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Bourse et stress

Par Christophe Gautheron

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Lundi 21 Juillet 2009, les médias Français et internationaux faisaient leurs choux gras du jour avec la commémoration de l’anniversaire du premier pas de l’homme sur la lune.
Ce jour là, j’ai vibré ... j’ai passé la soirée sous le coup d’une griserie peu commune.
La fièvre qui me broyait tenait au fait que je venais de découvrir que les partisans de la théorie du complot démontraient, avec efficacité, et par le biais d’arguments troublant, que l’homme n’avait jamais foulé du pied le royaume des Sélénites !

Ce n’est pas en bourse que l’on entendrait ce genre de méprisantes constructions intellectuelles.
Qui croirait des sornettes comme par exemple : que JP Morgan Chase Bank posséderait des milliards de dollars en vente à découvert sur l’or ? Pardon, des trillards accumulés depuis 30 ans dites-vous ?
Qui donnerait du crédit à ceux qui affirment que les Emirats Arabes (2nd investisseur privé US juste derrière les Chinois) furent prévenus plusieurs jours à l’avance de la débâcle de Lehman Brothers afin de limiter leur exposition au bankrun ?


Qui donc écouterait le quidam affirmant que, oh shocking, le premier paradis fiscal d’Europe est la City de Londres ?
Qui accorderait crédit au pauvre erre déblatérant que les Etats du monde entier renflouent les banques avec de l’argent qui n’existe pas mais que l’on imprime juste pour l’occasion ?
Quel individu normalement constitué pourrait croire que les banques Françaises n’ont plus le cash pour faire face à un retrait groupé de l’ensemble des déposants à hauteur de 10% de leurs capitaux ?
Non, vraiment, il n’est pas sage, ni sain de penser ainsi !
Le monde de la finance est altier. Ici points de manants obtus qui jetteraient des regards furtifs et troublés à des alentours inquiétants ...
Que non pas. Passons au cœur de mon propos.

Face aux bouleversements qui nous affectent, j’ai acquis deux convictions profondes que je souhaite partager avec vous.
Il y a tout d’abord l’idée que la vérité des faits est rarement portée à la connaissance du grand public.
Ensuite, il y a le constat que les découvertes scientifiques et techniques stupéfiantes ne sont qu’occasionnellement connues avec rapidité par les masses populaires.
Bien entendu, ces réflexions concernent aussi, vous allez le voir : vous, votre cerveau ... ainsi que votre argent.
Le stress est le compagnon obligé de tout intervenant sur les marchés financiers.
En fait, dés lors que l’on gère son propre argent, on se retrouve derechef confronté à cette douleur incessante, usante, et inaliénable.
Les connaissances sur le stress ont un lien étroit avec mes les deux convictions énoncées précédemment.
Car, les chercheurs en savent beaucoup plus sur le fonctionnement du stress que ce qui est connu du grand public et que l’on véhicule au sein des médias.
On sait tout cela depuis plus de 10 ans, mais, il n’y a étrangement aucune diffusion réelle de ce savoir au sein des masses.

Le stress trouve sa source au sein d’un amas de cellules nommées le cortex préfrontal. Pour situer approximativement l’endroit, il suffit de visualiser au sein du front, la zone du cerveau comprise entre les sourcils et le début de l’implantation des cheveux ... il en va ainsi pour les chauves aussi. Qu’on se le dise !
Il s’agit là d’une des couches parmi les plus évoluées de nos encéphales.
Et, la valeur n’attendant pas le nombre des années, il s’agit de considérer que le cortex préfrontal est aussi une jeune pousse.
La plupart des espèces n’en possèdent pas, et, en ce qui concerne l’homo sapiens sapiens, son développement n’est que très récent au regard d’autres ensembles corticaux.
Jeune pousse disais-je ... et partie noble aussi !
Car, cette zone cache d’exceptionnelles capacités de traitement logique, et d’analyse.

Le cortex préfrontal est l’antre en laquelle infusent toutes les informations, et en laquelle nous les intégrons en des constructions abstraites dites intelligentes.
Le débat fait rage pour définir la nature des intelligences, et leurs centres respectifs. Cependant, il semble acquis que le cortex préfrontal abrite la majeur partie de ce que
le grand public reconnaît sous le vocable d’intelligence pure ... et aussi le stress qui vous statufie à l’instant de couper vos pertes !
La légende populaire veut que cette zone ne produise son effort que sous une pression consciente d’activation.
On ne trace pas les plans d’une maison sans se donner consciemment à la tâche, n’est ce pas ?
Pourtant, depuis une décennie déjà, on sait que cela est faux de pied en cap.

Ce sont les travaux d’Antonio Damasio, le neurologue Américain pape de la finance comportementale qui mit cela en évidence dès la fin des années 90.
Et, des recherches datant de 2006 confirment ce résultat extraordinaire : le cortex préfrontal réalise les opérations les plus importantes pour la réflexion et la prise de décision en « sous marin », c'est-à-dire hors du champs de nos consciences.

