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Aucune technique n'égale l'intuition humaine
Christophe Baulet parle de son approche des marchés
financiers, en précisant sa vision personnelle de l'analyse technique, des
traders et du trading. Expérience et subjectivité sont au rendez-vous !
Edouard Valys Editions : Vous avez écrit un deuxième
livre sur les techniques de trading, destiné en priorité aux day traders
cette fois-ci ?
Christophe Baulet : En effet. Si je devais en
parler, je commencerais par avertir les futurs lecteurs qu’il s’agit d’un
livre de techniques et non une méthode. Car en discutant avec certaines
personnes qui ont lu « 12 stratégies pour trader à horizon 2/8 jours sur
les valeurs du SRD », j’ai découvert une incompréhension entre la
notion de techniques de trading, qui peut s’apparenter à une séquence
répétitive sur les cours et la notion de méthode. Une méthode d’intervention
en bourse consiste à l’exploitation des techniques de trading. Stéphane
Loupiac et son livre « Techniques d’analyse graphique prêtes à l’emploi
sur les actions françaises » est pour moi, contrairement à son titre, une
méthode. Idem pour le livre sur les chandeliers japonais d’Erwan Le
Kerdenec qui illustre comment backtester un concept d’analyse technique.
Ou même, le livre d’Olivier Seban sur le day et swing trading : il s’agit
là également d’un livre de méthodes, avec une pédagogie remarquable.
Les miens sont en revanche deux recueils composés de 24 techniques au
total. Il n’y a aucune méthode. J’ai acheté « Chartisme » de
François Baron. Je me sens plus proche de son travail qui est une sorte d’archivage
synthétique des patterns chartistes. Je le classe donc dans la catégorie
des techniques. Quoiqu’il en soit, les réactions de lecteurs sont parfois
curieuses : certains ont en effet reproché à « 12 stratégies » de ne
pas être une méthode et à « techniques d’analyse graphique » d’être
un peu vide au niveau technique. Il suffit très simplement de mixer les
deux.
En même temps, j’ai découvert l’existence d’un
public en France, amateur de techniques de trading. Les réactions qui m’ont
le plus fait plaisir sont celles où les personnes expliquaient avoir
progressé grâce à quelques bons trucs de « 12 stratégies ». Je ne me
faisais aucune illusion. J’ai essayé juste de balayer assez large afin
que chacun puisse y puiser au moins une, deux ou trois techniques
particulières nouvelles parmi les douze présentes. Car ces trucs
appréciés, auxquels font allusion les lecteurs, varient selon les
individus. Certains ont apprécié les techniques de pull back, d’autres,
les patterns pures.
Edouard Valys Editions : Pourquoi alors un livre de
techniques et non une méthode ?
Christophe Baulet : Combien de fois ai-je constaté
des séquences répétitives au bout de plusieurs années seulement ? Je les
avais sous le nez et n’avais absolument rien remarqué. Parfois, je prends
conscience de certaines d’entre elles en discutant avec d’autres
traders, ou en lisant des livres. Mais ce travail d’analyse et de
reconnaissance est incontournable. En même temps, il me plait. S’il n’existe
que quelques manières différentes de jouer en bourse, les cours boursiers
permettent en revanche de créer des centaines de techniques. J’ai
assisté au match Philippe Erb (discrétionnaire) contre Pierre Orphelin (systématique)
au salon de l’analyse technique 2004. Ce qui m’a intéressé était l’approche
séquentielle de Philippe Erb. Il diagnostiquait à voix haute chaque
pattern qui se présentait à lui au fur et à mesure que les cours cotaient,
en les interprétant. C’est très symbolique du travail intellectuel qu’un
trader doit accomplir.
Edouard Valys Editions : Certains lecteurs ont été
déçus par la forme très dépouillée de votre premier livre.
Pourriez-vous leur expliquer la logique sous-jacente ?
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Christophe Baulet : Je préfère clarifier sans
détour ce point. J’ai acheté comme tout le monde des livres sur l’analyse
technique. J’ai commencé par les bibles. C’est un point de passage
quasi obligatoire au départ. Seulement après, je me suis aperçu que cette
approche théorique ne correspondait absolument pas à mon expérience du
trading. Les livres sont tous construits de la même manière.
