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| Charles Dereeper
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Cet article fait suite
au
premier publié le 20/02/2008 (je vous invite à relire également les
commentaires des lecteurs. C’est très instructif, car cela montre après coup les
orientations et les erreurs ou succès de tous).
Depuis dix mois, tout s’est déroulé à peu près en accord avec mon scénario de
base. Le seul point qui m’a pris à revers a été le retournement à la hausse du
dollar. Je n’avais jamais vu de course au cash et je n’ai pas compris ni mesuré
en temps réel les enjeux liés au "deleveraging" des opérateurs. A vrai dire, je
n’y ai pas cru... jusqu’à l’effondrement. J’ai vraiment été en retard là dessus
en particulier sur la chute des matières premières. De même que je suspectais
(j’en parlais souvent) l’importance du carry trade sur yen, je n’ai finalement
pas anticipé correctement le poids énorme qu’il pesait sur l’ensemble de la
finance. La meilleure preuve est
ce
papier publié en août 2007. Le carry trade a démarré avec la politique des
taux zéro du Japon au début des années 90 ! Il est normal que tout bouge en même
temps au niveau des risques…
Nous avions d’ailleurs remarqué avec Samuel Rondot (auteur du livre
+460% en 18
mois sur le marché français) que chaque forte baisse du CAC 40 depuis trois
ans avait d’abord débuté sur le dollar yen, mais il est difficile d’accepter
l’existence du château de cartes des dettes à l’échelle du monde quand nous
sommes de simples soldats... et que la folie des rois dépasse de très loin
l’imagination la plus fertile...
Ci-dessous un intéressant graphique sur le leveraging et le De leveraging en
cours sur les banques, dans le cadre d’une perspective historique depuis 1970,
date de Brettenwoods... et de l’abandon de l’étalon or !

En théorie, la crise financière a du carburant pour durer jusqu’en 2012 au
moins, le temps que l’excès d’effet de levier se résorbe jusqu’à la moyenne
historique...
Alors que faire aujourd’hui que tout le monde disserte chirurgicalement du
pourquoi du comment ?
Sur un plan économique, je constate une décontraction de la part des personnes
qui m’entourent hors finance : toutes sont persuadées que les problèmes ne vont
durer qu’un semestre ou maximum deux et après, la machine repartira... voire que
la toute puissance et le dynamisme du peuple américain est capable de miracles.
Mon scénario personnel est inverse : 2009 va commencer par surprendre les
français un brin optimistes malgré leur pessimisme au présent. Et 2010 va
enfoncer le clou en étant pire que 2009. A mon sens, 2008 est une année
charnière dans l’histoire de l’occident sur un plan économique à cause de la
démographie et des dettes. Ce duo va provoquer entre 5 à 10 ans de stagnation.
Certes au début, nous avons toujours de bonnes probabilités d’assister à la mise
en place de la déflation (doublée d’une forte récession), même si cette dernière
n’est toujours pas là au niveau des prix à la consommation et à la production
qui sont encore en territoire positif (quoique les dernières publications
américaines des prix de gros battent des records à la baisse !).
Mais derrière, je ne parviens pas à acheter l’idée que les économies vont
repartir comme avant depuis la seconde guerre mondiale. Elles risquent au
contraire de stagner comme l’Allemagne et le Japon, à partir de 1990. A terme,
la déflation de la demande intérieure de l’Occident sera en partie compensée par
la forte hausse de la demande en provenance de la Chine et de l’Inde. Un
milliard d’êtres humains déjà industrialisés et vieillissant contre 2 milliards
de jeunes en cours d’industrialisation ! Mais combien d’années vont s’écouler
avant qu’ils aient la force de nous tirer à leur tour ?
