Par Samuel Rondot, le 04/03/2009
Un des dictons les plus connus dans le monde de la bourse est : « laisser courir les gains et couper ses pertes ». D'abord, c'est une évidence absolue puisque si on se contente de positions perdantes et que chaque fois que l'on gagne, on s'empresse de couper avec des petits gains, l'espérance mathématique est franchement contre nous et il y a fort à parier que cette manière de trader se termine rapidement par de très fortes pertes. Pourtant ce n'est pas la seule chose qui se cache derrière ce vieux dicton. Il est bien évident que pour gagner il faut faire des gains. Pour gagner beaucoup il faut donc faire de gros gains. Et pour faire de gros gains aussi évidents que cela puisse paraître, "il faut se donner la chance" de faire de gros gains. Soit cela passe par une prise de risque qui est proportionnelle à sa taille de gain, soit cela passe par une position qui va rapporter beaucoup.
- d'abord un portefeuille que l'on aurait jamais touché, c'est la technique du Buy and Hold (j'achète et je garde). - Ensuite un portefeuille où l'on aurait manqué les cinq séances les plus profitables de chaque année. - Et pour terminer un dernier portefeuille où l'on aurait manqué les cinq pires séances de chaque année. Voici le résultat :
- En bleu foncé le portefeuille Buy and Hold : un euro investit-il le 1er janvier 1969 serait devenu aujourd'hui 22,90 €. - En mauve, le portefeuille où l'on aurait manqué chaque année les cinq séances les plus profitables : un euro investit le 1er janvier 1969 serait devenu aujourd'hui 10 centimes d'euro. - En rouge, le portefeuille avec lequel on aurait manqué chaque année les cinq plus mauvaises séances de bourse : un euro investit le 1er janvier 1969 serait devenu aujourd'hui 13 000 €. Vous avez bien lu : si on ne fait rien, on a multiplié son portefeuille par 23, si on réussit à éviter les cinq plus mauvais séances, on a multiplié son portefeuille par 13 000 et si j'ai raté les cinq plus gros gains, j'ai divisé mon portefeuille par 10. Cet exemple est volontairement caricatural pour vous montrer à quel point les gros gains et les grosses pertes ont un impact sur votre compte. Dans cette démonstration il y a bien évidemment un mécanisme financier très connu qui exagère le résultat : c'est le principe de capitalisation. Si j’ai un euro et que je perds 50 %, il me reste 50 centimes. À partir de la, pour que je puisse remonter à un euro, il va falloir que je fasse maintenant une performance de 100 %. C'est exactement ce qui se passe dans le cas où on rate chaque année les cinq meilleures séances. Le principe de capitalisation nous enfonce la tête sous l'eau et ne nous permet jamais de revenir à niveau. Idem dans l'autre sens, en évitant les cinq plus grosses pertes, la différence par rapport au portefeuille normal amplifie au fil du temps et devient monumentale après quelques années. Cependant il ne faut pas sous-estimer la portée de ce phénomène. Quand on fait du trading, il est tout à fait humain de ressentir une absence totale d'envie de reperdre cet argent. Cela nous donne rapidement l'envie de couper cette position avec un gain modeste sans se demander si elle pourrait nous rapporter beaucoup plus. Inversement lorsque l'on commence à perdre, il est humain de se dire que si on la conserve, il y a une part de chance importante pour qu'on ait l'opportunité dans quelque temps de récupérer ses pertes alors que si on coupe cette position à perte, on sanctionne une situation et on a l'impression que c'est contre-productif. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de réussir en trading. Il faut absolument faire l'inverse des réflexes naturels que nous dicte notre inconscient. Cet exercice souligne la puissance du principe de capitalisation mais aussi l'importance de la distribution des gros gains et des grosses pertes. Chaque année il y a 220 jours de bourse et j'ai choisi de n'en écarter que les cinq meilleures et cinq plus mauvais. J'aurais pu choisir d'éliminer la meilleure ou la pire semaine, ou bien la meilleure et la pire séance de chaque mois, les résultats auraient été tout aussi impressionnants dans les mêmes proportions. Certains d'entre vous se disent certainement que l'exemple est réellement caricatural parce que j'ai pris et enlevé cinq séances. Voyons donc ce qui se passe si je trace les mêmes courbes pour les portefeuilles en enlevant que deux séances par année:
- La performance du portefeuille Buy and Hold est bien sur strictement identique, un euro en 1969 est devenus 23 € aujourd'hui. - Pour le portefeuille où j'ai manqué les deux meilleures séances de chaque année (en mauve) un euro en 1969 est devenus 1,53 € aujourd'hui. - Pour le portefeuille ou si les deux plus mauvais séances que j'ai évités (en rouge), un euro en 1969 est devenus 450 € aujourd'hui. Vous avez bien lu : si chaque année je rate les deux meilleures séances, en presque 40 ans je n'ai gagné que 50 % alors que le marché a été multiplié par 23 (2200 %). Plus mon trading est dynamique, plus je passe des ordres, plus je vais être tenté de couper des gains. C'est une évidence : pour gagner il faut couper ces pertes et porter ses gains. J'espère que ce simple exercice vous aura fait prendre la mesure de l'importance de ce comportement en bourse. Plus on est dynamique et moins le marché est volatile, plus il va être difficile de trouver des opportunités de gros gains et ensuite de les exploiter à leur maximum. C'est la raison pour laquelle il est de plus en plus difficile de gagner de l'argent sur les marchés en faisant un trading discrétionnaire actif. Pour moi, il ne fait aucun doute que seul un ordinateur a les nerfs et la patience suffisante pour traiter avec succès Le livre de l'auteur
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