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Bourse et prédiction

Par Christophe Gautheron

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Jérôme K. a réalisé l’impensable ... il a acheté une « giga-quantité » d’actions massacrées par le marché.

Car, à l’aide du tripatouillage de moult indicateurs renforcé par de savantes anticipations macro-économiques, il escompte que la disgrâce de cette valeur va se terminer.

Il est pétri de la certitude que le cours de cette action va de manière imminente se faire satelliser.

Bref, il possède la vision claire et indomptable que le pactole est au bout du sac à jus de neurones qu’il vient de pressurer !

Mais, vous le savez tous ... quoique ... que lorsque l’on achète un « nanard », et quelle que soit la montagne acharnée de travail en amont du choix, le cours de l’action fait le plus souvent du « surplace » durant infiniment plus longtemps que prévu.

Cependant, Jérôme K. vérifie scrupuleusement plusieurs fois par jour, c'est-à-dire de manière obsessionnelle, si la courbe s’est décalée avec vigueur en sa faveur.

En salle de pause, son regard se rive sur le ticker qui fait défiler en boucle à la télévision toutes les cotations du marché.

Et, à son meilleur ami Bernard M. de lui faire une remarque avisée : « Tu sais, le cours de ton action n’a pas varié depuis tout à l’heure. Les marchés sont fermés depuis 2 heures. Ton cours est donc toujours aussi bas ».

« Ouep, je sais, mais franchement là, c’est une autre chaîne de télévision ... je pensais que ... peut être, ils auraient d’autres sources, des informations plus fraîches ».

« La télé rend fou » écrivait le journaliste Bruno Masure.

Et, il en va ainsi pour la politique, les affaires, le sport, et en ce qui nous préoccupe ici : la finance !

Pour de nombreux scientifiques, une des aptitudes les plus remarquables de l’être humain est sa capacité phénoménale à observer, prévoir, chercher des corrélations, relier des causes et des effets.

D’ailleurs au sein du système éducatif, dès le plus jeune âge, la sélection se fait quasi uniquement par le truchement de la détection, puis de la mise en exergue des plus talentueux à ce petit jeu.

Dans l’élitisme du monde de la finance, on retrouve naturellement une palanquée d’individus profondément marqués par le talent qui s’exprime au sein du « cerveau gauche » ; le côté de l’extrapolation, de la pensée profonde, du génie scientifique.

De nombreuses qualités qui mènent à la certitude qu’ils peuvent ... plus qu’aucun autre sur terre, prévoir l’avenir des marchés financiers.

L’aptitude à voir des signes précurseurs partout est aussi vieille que l’humanité.

Déjà les Grecs vénéraient ce qu’ils nommaient pareidiola : c'est-à-dire l’apparition d’une image significative ayant du sens, là ou seul le hasard s’exprime à plein.

Comme par exemple le visage d’une petite fille qui se dessine par l’entremise des anomalies chromatiques des veines d’un bloc de marbre.

En la matière, au fil des âges, l’olibrius « marketé » par les anthropologues sous le vocable « homo sapiens » (celui qui sait ... et celui qui sait qu’il sait ... tandis que d’autres affirment qu’ils savent qu’ils ne savent rien ??????) a testé tout ce qui lui passait sous la main pour tenter de lire les présages de son avenir.

Petit stock-picking hilarant parmi plusieurs centaines de joyeusetés ou tout y passe ... les phénomènes naturels, les émotions, les objets, les animaux, et les végétaux :

Aigomancie : prévisions par le biais des chèvres ; bibliomancie : prévisions par le biais d’un livre ; aspidomancie : prévisions par le biais des traces sur les boucliers ; geloscopie : prévision par le style du rire ; teratologie : prévision par les mouvements célestes ; brontomancie : prévision par le son du tonnerre ...

« Notre talent à entrevoir des schémas là où il n’y en a pas correspond à la vanité caractéristique des êtres de notre période » disait l’astronome Carl Sagan.

Dans le monde de la finance moderne, le devin se nomme : stratège, analyste financier, expert, conseiller financier, et, l’originalité de sa méthode de prédiction est : LA LOGIQUE !

Forme extrême de la divination : la logique est indiscutable, imparable, inattaquable, aristocratique.

Elle est le sommet évolutionniste, et « sans haut plus haut », des méthodes de lecture des augures.

Ainsi, l’inflation, le chômage, le prix des matières premières, la fiscalité, la stabilité politique, les price earning ratios, le niveau d’épargne ... sont tous des signes évidents, que pudiquement, on nomme : indicateurs avancés de la direction des marchés.

Pour sûr, vous connaissez le résultat ... jouer à « plouf plouf » en cours de récréation donne des résultats aussi flamboyants.

Certes, nombreux sont ceux qui gagnent de l’argent sur les marchés financiers.