J’ai actuellement beaucoup de difficultés à avoir une conviction forte sur
l’avenir long terme (entre 5 et 10 ans). Autant, il m’a été facile de déceler
que Loic Abadie et
son livre
que j’ai publié allait avoir raison et ce, malgré les moqueries de l’ensemble de
mon entourage qui n’y croyait pas. Autant, maintenant que nous sommes bien dans
une crise du crédit qui se propage à l’économie, je n’y vois pas grand chose à
horizon 5 ans, à part que nous avons la confirmation de la propagation depuis le
mois d’octobre 2008 et que les deux ans à venir vont être « salés » !
A priori, je ne parviens pas à partager l’idée que le monde va s’écrouler : il
va régresser ou larver pendant de longues années, le tout accompagné d’un risque
très élevé à terme (donc d’ici entre deux et sept ou huit ans) d’hyper inflation
dès lors que des tensions sur les matières premières vont débuter à cause des
économies émergentes. Autre facteur qui milite pour un retour à terme de
l’inflation, au niveau monétaire, les USA viennent de mettre en un an sur la
table 2000 milliards de dollars. Ils vont recommencer jusqu’à ce que... C’est
certain, ils vont tuer les monnaies, dollar en tête.
Outre l’économie, sur un plan social, la situation va se révéler dévastatrice
au-delà de tout ce que peuvent imaginer les Français. Nous sommes en effet en
plein délire. Les élites mondiales ne font rien pour arrêter le développement de
l’espèce humaine sur terre. Il paraît même que c’est cool... La vérité, c’est que
le niveau de compétition entre chaque être humain sur terre augmente
proportionnellement au nombre de protagonistes pour la survie matérielle.
Concrètement, il y a déflation effective de la valeur du travail que chacun peut
constater (les bras valent de moins en moins cher, car il y en a de plus en plus
à l’offre sur les marchés internationaux). Les salariés perdent donc du pouvoir
d’achat en permanence, malgré la propagande officielle des états qui préfèrent
bidouiller plutôt que d’affronter cette monstrueuse vérité qu’on va devoir se
battre entre nous de plus en plus fort pour partager le gâteau.
Y compris au niveau du Co2 et du méthane. La terre est elle vraiment faite
pour supporter autant d’humains sur terre ? Pour l’instant, les bilans
comptables laissent penser l’inverse.

L’autre vérité ultra dérangeante qui nous attend est que 20 ou 25% de la
population française sera à la retraite en 2020. Si on rajoute les enfants, les
étudiants, les chômeurs, la fonction publique carnivore autant qu’inefficace et
les inactifs divers, la France ne parviendra pas avec son modèle économique
actuel à gérer au niveau des finances la chose. La différence en effet entre un
chômeur et un retraité, ce sont les coûts de santé... moins d’actifs et une
explosion des dépenses, un duo assez corrosif à gérer !
Alors que faire de son épargne dans cet univers plus instable que par le passé ?
Pour les peureux, il faut rester en monétaire au moins jusqu’à la mi 2009, le
temps qu’on y voit plus clair. C’est toujours l’option que j’ai choisie pour la
majorité de mes capitaux.
Pour les audacieux, seule la gestion alternative de type trading directionnel
(soit en systématique, soit en discrétionnaire à condition que le bonhomme soit
vraiment solide...) offre une porte de sortie pour augmenter les rendements.
Au niveau des hedge funds directionnels, j’ai un peu plus de mal pour l’instant
à y rentrer, car les investisseurs peuvent s’y faire coincer et ne pas pouvoir
récupérer leurs billes, ce qui me dérange. Je privilégie la gestion sous mandat
qui peut s’arrêter de manière quasi instantanée ! Seule certitude, la forte
volatilité demeure une denrée rare que certains traders peuvent exploiter de
manière exceptionnelle en ce moment.