J’évoquais cette incroyable information au chapitre 3, bourse et intuition, de mon livre « Comprendre les émotions qui interviennent dans le trading » aux Editions Edouard Valys.
Ainsi, en bourse, pardonnez cette prophétie qui émoussera vos énergies d’apprentis traders, il est quasiment impossible d’apprendre la gagne « à la manière des meilleurs » en les écoutant, en les singeant, car une grande partie du logiciel n’est pas accessible à son protagoniste.
Leur programme délivre de très bons résultats, et cela, probablement sur la base d’un hardware dysfonctionnel ... et c’est tout ... impossible d’en dire d’avantage, impossible d’en savoir plus.
Les traders de talents donnent des explications, mais il leur échappe l’EXPLICATION.
Comment cela est-il possible ? Et, en quoi ce processus inconscient est-il lié au stress ?
Alors, suivez moi bien, le voyage est relativement long, mais le paysage révélé est inconnu du grand public, et, sa beauté, son étrangeté pourraient bien vous couper le souffle.

Les psychologues ont prouvé, contre toute attente, que plus une situation est complexe, plus la prise de décision requiert des processus de traitement manifestement inconscients.
Un ouvrage méconnu, mais tout aussi jouissif que hilarant à la lecture, illustre bien ce point : « La baignoire d’Archimède » de Sven Ortoli et Nicolas Witkowski.
On y mesure que de nombreux savants produisirent des pensées marquantes ... sans réfléchir réellement, sans activation de la partie cognitive et consciente du cerveau; par exemple, Kekulé et la structure du benzène, Newton et sa pomme, Moreno et la carte à puce, Archimède et sa formule, Mendeleïev et son tableau, mais aussi Poincaré, Einstein, Tesla ...

La production inconsciente d’idées remarquables est une constante de la nature humaine qui s’affranchit du temps, de l’espace, du domaine, et de la culture.
La plume aussi acérée que son œil, Claude Levy Strauss produisait au siècle dernier le constat suivant : « L’essence des choses semble devoir nous rester hors d’atteinte, sauf par le biais de vieux bricolages inconscients que le savant consent à restaurer de temps en temps pour nos usages ».
Le cortex préfrontal sait livrer des solutions simples à des problématiques complexes sous forme de jaillissements, sous forme de sensations, ou d’instincts.
Les passionnés de l’étonnant Nietzsche savent tous qu’il fonctionnait ainsi pour la production de ses aphorismes transcendants.
Cela fit de lui un sur-homme de la pensée, une star de l’exploitation du cortex préfrontal ...
Nietschze est un accident dans l’histoire des hommes. Il vint parmi nous, comme nous le verrons plus loin, trop tôt, bien trop tôt, car il se brûla avec sa propre lave en fusion et finit comme un poulpe échoué les 10 dernières années de sa vie.

Pour le day-trader discrétionnaire que je suis, le moment de l’entrée en position est souvent le sujet d’un flash, d’une intuition, d’un pressentiment qui ne sont que la partie visible de l’iceberg titanesque des raisonnements complexes, inconscients, produits au sein du cortex préfrontal.
Je me souviens d’un livre sur le trading aux Editions Edouard Valys en lequel un trader à succès délivrait un message identique : « Bon, ben là, j’y vais, juste pour voir. Quelque chose me dit qu’il faut y aller. Je le sens bien ».

Le stress est le message envoyé au corps par le cortex préfrontal pour le prévenir que la terre va trembler.
Pour l’ensemble du règne du vivant, le stress découle de l’activité des zones « grégaires » du cerveau, et, il en allait ainsi dans la vie des hommes jusqu’à récemment.
Pour l’homme moderne, le stress résulte pour l’essentiel de processus neurocognitifs plus élaborés que ceux qui s’expriment dans le cas basique de la peur du lion.
Le stress est aujourd’hui le produit des interactions complexes et changeantes comme l’éclair entre des individus, des technologies, des principes de fonctionnement, ou des prises de décisions alambiquées.

Dois-je acheter des actions Thomson en environnement hyper spéculatif lié aux pertes d’exploitation ?
Comment gagner de l’argent en travaillant la parité monétaire Euro/Yen ?
Ma plateforme de trading est en panne, comment couper au plus vite mes positions ?

Ainsi, le stress est-il, à l’instar du dieu Hermes, un messager.
Rappelons, pour pousser la comparaison, que Hermes conduisait aussi les âmes en Enfer ...
Mais, de quoi exactement le stress est-il donc le commissionnaire ?

Les travaux les plus aboutis sur le sujet mettent en lumière que le cortex préfrontal traduit par le biais du stress une inadéquation entre l’individu et la modification de son milieu.
Ces recherches montrent aussi que le simple fait de rationaliser un problème contribue instantanément à diminuer le stress.