Grossièrement, ils commencent généralement par une partie sur l’analyse
graphique, puis ils abordent l’analyse technique et ils terminent sur les
sujets plus exotiques comme les vagues d’Elliott, les cycles ou les
relations intermarchés. Les explications sont nombreuses, largement
développées, mais bien trop intellectuelles à mon goût. Rien n’est
pratique. Or, l’activité de trading me paraît éminemment pratique. C’est
de l’action pure. A quoi cela peut-il bien servir de lire des explications
qui ne cadrent pas avec la réalité des graphiques au quotidien ? Les
généralités théoriques ne m’ont jamais permis de fixer un cours d’entrée
avec éventuellement une target et un niveau de stop. Les graphiques sont
constituées de séquence qui se répètent inlassablement de manière
cyclique. Mon réflexe en tant que trader est de les archiver et de les
programmer afin que mes outils informatiques fassent le travail de recherche
à ma place. Ensuite, c’est très simple. Je découvre chaque graphique
indiqué par mon screening et je ressens une impression : c’est baissier,
c’est haussier… ou pas d’inspiration. Je consulte alors de manière
intellectuelle les différentes séquences en place sur les graphiques et si
les deux concordent, j’interviens.
J’imagine que les personnes avec des processus de
décisions 100% intellectuel ont besoin de trouver plus d’éléments pour
agir, notamment en construisant un raisonnement argumenté. Mais, en ce qui
me concerne, je préfère me reposer sur les sensations et l’observation
des graphiques. Donc, très naturellement, j’invite les adeptes des livres
classiques à réfléchir avant de lire un de mes livres. La couleur est
annoncée à l’avance : ils peuvent potentiellement être désarçonnés
par l’absence totale de bavardages. A cet égard, j’en profite ici pour
leur poser une question : dans cinq ans, rouvriront-ils ces livres et
rentabiliseront-ils leur temps passé à leur lecture ? Personnellement, je
ne l’ai jamais fait. Impossible de retrouver la moindre information
essentielle. Tout est noyé. Les données sont tellement nombreuses et en
même temps non hiérarchisées et éloignées de mes besoins concrets. Sans
prétendre détenir le Graal, je crois à la hiérarchisation et à la
simplicité. Trop d’informations m’empêchent de prendre des décisions.
Je finis par douter. Par exemple, je me dis : Ah oui, en prenant en compte
ce point, ce qui me paraissait si haussier l’est moins. En réalité, en
creusant, il est toujours possible de trouver des éléments acheteurs et
vendeurs. Le choix est obligatoire. Mais, à un moment, il est nécessaire
de trancher entre la hausse et la baisse. Et en fonction de quels critères
?
Une hiérarchie doit donc s’imposer dans les critères
de décisions à un moment donné, sinon c’est la paralysie. En ce sens, j’estime
que les livres d’analyse technique remplis de réflexions sont un poison
pour le trader. Moins nous pensons et plus l’action est simple. Je n’aime
vraiment pas les raisonnements tortueux où on ne sait pas ce qu’il faut
faire sur les marchés concrètement en un coup d’œil. A ce titre, je
peux même vous dire que la première version de ce deuxième livre faisait
à l’origine environ 250 pages. Et j’ai coupé un maximum de texte. A
chaque fois, je me suis interrogé : à quoi ce texte peut-il servir ? La
compréhension ? Négatif ! Le trading n’est pas une justification de la
réalité, mais une action composée d’un ordre d’achat et d’un ordre
de vente. Je reprends mon exemple de Philippe Erb en train de trader en
direct à voix haute. A aucun moment, je ne l’ai entendu raconter un roman
sur l’analyse technique. Une séquence apparaissait et il la nommait en
expliquant que son impact était négatif ou positif sur la tendance. Rien d’autres.
A travers les exemples de ces livres, j’essaye donc de
faire comprendre la technique et ensuite, de mettre en évidence le travail
de subjectivité que le trader doit réaliser face aux séquences des
graphiques. Je ne sais pas si j’y arrive, mais mon ambition est de tenter
de transmettre une certaine sensibilité par rapport aux configurations. Il
faut être capable de penser un sens et son inverse en même temps, tout en
ayant la conviction intime qu’un des deux sens est le meilleur. C’est
assurément une gymnastique intellectuelle et émotionnelle. Car rien n’est
jamais binaire. Nous sommes dans un environnement de type gaussien ailé.
Tout peut donc arriver parmi les évènements, même les plus impensables.
