Analyse financière - Leçon 12 - L'évaluation des entreprises, 2ème partie
Nous avions étudié dans la leçon précédente,
les méthodes patrimoniales d'évaluation des
entreprises. Nous avions vu que leur mise en oeuvre
était facile, néanmoins la médaille avait un
revers de taille, leur aspect figé.
Ces méthodes qui se basent sur des éléments
passés (compte de résultat, bilan...) ne sont pas
pleinement adaptés à la valorisation de sociétés
de plus en plus réactive et donc les structures évoluent rapidement.
Les méthodes d'actualisation que nous verrons
dans cette fiche, sont elles, tournées vers le futur.
Le concept de base de ces méthodes est de
considérer que le cours actuel d'une action n'est que
l'actualisation des flux des revenus futurs attendus pour
l'action. Ces flux de revenus futurs ne sont rien d'autres que
les dividendes.
La méthode de Gordon et Shapiro
Un modèle d'actualisation des actions
particulièrement connu est celui de Gordon et Shapiro, il porte
le nom de ses auteurs et a été mis au point en 1956.
Ce modèle, dit aussi de "croissance
perpétuelle", ne tient pas compte des plus values. En
effet, il considère que lorsque le flux de dividendes est
perpétuel (c'est à dire qu'il tend vers l'infini), la plus
value n'a pas d'incidence sur l'évaluation de l'action.
|
Formule de Gordon
et Shapiro : P0 = D /
(Kc - g) |
|
P0 = valeur théorique de
l'action
D = dividende anticipé de la première période
Kc = Taux de rendement attendu pour l'actionnaire
g = Taux de croissance des dividendes
Le calcul de "g"
Pour déterminer le taux de croissance des dividendes, nous
utiliserons deux observations :
- les données historiques de l'action.
- les prévisions des analystes sur les futurs dividendes.
Remarque : "Kc" doit être supérieur à
"g" pour que le modèle fonctionne. Autrement dit, le
taux de rendement attendu par les actionnaires doit être
supérieur aux taux de croissance des dividendes.
Exemple :
Soit la société Alpha, les investisseurs estiment que ses
résultats ainsi que son dividende devrait doubler en l'espace
de 5 ans. La rentabilité exigée par les actionnaires est de
20% et le dernier dividende versé est de 5 euros par action.
Nous allons commencer par calculer "g", le taux de
croissance du dividende :
Soit D0, le dividende actuel et D1, le
dividende dans 5 ans, comme le dividende doit doubler dans 5 ans
: D1 = 2*D0. Nous pouvons poser
l'équation suivante :
D0*(1+g)5 = D1
soit D0*(1+g)5 = 2*D0
soit (1+g)5 = 2
qui devient g = 21/5 - 1 =
0,1487
Le taux de croissance des dividendes est donc égal à 14,87%
pour les 5 prochaines années. Nous faisons l'hypothèse que ce
taux de croissance est perpétuel afin d'appliquer la formule de
Gordon et Shapiro.
La valorisation théorique de l'action suivant la formule de
Gordon et Shapiro sera donc :
P0 = 5 / (0,20 - 0,1487) = 97,46
euros.
Utilisation pour comparer des actions entre elles
Une façon plus intéressante d'utiliser le modèle est de
mener des comparaisons entre actions. La méthode sera d'autant
plus valable que la comparaison sera effectuée entre des
entreprises comparables en terme de secteurs. Prenons un exemple
pour bien comprendre :
Exemple :
Soit trois sociétés, A, B et C. Pour chacune d'elles nous
avons collecté les données suivantes. Nous avons aussi
calculé "g", le taux de croissance des dividendes, au
préalable.
| |
Cours de l'action
(P0) |
Dividende (D) |
BNPA |
g |
| Société A |
25 |
2 |
3 |
5% |
| Société B |
70 |
6 |
8 |
6% |
| Société C |
300 |
15 |
25 |
5,5% |
|
Afin d'avoir une première idée de la valorisation de ses
trois sociétés les unes par rapport aux autres, nous pouvons
appliquer la méthode des PER. Pour mémoire, le PER est le
rapport entre le cours de l'action et le bénéfice net par
action BNPA.
| |
PER |
| Société A |
8,3 |
| Société B |
8,7 |
| Société C |
12 |
|
Plus le PER est élevé, plus la valeur est considérée
comme chère. Dans cet exemple, c'est la société A qui
apparaît comme la moins bien valorisée , alors que C est la
plus chère.
Passons à présent au modèle de Gordon et Shapiro, son
côté dynamique et axé sur les dividendes futurs, nous
permettra peut être de mettre en lumière d'autres éléments.
La formule initiale nous propose : P0 = D / (Kc
- g)
En la remaniant on obtient la forme suivante : Kc = g + (D
/ P0) appliquons là à nos trois sociétés avec
les données du tableau.
| |
Kc |
Kc |
| Société A |
5% + (2 / 25) |
13% |
| Société B |
6% + (6 / 70) |
14,6% |
| Société C |
5,5% + (15 / 300) |
13,5% |
|
A la lumière du taux de rentabilité, il apparaît que c'est
la société B qui possède le profil le plus intéressant.
Etant très proche en terme de PER de la société A, nous
aurons tendance à préférer cet investissement dans une
optique de moyen-long terme.
Conclusion :
Dans le modèle de Gordon et Shapiro, on
part du postulat que les dividendes vont croître indéfiniment
à un taux de croissance constant. Ceci introduit par
conséquent des limites au modèle. En effet, il est très rare
que ce taux puisse être constant, tout du moins à l'infini.
Par ailleurs, la formule ne reste valable qu'à nombre
d'actions constant. Dans le cas contraire (très fréquent) il
faudra réajuster nos données.
Le modèle a cependant pour lui l'avantage de la simplicité,
il est donc largement répandu dans les milieux financiers.
Néanmoins
S'il repose sur des hypothèses figées et
restrictives et devra être pondéré dans l'exploitation de ses
résultats. Il nous permettra de mettre en lumière des
différences dans la valorisation des actions, il ne sera jamais
utilisé seul mais en complément d'une autre analyse.