Jetez un coup œil aux forums internet des actionnaires d’Alcatel Lucent par exemple. Vous verrez que les gens passent leur temps à produire des justificatifs cohérents, et rationnels à la prise de risque.
Les titres des posts sont sans ambiguïté à ce sujet : Pourquoi j’ai acheté ? Comment elle va exploser ! Tout est là pour le big up ! Ici, le détail des comptes ! La stratégie du groupe dans le détail ...
En agissant ainsi, les investisseurs jettent une couverture mouillée sur l’embrasement des neurones de leur cortex préfrontal.
Dans un précédent papier concernant la peur et le fonctionnement de l’amygdale cérébrale, j’exprimais cette vérité physiologique « Pour lutter contre la peur, il faut communiquer » ... tous les traders indépendants souffrent de ce manque, et toutes les femmes savent cela ...
Vous pouvez désormais rajouter à votre bréviaire : « Pour faire baisser le stress, il suffit de s’abandonner à la réflexion ».
Certains psychologues nomment joliment cela : la sublimation.

Ceux qui auront suivi mon propos jusqu’à ce point ne manqueront pas de se poser la question suivante en faisant une courte pose méditative : « Pourquoi le cortex préfrontal n’explicite-t-il pas clairement son message plutôt que d’œuvrer de manière diffuse et quasi inconsciente ? ».
La réponse est adamantine.
Le cortex préfrontal serait frappé, ni plus, ni moins, d’immaturité fonctionnelle en vertu de son jeune âge rapporté aux autres zones séculaires du cerveau.
Cette jeunesse se matérialise par une difficulté à livrer un résultat dans la langue immémoriale des autres parties du cerveau.

La mondialisation, avec son cortège de changement, de remise en question, d’annulation des existants, d’obsolescence des repères, impose des modifications perpétuelles de contexte à toutes les catégories sociales.
Pendant des millénaires, l’homme a fonctionné essentiellement par le biais du mode limbique conscient. C'est-à-dire, et pour simplifier, celui que l’on met tant en valeur par le biais des études scolaires modernes.
Il faut désormais s’adapter, toujours, encore ... toujours plus vite ... la cascade glaciale du stress déferle alors avec son cortège d’effets psychosomatiques anesthésiants que l’on commence seulement de comprendre.
Dans ce monde chahuté, le cortex préfrontal détecte la contradiction, bien en amont, hors du chemin conscient, entre les habitudes, et la nécessité de changer ... ici et maintenant ... demain et pour toujours. Cela accouche d’un stress structurel qui s’exprime continuellement.

Sur les marchés financiers, les outils, les habitudes, les intervenants, les règles changent plus qu’ailleurs, de façon plus véloce, et de manière bien plus globalisée qu’en nulle autre activité.
Depuis un an, les records de toutes sortes pleuvent sur les marchés, et éparpillent façon puzzle dirait Audiard, tous les référentiels établis patiemment par les chartristes : plus gros volumes de transaction, plus rapide chute des marchés, plus fort rebond de l’histoire, plus grand nombre de support enfoncés dans un journée, plus grand nombre de bougies à la baisse, etc ...

Au sein de cet environnement Brownien plus que jamais non prédictible, il y a une bonne nouvelle : les traders star d’hier et d’aujourd’hui ne seront pas ceux de demain.
Vous gagnez beaucoup, et cela de manière spectaculaire.
Alors, plaquez tout ! Vous êtes à votre zénith.
Votre cortex préfrontal ne vous délivrera bientôt plus les bonnes infos, et vous perdrez tout, déboussolés, anéantis, sans en comprendre le pourquoi.
Vous êtes un perdant sur les marchés ... soyez en aise.
Car, votre apogée va survenir ... de nouvelles règles apparaîtront bientôt.
Elles seront éventuellement exceptionnellement bien adaptées au langage inconscient de votre propre cortex préfrontal.
Le cortex préfrontal est une structure inachevée, imparfaite, mais en devenir.
L’humanité progresse lentement vers un stade préfrontal mature.
Cela ne se fera pas du jour au lendemain.

L’aventure ne fait que commencer. Tendanciellement, elle devrait logiquement mener
notre race au plus haut des belles valeurs humaines ... celles qu’imaginait les illuminés « New Age » des années 70.
Mais, il convient aussi de s’imprégner des conséquences du vent contraire suivant :
l’Univers actuel, en lequel l’individu est condamné à la polyvalence, à l’adaptation, au renoncement des principes, et à la versatilité est un poison pour le cortex préfrontal qui requiert une maturation lente, sans bourrasques déstabilisatrices.

La bourse est le meilleur moyen de connaître l’Homme qui est en vous.
Se battre contre le marché, c’est mettre ce grand Homme à l’épreuve.
Mais, vivre comme nous le faisons, sous le joug des contraintes modernes, c’est prendre le risque, quasi certain, d’effacer à jamais cet être sage qui cherche à germer en nous.


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