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Le poids de la peur dans les gains en bourse

Par Christophe Gautheron, le 28/01/2009

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J’ai appris, tout comme vous, que l’intelligence logicomathématique se prévaut d’être la manière la plus efficace pour intervenir sur les marchés, gagner, et gérer le risque correctement.

Et, il est très rassurant de le penser, surtout si l’on possède soi-même un Rubik’s cube qui percute comme la foudre … mais aucune étude ne démontre cela formellement et irréversiblement, c'est-à-dire, sans une contre étude qui prouve très exactement le contraire !

Mon expérience m’a montrée que les convictions fortes ne permettent pas d’établir un trading qui tienne par tous les temps. Et, je vais vous en expliquer le pourquoi .

Ces derniers jours, vous aurez remarqué, tout comme moi, la cohorte des économistes, des journalistes, et des libres penseurs qui mettaient en exergue la difficulté à faire des prévisions boursières par ces temps de grands vents.

La plupart font preuve d’amende honorable quant à leurs ratés de l’année précédente, et ils expliquent longuement, honnêtement, les raisons rationnelles pour lesquelles le jeu puéril du « qui tente, gagne un peu » s’est transformé en sordide jeu du « qui tente, perd vachement plus que prévu ».

La question fondamentale, que tout le monde occulte, tant elle est, à l’instar de la lettre cachée d’Edgar Alan Poe, qui était posée si en évidence que personne ne la trouvait, est : faut-il nécessairement un avis sur les choses pour en tirer profit ? Autrement dit : l’intervenant en bourse a-t-il besoin d’avoir une idée générale sur l’orientation des places pour se mettre dans le flot et profiter des ressacs favorables ?

Votre réponse est certainement OUI.

La mienne est ... par expérience ... pas nécessairement !

Cela fait écho à un passage du livre de Vincent Baron, « Confessions d’un trader », dans lequel l’auteur exprime l’absence de conviction à l’initiative d’un trade par : « Bon, ben là, j’y vais juste pour voir, et souvent, il vaut mieux de la chance qu’un long raisonnement ! ».

En bourse, le plus difficile à détecter, puis à comprendre, et enfin à admettre, c’est qu’il n’y a que trois règles intangibles.

La première règle est fort connue, et elle est dispensée ainsi : « trend is your friend », « follow the trend », en Français : suivez la tendance. Malheureusement, rien de neuf à cela : une poésie Chinoise et millénaire affirmait déjà : « Toujours, nage dans le sens du courant » …

La seconde règle est une évidence que rappelait en tout début de roman le héros du conte philosophique de Paolo Coelho, l’Alchimiste : « Les choses simples, seuls les savants savent les voir ». Les savants, hum … il fallait traduire bien entendu, les érudits, les curieux, les sages ! Et quelle est donc l’évidence à saisir ? C’est très simple : « Il faut toujours garder le sens de l’aventure ».

La troisième règle est celle que certains scientifiques nomment : « l’effet rond dans l’eau ». Quand un projectile s’écrase dans un liquide, il émet des ondes concentriques, très belles et voluptueuses que les esthètes aiment à contempler. Le nombre, ainsi que l’amplitude de chaque vague est fonction, je vous passe les détails, et, pour simplifier à l’extrême, de l’intensité initiale du choc dans l’eau.

Alors, pourquoi ces trois principes permettent-ils de trader correctement en environnement « flou » et sans convictions ?

Et, bien c’est simple.

- Primo, je ne me positionne que sur les valeurs pour lesquelles les news viennent de tomber (=récupération de l’énergie des ronds de premier rang dans l’eau).

- Deuzio, je ne juge pas à priori de la qualité de la nouvelle, mais simplement du sens dans lequel le court s’affole comme un dératé (=suivez la tendance).

- Tertio, pour être acteur sur le marché, il faut oser y entrer (=caractère aventureux donc incertain du trade).

Pour bien trader, il est nécessaire, surtout en ces temps troublés, d’être un adepte de la guérilla perpétuelle … faire des petits coups souvent … et ne pas faire confiance aux évolutions des ronds qui s’exprimeraient loin du point de chute initial.


Mais, il y a un truc qui cloche … et, vous le sentez bien, surtout si vous êtes souvent en position sur les marchés : nous n’arrivons pas à respecter nos trois règles d’or.

Alors, quelle est la nature de l’élastique invisible tendu dans votre dos, et qui vous retient d’adopter des conduites fiables et vertueuses ? Sa nature est biologique, ancestrale, et elle se situe en plein milieu de vos cerveaux. Je vous présente l’inconnue qui vous talonne sans cesse, invisible et omnipotent, à l’instar du dieu de la mort dans le manga culte Death Notes : l’Amygdale cérébrale !