Un exemple ? Je pense aux nombres de clôtures consécutives positives ou
négatives sur l’indice CAC 40. Pendant de nombreuses années, les
extrêmes étaient 6, 7 ou 8 séances de baisse. Et un jour, nous avons
assisté à une succession de 13 séances consécutives ! Alors que le
précédent record était à 8 ou 9. Je ne me souviens plus exactement de la
date. L’impensable historique était alors en train de se manifester.
La finalité est donc de gagner de l’argent ou du moins,
de s’en sortir en cas d’évènements jamais observés dans le passé et
non bien entendu, de savoir qui a raison ou qui a tort en raisonnant
intellectuellement. J’ai clairement choisi le camp de la pratique. C’est
ma philosophie première. Pour conclure cette réponse, en terme de
hiérarchisation, le premier et unique objectif du livre a été de
permettre la compréhension de 12 séquences répétitives en intra day,
fondées sur des concepts immuables, valables il y a dix ans et toujours en
activité aujourd’hui. J’espère y être parvenu. En espérant que
certains parviendront à les exploiter avec succès.
Edouard Valys Editions : Quelles sont les limites de
ces techniques en day trading ?
Christophe Baulet : Certaines techniques de day
trading donnent d'excellents résultats pendant quelques semaines, puis les
marchés changent les règles du jeu, forçant le trader à s'adapter, en
adoptant une nouvelle approche. Et ainsi de suite. Tout le secret pour
maintenir durablement des taux de réussite supérieurs à 60% consiste à
repérer la cyclicité des gains et des pertes, en les anticipant. La
plupart des investisseurs préfèrent se mettre à suivre une technique dès
lors que celle-ci affiche des profits au cours de la période la plus
récente. Seul le comportement inverse permet d'exploiter au maximum les
stratégies de day trading présentées dans ce livre. En effet, si une
technique a mal fonctionné et a enregistré des pertes récentes, les
probabilités qu'elle se mette à gagner sont nettement plus élevées, car
à long terme, de nombreuses approches d'analyse technique tendent vers la
loi du hasard, à savoir un taux de réussite de 50% ou encore, une chance
sur deux.
Edouard Valys Editions : D’autres écueils à
signaler ?
Christophe Baulet : Impossible de ne pas citer le
fantasme du taux de réussite de 85 ou 90%. Je veux bien admettre que
certains signaux peuvent fonctionner avec un tel degré de pertinence
pendant quelques trimestres ou quelques années. Et encore ! Mais, je n’ai
jamais vu aucune technique de trading tenir la durée avec autant de
précision. C’est un leurre que de rechercher des techniques de trading
dans cette optique. Sur les forums, il est possible de lire de nombreuses
recherches sérieuses et beaucoup de bêtises également... A mon humble
avis, il faut savoir se limiter au niveau de l’amélioration des
techniques d’analyse technique et tout miser sur la pratique du trading et
le plaisir du jeu. Car jeu il y a, puisque le hasard est une partie
intégrante de cette activité. Aucune solution ne sera jamais parfaite.
Rien ne peut remplacer l’intuition humaine. De nombreux traders très
performants utilisent des concepts simples et basiques. Je lisais récemment
le portrait de Sylvain Duport dans Action Future N12. Il ne m’a pas
semblé être un chercheur passionné par la complexité de la modélisation
des cours boursiers ! Et pourtant quelles performances il a obtenu.
Extraordinaire !
Edouard Valys Editions : Alors, que recommandez-vous
pour améliorer le timing d’intervention en bourse ?
Christophe Baulet : L’observation des graphiques
est la clé. Il m’a toujours semblé évident que les indicateurs d’analyse
technique pouvait donner des indications remarquables par moments et faire
perdre beaucoup d’argent quelques séances ou quelques semaines plus tard.
