelles
sources de revenus), je note la forte montée en charge des activités à
génération de cash stable dans l'énergie (MidAmerican), les
transports (Burlington Northern) mais aussi le fixed
income (prêts à GE, Goldman Sachs, etc). Le moteur de génération de
liquidités s'étend et se diversifie !
- Peu de personnes assument d'ailleurs leur statut de capitaliste
avec autant de décontraction ! Warren intitule lui-même la prochaine Assemblée
Générale de Berkshire, le 2 mai prochain, comme "le Woodstock du capitalisme" !
Si vous hésitez entre un week-end à Disneyland et un pélerinage à Omaha dans le
Nebraska (autrement dit, in the middle of nowhere)...Warren précise que
les visiteurs étrangers auront droit à un traitement spécial et une
réception rien que pour eux !
Si vous avez un horizon d'investissement de 30 ou 40 ans, et
que vous ne voulez pas vous casser la tête à investir en direct, il est probable
qu'investir un peu sur Berkshire Hathaway est un "safe bet". Certes, Warren ne
sera plus là, mais j'ai fondamentalement confiance dans d'une part le "système
Berkshire" (un générateur permanent de liquidités via notamment de très
solides activités d'assurance, mais aussi également maintenant via les prêts à
taux garantis et les activités dans l'énergie et les transports) et d'autre part
dans la grande qualité intrinsèque des business que possède
Berkshire (en totalité ou partiellement, ie Coca Cola, Procter, etc).
Je répète à ce sujet une règle fondamentale de l'investissement long
terme : ce qui compte avant tout, c'est l'avantage
concurrentiel d'une société et sa pérennité, et c'est bien sur ce point
que se focalise Warren Buffett quand il achète une société.
Et, pour finir sur Berskhire, je note l'importance sur laquelle insiste
Warren Buffet d'une "low cost structure"
qui donne un avantage concurrentiel majeur et pérenne.
Michel de Guilhermier (son
blog) |