De nombreux travaux en neurosciences montrent qu’au sein de cet amas de cellules gros comme une noix, on trouve : le centre de la peur ! Et, c’est la peur qui vous empêche d’appliquer correctement le corpus de règles que vous mettez au point.

La peur de perdre de l’argent est devenue une peur essentielle de la nature humaine. Elle est aussi sauvage que les plus ancestrales des émotions (se nourrir, se reproduire, avoir un toit...), et, nous allons le voir probablement la plus puissante, la plus pernicieuse.

Antonio Damasio, le directeur de l’institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de Californie relevait dans son livre culte « The feeling of what happens » que : le stimulus peur du tigre a été remplacé au sein de l’encéphale des hommes modernes par … la peur de perdre de l’argent : tout simplement et rien que ça !

Dans le monde moderne, le gage de la survie dans le confort absolu, et surtout de la possibilité de transmettre son patrimoine génétique, ne sont plus liés à la force brutale, mais simplement à l’aptitude de se hisser au plus haut de l’échelle sociale et financière.

Lorsque vous tradez, vous êtes en situation de perdre votre mise. Alors, votre amygdale cérébrale s’affole, la peur vous étreint.

L’émotion engendrée par le réflexe de peur est le facteur dominant qui modifie profondément nos capacités analytiques et qui mine toutes nos bonnes résolutions, comme celles de respecter 3 simples règles d’or, par exemple.

Même au sein des investisseurs dits experts, la peur est à l’œuvre. Ainsi, on note au début de chaque année boursière qu’environ 50% pensent que le marché pourrait s’effondrer d’un tiers, tandis que l’historique des indices montre que cela n’arrive que dans 5% des cas ! C’est le résultat de la peur à l’œuvre … à moins que ce ne soit l’œuvre de la peur ! La peur pulvérise nos facultés cognitives pour des raisons très précises. Ces raisons sont liées à notre évolution. La peur est l’émotion qui mobilisait nos ancêtres lorsqu’ils étaient confrontés à un danger vital. Un lion surgissait et il menaçait d’attaquer… il fallait fuir ! A cet instant précis, c’était la course effrénée pour trouver un abri qui commençait. Face au danger, il n’était pas question d’utiliser sa matière grise pour bâtir un bon plan ... il fallait fuir ... et se mettre à l’abri. Ainsi, lorsqu’il est sous l’emprise de la peur, le cerveau utilise naturellement des circuits inconscients et rapides qui court-circuitent les processus dédiés à la réflexion. Le puissant mais lent est remplacé par du rapide et inconscient.

La peur est un processus fulgurant qui possède des effets physiologiques ravageurs afin de préparer le corps à la fuite. Des hormones comme l’adrénaline et la cortisol se déversent comme des tsunamis dans nos veines.

Les conséquences physiques de la peur et de son bain d’hormones sont multiples : respiration qui augmente, rythme cardiaque qui accélère, pression sanguine qui grimpe, muscles sous tension, pupilles qui se dilatent ... le corps est prêt à s’extraire violemment du danger. La peur est l’émotion de la dernière chance ... de la survie à tout prix.

Ainsi est constitué l’être humain : la peur de perdre l’argent expose nos organismes à un stress intense qui, outre le fait qu’il amoindrit nos facultés de réflexions, use par ailleurs à outrance nos organismes : la tuyauterie, les câbles, et les organes moteurs.

De cette explication rapide, vous devez retenir deux choses. Tout d’abord que, compte tenu du fait que le trader ne peut pas fuir, son organisme est rapidement une poubelle de résidus chimiques non usités qui étaient destinés à préparer le corps à la fuite. Et, comme la fuite n’est pas consommée, de nombreuses tensions musculaires apparaissent : douleurs à la mâchoire, points durs dans le dos, tendinites aux muscles de la main. Amis traders attention, donc à votre santé physique et mentale.

Ensuite, souvenez-vous de mes 3 préceptes initiaux du trading : suivre la tendance, garder le sens de l’aventure, et profiter de l’effet rond dans l’eau. Ce corpus de règles, de part sa nature qui nécessite de faire un effort de réflexion, ne peut être appliqué tous les jours dès lors que la peur est présente. Et, il en va ainsi par tous les systèmes que vous pourriez inventer.

Pour ceux qui souhaitent gagner en bourse, il est donc indispensable, non pas d’inventer des systèmes d’intervention tarabiscotés, mais simplement de domestiquer efficacement la peur. Sans peur, avec des règles personnelles très simples, et avec de la rigueur dans leur application, il devient possible d’opérer sur les marchés ... sans convictions aucunes ... les gains seront au rendez vous.

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