Et, le bilan du gonflement des bonus délivrés par les banques en 2011 pour l’activité 2010 va provoquer une brusque expansion des rangs de Jean Luc Mélanchon ...

Toutefois, ces résultats sont uniquement ceux de la diligence de l’argent pas cher, de l’effet levier, et de la spéculation !

Les méthodes d’anticipations basées sur la « logique », bien que rassurantes, et c’est là leur puissance hypnotisante, sombrent toujours, sous le choc de l’explosion de trois torpilles qui dynamitent la coque sous sa ligne de flottaison.

Ces dégâts sont connus sous le vocable que les psychologues affublent de « prévisions postérieures ».

- Une anticipation repose souvent sur le fait que ce qui est arrivé est la seule chose qui pouvait arriver.

- Une anticipation se base sur la considération qu’un retour en arrière est peu probable ... une tendance lourde de long terme étant à l’œuvre.

- Une anticipation néglige totalement des forces titanesques, toujours à l’action, qui n’ont pas été détectées, et qui donc ne se manifestent pas ... tout en mettant monstrueusement le système sous pression.

In fine, les prévisions financières ont cette tare qu’en jargon automobiliste on nommerait « conduire au rétroviseur ».

Tout le monde sait bien cela, et fait mine de ne pas le savoir ... sauf les prospectus pour des placements financiers qui affublent leurs bas de pages d’un codicille sibyllin « Toute performance passée n’est pas représentative des résultats futurs ».

Si je m’entraîne assidûment à mon instrument de musique fétiche, je progresse.

Si je pratique avec courage mon sport préféré, je m’améliore.

Et, à chacun de constater, depuis la prime enfance, ce résultat empirique sans faille, devenu symbole de la méritocratie : « Contribution-Rétribution » ; pourquoi en irait-il autrement avec la bourse ?

Tout simplement car la logique et les probabilités ne sont pas faites pour le cerveau humain qui se laisse aisément duper par de fausses pistes balisées du sceau de l’évidence.

Petit exemple connu par les spécialistes de la cognition sous le vocable d’« Illusion du joueur invétéré » :

Imaginez que nous jouions à « pile ou face » avec une pièce.

Je produis le tirage suivant :

PFFPPF ; soit 3 fois P, et 3 fois F.

Avec tadam ... surprise : P = pile et F = face !

Et, mon éducateur canin préféré m’a fait savoir que ce résultat est ... euh ... pile poil ce que nous attendions sur le plan des probabilités : 50% de P et 50% de F.

A votre tour de jouer ... vous produisez l’incroyable séquence suivante :

FFFFFF ; soit 6 fois F : 100% F.

Tout d’abord vous avez la certitude que vous faites parti des chanceux dont le chemin n’est pas balisé du même vulgaire pavage que celui du commun ... ce qui est peut être vrai.

Ensuite, votre conscience est emplie de la clarté produite par l’illumination suivante : le couP Prochain Produira Presque à couP sûr un P ... ce qui est inePte !

Certes, la séquence FFFFFF semble époustouflante ; mais le prochain jet de dès n’a qu’une chance sur deux de faire Pile, et une chance sur deux de faire Face ... tout comme les essais précédents.

Je vous entends déjà marmonner « Ok, mon p’tit pote, mais tu as d’autres exemples pour me convaincre ? J’ai de l’argent à placer ... MOI, ... alors que faire avec ce constat, hein ? Et, au fait, pourquoi fonctionnons-nous ainsi, de manière aussi maladroite vis-à-vis de la logique et des probabilités ? Surtout, existe-t-il, mon p’tit gars, un moyen de se sortir de cette gangue naturelle foireuse ? ».

A toutes ces questions, il existe profusion de matière pour répondre. Je vous exposerai donc, dans ma prochaine chronique, l’état actuel des connaissances anatomiques et évolutionnistes qui sont à l’origine de nos piteux résultats, puis nous verrons les moyens de contrecarrer ces malédictions.

En attendant, bonne et chaleureuse année 2011 à vous, à vos familles, à vos amis, ainsi qu’à tous ceux qui trouvent grâce à vos yeux !

Au fait, j’ai une prévision en or pour vous tous, pour gagner en bourse.

Regardez le chiffre de la nouvelle année : 2011, prenez les deux chiffres de la fin (11) et additionnez-les.

1 + 1 = 2, accolez ce nombre aux deux chiffres du début (20).

On obtient : 202 ... c’est un magnifique palindrome, un chiffre symétrique qui se lit dans les deux sens.

202 : ce chiffre possède un sens caché pour le financier averti et initié que je suis ... c’est un chiffre miroir qui nous éclaire sur l’avenir des marchés : 2011 sera identique à 2010 ... des hauts, des bas, plein de surprises, énormément de mensonges, et de l’adrénaline à gogo ... tout cela ... avec 100% de chance de ne pas se tromper !

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