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Gérer un portefeuille long terme (avec ou) sans connaissance économique

Par Traders mag

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Dans cet article je vais vous dévoiler une méthode de trading qui a fait ses preuves sur plusieurs décennies de tests. Il s’agit d’une approche à long terme, dont la gestion s’effectue à chaque fin de mois.

Le risque de vouloir trader à partir des fondamentaux de l’économie

Vouloir comprendre les fondamentaux de l’économie afin d’anticiper ses tendances est un travail intellectuel très stimulant et parfois gratifiant. Cependant, chaque investisseur à ses propres interprétations et convictions. Au final, c’est le hasard qui se charge de dire qui aura tort ou raison et à quel moment.

Le trend following est une façon de spéculer sur les marchés et dont le principe est de coller à la tendance de fond. Ainsi faire du suivi de tendance oblige le trader à suivre strictement la logique propre aux marchés.

Cela même si elle lui semble illogique. Car il faut bien reconnaitre une chose, lorsqu’un investisseur possède une forte conviction sur un placement financier, le fait de remettre en question tout son raisonnement du jour au lendemain lui est insupportable. Il préférera se prouver qu’il a raison en portant son trade plutôt que d’admettre que les marchés réagissent contre lui.

Faire du suivi de tendance mensuel

Le trading ne consiste pas à «trouver» les points de retournement des tendances mais à «gérer» ces zones avec toute l’incertitude que cela implique. Ainsi une moyenne mobile à 10 mois simple (MM10) permet de réaliser un travail extraordinaire à long terme si le portefeuille est suffisamment diversifié. Ce simple indicateur est pertinent sur une unité de temps mensuelle car il y a peu de «bruit» contrairement à une unité de temps comme le 5 minutes.

La moyenne mobile simple à 10 mois (MM10) va nous permettre de définir 2 choses :

• Définir la frontière entre un marché haussier et baissier

• Agir pour acheter ou vendre, à la fin de chaque mois, afin de coller à la tendance du marché

suivi tendance

Sur la partie supérieure du graphe 1, nous avons la courbe de performance d’un portefeuille investi à 100% sur l’or lorsque la clôture mensuelle s’effectue au dessus de la MM10. La position est revendue lorsque la clôture est inférieure à la MM10.

En 2013, on peut se rendre compte que le portefeuille n’était plus investi sur l’or peu de temps avant le krach des mois d’avril et de mai. Pourtant les conditions économiques n’ont pas brutalement changé. L’ensemble des investisseurs qui se focalisent uniquement sur les fondamentaux se retrouvent actuellement avec des performances à la traine.

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Le graphe 2 nous montre ce même système de suivi de tendance dit «Timing» sur l’indice S&P500 depuis 1901. Les périodes de krach sont rapidement désamorcées par une position liquide du portefeuille.

C’est pour cette raison que le trend following est une arme redoutable pour les traders et les investisseurs à long terme, et cela qu’ils aient ou non des connaissances économiques. Pour pousser le raisonnement plus loin, si vous détenez votre or en physique, cette MM10 peut vous servir de niveau de couverture.

En effet, il est tout à fait possible de faire du suivi de tendance en vous couvrant grâce aux marchés. Il suffit de shorter l’équivalent de votre poids de détention en or physique. Et cela lorsqu’un signal de sortie de position (clôture < MM10 mensuelle) survient à la fin du mois. Puis de racheter sa position short lorsqu’un signal d’achat se présente à nouveau à la fin du mois.

Ainsi vous neutralisez vos plus et moins values à chaque clôture sous la MM10 :

• Lorsque les prix baissent, vous perdez de la valeur sur votre or physique mais vous la récupérez sur votre position short.

• Lorsque les prix remontent, vous gagnez de la valeur sur votre or physique mais vous en perdez sur votre position short.

• Si la taille des positions se vaut, vous neutralisez votre risque d’un point de vue comptable.

• Bien sûr, si l’or chute, et que vous débouclez votre couverture en gain, il faudra lui soustraire le niveau d’imposition en vigueur sur les plus values, et vice versa. Si vous connaissez les frais liés aux transactions d’or physique, vous vous rendrez compte que le jeu en vaut largement la chandelle.

En somme, adopter une stratégie de suivi de tendance permet de désamorcer la bombe menaçant les traders qui basent leurs décisions d’investissement sur des convictions personnelles, des fondamentaux de l’économie. Je vais maintenant vous présenter le schéma psychologique idéal pour désamorcer les mauvaises habitudes des spéculateurs drogués d’actualité économique.

Désamorcer les mauvaises habitudes des économistes en herbe

Si vous êtes comme moi, vous assimilez certainement la spéculation à un challenge intellectuel à relever. Le souci survient lorsque des signaux de suivi de tendance se retrouvent à l’opposé de nos propres convictions. Et c’est là que la différence se fait entre un trader économiste et un trader de tendance.

spéculation

Le trader économiste n’a même pas connaissance de ces signaux techniques. Si le marché se retourne violemment comme cela a été le cas en 2008 sur les indices, il lui faudra faire un énorme travail de remise en question personnelle. Mais cela uniquement lorsque la vérité des événements ne pourra plus être débattue. Il pourra ensuite, la main tremblante, prendre une nouvelle position avec le pire timing du monde.