Je suis terriblement déçu en revanche par le fait que le gouvernement ait
attaqué la loi sur les locations meublées. C’était le seul et dernier moyen de
gagner correctement sa vie en travaillant dans l’immobilier. Cette classe
d’actifs ne présente plus aucun intérêt désormais pour environ trois ans, du
moins, pour ceux qui ont envie de gagner de l’argent. Les prix sont forcés de
s’ajuster à la baisse. Je suis complètement stupéfait des croyances actuelles
sur l’immobilier, du comportement suicidaire des notaires et agents immobiliers
et de l’inconscience des vendeurs. 2009 va remettre les pendules à l’heure et ce
sera salutaire !
A long terme, je maintiens que les matières premières, pétrole et métaux vont
garantir des rendements largement supérieurs aux actions. Qui plus est, ce sera
une protection très efficace en cas d’hyper inflation. De plus, le « corner »
lié au fait qu’on ne peut pas industrialiser deux milliards de personnes comme
le premier milliard, car les ressources sont limitées (ce que la théorie
économique ne prend pas en compte... en particulier celle qu’on injecte dans les «
cerveaux » qui nous gouvernent !) protège des marchés baissiers durables dans ce
créneau. Au risque de me répéter, il faut poser la question de savoir si la
terre est capable de supporter 6 milliards d’individus humains, dont 3 milliards
évoluant dans un monde industrialisé ? A titre personnel, je ne le pense
absolument pas. Mais je serais probablement mort de vieillesse avant de voir le
résultat…
Il existe des certificats qui permettent de placer tous les mois son argent sur
les matières premières, comme une simple action. Attention, je n’achète pas pour
le moment, tant qu’on n’aura pas vu le nez d’une vraie récession. Autant dire un
à deux ans mini. Mais je surveille toutes les semaines la situation avec
intérêt. Par exemple, le pétrole vaut 41 dollars. Il ne vaudra jamais 0 dollar.
A combien la population mondiale estime qu’il est bon de le consommer ? 30
dollars ? 40 dollars ? Il est pratiquement certain qu’on verra 200 dollars à
horizon 10 ans. Il n’est en revanche pas certain du tout qu’on retrouve un
niveau de 10 dollars. En résumé, d’un côté, on peut gagner 150 dollars tandis
que de l’autre, on peut perdre à tout casser 30 dollars. C’est très intéressant
non ?
Enfin, sur le marché du crédit et des valeurs bancaires, je n’y mettrai pas un
doigt malgré des baisses de 80%. En effet, pour l’instant, seul le compartiment
de la dette des particuliers dans le domaine de l’immobilier a « sauté ». Il en
existe un autre nettement plus dense, la dette des entreprises... Je suis très
pessimiste pour 2009 car de nombreuses entreprises vont faire faillite. Combien
vivent sur leurs réserves de trésorerie qui s’épuisent petit à petit ? Le
système financier ne tient presque plus debout et n’est absolument pas en mesure
d’encaisser une nouvelle vague de défauts de paiements. Dans un papier qui est
paru sur yahoo.fr en avril 2008, j’avais écrit que le système bancaire US
exploserait en septembre. Cela a été le cas. Tout le monde niait la situation
quelques mois plus tôt. Il en est exactement de même pour la dette des
entreprises : si les USA ne reprennent pas rapidement le contrôle de la
situation en faisant redémarrer la consommation par la magie du saint esprit ou ce
qu’ils veulent, dans les trois à six mois qui viennent, il est totalement
certain que les faillites d’entreprises vont exploser et avec, la finance
mondiale qui sera probablement nationalisée de manière plus marquée qu’elle ne
l’est aujourd’hui. Allez gagner de l’argent avec l’action d’une banque quand
l’état actionnaire prélève un dividende sanction de 10% par an... Peut être ai-je
tort, mais je ne suis pas du tout attiré par ce genre de pari pour mon argent
personnel !
Pour finir, concernant les indices boursiers type CAC 40, on me demande souvent
de jouer à madame soleil. Alors jouons : je vote pour un passage autour des 2300
points au cours de l’année 2009 dans une belle vague 5 si chère aux élliottistes...
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