Le moyen que j’ai développé repose entièrement sur cette absence de
fiabilité. Ou plus exactement sur les variations cycliques des
comportements de marché. S’il n’y avait pas cycle, nous serions alors
confrontés à une inefficience durable de marché. Cette dernière serait
immédiatement exploité jusqu’ à son annulation par les fonds de
futures. Il suffit de lire l’interview de Thaddée Tyl, gérant de Rivoli
Fund sur votre site pour découvrir les moyens technologiques dont certains
traders disposent. Je parie donc à moyen terme sur cette cyclicité des
comportements. Celle-ci se traduit par une alternance de phases de
congestion et d’extension, de volatilité et de faible volatilité…
Jusqu’à présent, j’ai écrit deux livres de techniques. Si je devais m’atteler
à un livre de méthodes, je placerais l’accent sur ce point. Comprendre
en quoi un indicateur fonctionne et les conditions dans lesquelles il
échoue. De manière à développer en amont des filtres permettant de
caractériser les comportements des marchés destructeurs ou au contraire
favorables à telle ou telle technique. Certains pensent que ces filtres de
comportement, l’un des plus célèbres est l’ADX dont le métier
consiste à indiquer la présence ou l’absence d’une tendance, sont
toujours en retard et rendent cette approche caduque. Je peux affirmer que
ça marche, même si la part de subjectivité est réelle dans tout trading
discrétionnaire.
Commencer par identifier et caractériser l’état d’une
action ou d’un indice est une étape cruciale à mes yeux. Ensuite,
seulement, entre en jeu l’exploitation des techniques. Cette
compréhension n’est pas aisée au départ. Il faut passer du temps devant
les graphiques. A titre personnel et parce qu’avant tout, j’adore le
faire, j’ai dépensé des milliers d’heures devant mes écrans. Mais,
lorsque je vois des boursicoteurs se plaindre de ne pas arriver à gagner de
l’argent et que je mets en perspective leurs efforts très limités pour
creuser le fonctionnement des graphiques de cours boursiers, j’en conclus
que les marchés financiers parviennent à une sorte de justice naturelle.
Les plus malins et les plus travailleurs, en dehors de la variable
incontournable « psychologie », prennent l’argent à ceux qui se
contentent d’une approche superficielle. Il existe une partie non
négligeable du public qui n’a toujours pas assimilé que la bourse est un
jeu à quasi somme nulle, en faisant abstraction des frais de courtages et
de la tendance haussière à très long terme. Croire qu’un trader de
banque, un market maker, un gérant de hedge fund ou un investisseur
particulier terriblement talentueux comme Sylvain Duport qui devrait sauf
mauvaises surprises, remporter le Trophée Capital 2004, vont renoncer à
gagner, est une grosse illusion. Or, en toute logique, si eux gagnent, il
est impératif que d’autres perdent en face.
Renoncer à se former à titre personnel, à développer
ses techniques et ses méthodes ou progresser dans la connaissance
psychologique de soi, revient inévitablement à se mettre en danger à
partir du moment où les adversaires l’ont fait. C’est une arène dans
laquelle s’affrontent des combattants. Certes, des traders naturellement
talentueux réussissent sans passer par ces étapes intermédiaires. Mais
ils sont rares, entre 3 et 5% seulement des intervenants. Les autres pensent
souvent qu’ils sont naturellement faits pour le trading… bien que ce ne
soit pas le cas. Comment savoir si une personne est un trader né ?
Généralement, dès la deuxième année d’opérations, les scores montent
à 200, 300, 500%, voire 1000% de gains sur la mise initiale. Une chose est
certaine, je ne suis pas naturellement doué ! Donc, j’ai travaillé en
développant mes techniques afin de compenser.
Edouard Valys Editions : Utilisez-vous les techniques
que vous présentez dans vos deux livres ?
Christophe Baulet : Naturellement. Dans le trading
discrétionnaire, tout repose à mes yeux dans le scanning informatique. J’ai
programmé plusieurs logiciels afin que ces derniers sélectionnent les
titres à partir de critères en format daily et intra day. Je commence par
lancer mes filtres de comportements sur les titres du SRD avec croisement
daily et intra day. Ensuite, je checke la présence de patterns daily. Puis,
je passe en intra day et je réalise les mêmes opérations. Il me paraît
impératif de lier l’échelle de temps quotidienne à celles utilisées
pour le day trading. Prenons l’exemple d’un NR7, la technique du premier
chapitre du livre « 12 stratégies ». Une fois repérée, je vais
surveiller en scanning intra day, la présence de break dès l’ouverture
ou l’amorce d’une tendance qui pourrait amener à breaker le NR7 daily.
Bref, je ne conçois aucune intervention sans le croisement des deux
échelles de temps. Et je ne lâche jamais de l’œil mes scannings. C’est
extrêmement confortable que d’avoir une opinion en daily et de surveiller
uniquement les mouvements intra day qui vont dans le même sens. De nombreux
faux signaux daily sont ainsi filtrés. Je ne demande à personne de me
croire. Essayez, vous verrez par vous-même.
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