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Comment arrête t-on un gigantesque paquebot lancé à pleine vitesse ?

Par Samuel Rondot, le 27/09/2013

samuel rondot

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Aujourd'hui il ne fait « presque » plus aucun doute que le trading à haute fréquence est inutile, nocif et n'apporte que du bruit sur les marchés. Seul ceux qui en font, en pensent encore du bien.

On commence même à trouver certains clients et prestataires se plaindrent des coûts de ces pratiques pour des rendements de plus en plus faibles (seraient-ils en train de s'entretuer?).

Il y a quelques jours, Nanex relançait le débat en prouvant que lors de la très attendue décision de la Fed des ordres avaient été envoyés sur le marché de l'OR à Chicago avant que le marché ne s'anime à New York sur la même nouvelle.

L'annonce se faisant à Washington, il est peu probable que les ordinateurs de Chicago hautement sophistiqués aient pu avoir la nouvelle plus vite que les mêmes super machines à New York (donc énormément plus proches pour ceux qui n'ont pas la géographie américaine en tête).

Certes on pourrait trouver 1000 excuses mais le fait est que les bizarreries venant du trading à haute fréquence sont telles que plus grand monde ne doute aujourd'hui que quelque chose se passe.

D'ailleurs suite à cette énième « anomalie », la Fed a annoncé avoir diligenté une enquête, la CTFC (la chambre des marchés dérivés ou se traite l'Or) fait aussi la sienne de son côté, et bien plus intéressant encore, le procureur de New York se penche lui aussi sur le dossier.

Rappelons que grâce à lui, une bizarrerie historique qui permettait à Reuters de vendre des annonces statistiques à certains clients un peu avant leur publication officielle, a été supprimée cet été. Mon petit doigt me dit que la liste des choses à redresser ne fait que commencer.

Sauf que voilà, le trading à haute fréquence c'est aujourd'hui 70% (pour les plus pessimistes) du volume aux Etats Unis et pas mal dans le reste du monde (un peu plus de 50% en Europe selon des estimations). Alors on arrête tout ça comment ?

On débranche la prise ? Et bien il y a peu de chance qu'on puisse faire cela. Vous imaginez du jour au lendemain, 70% du volume (et bien plus encore sur les ordres dans les carnets) qui disparaît... Il est probable qu'on retrouverait des écarts de prix dignes des cotations à la corbeille (je ne parle pas de la criée qui était assez efficace, mais bien de la vieille corbeille).

Le plus gros risque serait d'abord systémique. La bourse sans aucun repère, sans aucune « animation » serait en état de mort cérébrale et le moindre choc extérieur aurait des conséquences désastreuses.

Depuis 6 mois, j'ai acquis la conviction que les pouvoirs publics et autres autorités de tutelle ne sont pas en train de se demander si le HFT c'est mal, tout le monde le sait.

S'il faut arrêter le HFT, tout le monde en est sûr. Mais, au fait, comment arrête t-on le HFT en douceur pour ne pas provoquer une crise majeure de confiance, de liquidité et tout simplement de crédit sur lequel les évaluations boursières sont basées?

C'est un peu comme si demain on disait qu'on allait couper l'électricité de toutes les entreprises (qui doivent bien consommer dans les 80% du total) et qu'on va la laisser uniquement aux particuliers. Mais si plus personne ne peut travailler, comment fait-on pour payer ses factures ?

Et bien le HFT c'est exactement ça, un système de perfusion massif qui tient la bourse artificiellement en vie. Et celui qui va prendre le risque de débrancher la machine, il a intérêt à être sacrement malin ou suicidaire.


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