Le trader de tendance s’adapte directement aux réactions du marché. Il colle la tendance et se pose ensuite les questions. Il fait passer au dernier plan ses scénarios économiques et son orgueil n’est jamais entamé.

Tous les traders de tendance entreront plus ou moins sur les mêmes niveaux et surferont les mêmes grandes tendances. Par contre si vous placez 10 économistes dans une même salle, aucun n’aura les mêmes anticipations. Ils vous expliqueront tous avec des raisonnements souvent brillants pourquoi ils ont raison.

Si vous prenez du plaisir à partager ou débattre avec vos collègues de votre vision des marchés, ne laissez jamais celle-ci guider vos prises de positions. Cette recommandation est difficile à mettre oeuvre pour les passionnés d’actualité économique, cependant entre avoir raison et gagner sur les marchés, il faut choisir.

Mieux encore, en suivant les signaux d’un système de suivi tendance, cela vous amène à prendre du recul vis à vis de vos propres convictions économiques. Votre systeme psychologique d’ancrage devient plus léger et plus souple.

Au final, l’investisseur doit, avant toute chose, avoir un plan d’action pour entrer et sortir du marché en fonction des états des fluctuations. Il doit se faire un point d’honneur à les respecter et ensuite, si le coeur y est, il pourra se prendre de passion pour l’analyse ondamentale de l’économie. Je vais maintenant vous présenter le système de trading de Mebane T. Faber, qui est certainement le plus simple du monde et pourtant incroyablement redoutable.

Les performances d’un portefeuille pas comme les autres

Mebane T. Faber a été médiatisé grâce à son modèle de portefeuille boursier le «Ivy Portfolio» (aussi appelé le GTAA - Global Tactical Asset Allocation). Son papier de recherche en libre accès sur internet se nomme «A Quantitative Approach to Tactical Asset Allocation». Cette méthode de gestion de portefeuille est certainement la plus simple du monde. Elle est très accessible pour un novice. Elle s’appuie sur le concept de diversification de portefeuille en visant 5 actifs décorrélés, et en y appliquant le suivi de tendance. Voici la composition du portefeuille «GTAA»:

Il existe de nombreux trackers permettant de reproduire les performances de ces actifs.

• 20% en S&P500
• 20% en EAFE (indice boursier monde)
• 20% en Obligations à 10 ans
• 20% en GSCI (indice matières premières)
• 20% en NAREIT (indice immobilier)

Il y aura 20% investi en indice boursier S&P500, et 20% sur l’indice boursier mondial. Ces 2 premières classes d’actifs sont très corrélées. Puis 20% sur chacune des 3 classes d’actifs : obligations d’état à 10ans, matières premières, immobilier. Ces dernières évoluent indépendamment les unes des autres et couvrent l’intégralité des cycles économiques possibles. Ainsi, il y a de forte chance pour que chaque année il y ait toujours une classe d’actif qui s’en sorte mieux que les autres. Celles qui seront à la traine seront automatiquement éliminées du portefeuille grâce au suivi de tendance.

Les signaux d’achat et de vente sont gérés à la fin de chaque mois de bourse :

• Achat ou conservation si clôture > MM 10 mensuelle

• Vente si clôture < MM 10 mensuelle

Faber a réalisé des tests statistiques sur les criteres de périodicité de la moyenne mobile simple allant de 3 à 20 mois. La variable à 10 mois est la plus pertinente compte tenu des retours sur Investissement par rapport aux amplitudes de contre performance.

En appliquant cette méthodologie sur un portefeuille diversifié, les résultats obtenus sont très intéressants. Le graphe 3 nous permet d’appréhender la courbe de performance de ce portefeuille diversifié qui a été géré avec le suivi de tendance (GTAA) et sans. Un simple coup d’oeil, nous permet d’affirmer que le GTAA est moins risqué et plus performant. Les périodes les plus défavorables sont largement lissées.

tendance or

Il est aussi très intéressant de comprendre les rotations qui s’effectuent au sein du portefeuille. En effet, 60% du temps le portefeuille sera investi sur les 4 et 5 actifs. Le reste du temps c’est une minorité d’actifs qui seront en tendance et qui permettront de réaliser des performances. Le graphe 4 reprend ces données depuis 1973. Ce phénomène de rotation reflète la personnalité des cycles économiques, chaque epoque a sa classe d’actifs vedettes.

Les deux grandes questions étant «combien puis-je espérer gagner chaque année?» et «quel est mon risque»

Afin d’avoir un élément de réponse, nous pouvons analyser les performances du GTAA depuis 1973.

Le GTAA n’a subi qu’une seule année négative en 2008 à -0.59% en comparaison du portefeuille Buy& Hold qui a subi -30%. La pire période vécu par le GTAA est de -9.54% tandis que le portefeuille classique est descendu à -46%. Enfin les rendements annuels moyens sont proches entre ces deux portefeuilles, ils se situent autour de 10% / an.

Ces chiffres démontrent la viabilité et la stabilité d’une telle logique de gestion de portefeuille. Le suivi de tendance sur des actifs décorrélés permet d’obtenir des rendements réguliers et comparables à ceux d’un portefeuille correctement diversifié, mais avec une volatilité réduite. La diversification et le trend following consituent donc la colonne vertebrale d’un portefeuille sain. Sur le même principe il existe d’autres modèles de portefeuille simple et très attractif.

Cédric Froment et Mebane T Faber


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