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Le 'Voodoo Economics' de l’Espagne

Par Sacha Pouget

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Pendant des semaines, on nous avait promis officiellement que l'Espagne allait faire « le ménache » dans ses Banques. Jusque vendredi soir, on nous envoyait démenti sur démenti : Madrid ne demanderait pas d’aide.

Et voilà qu’au terme d’une conférence téléphonique entre les différents ministres des Finances de l’Eurogroupe le samedi 9 juin à 16h00, on nous annonce un plan de la BCE.

Cette aide arrive après l’annonce du chef de la Banque d'Espagne qui a annoncé qu'il allait arrêter ses fonctions un mois plus tôt que prévu. Signe d’un constat d’échec, le commandant a quitté le navire.

Suite aux craintes d’une sortie de la Grèce de la zone Euro, le fameux GREXIT, voilà que les traders pariaient sur un TISPANIC, terme employé pour désigner la déroute d'une "puissance européenne" en plein naufrage.

Tout d'abord, c’est quand même assez hallucinant de voir à quel point les dirigeants prennent un malin plaisir à jouer au Poker menteur. Ensuite, aujourd'hui, les marchés applaudissent (+2% à l'ouverture à Paris ce 11 juin). Très bien. Je rappelle que la production industrielle espagnole a baissé de 8,3% en rythme annuel. Que le chômage est à 24%. Nous allons voir ici que rien n'est réglé.

Il y a précisément 3 raisons pour lesquelles on a de quoi s'inquiéter avec ce plan de sauvetage d'un naufrage annoncé... et qui nous montrent même pourquoi ce Plan pourrait devenir dangereux.

Ce plan va faire exploser la dette publique espagnole dans les 2 ans

Bon, maintenant que les banques espagnoles sont renflouées, alors quelle est la conséquence directe ? Sur le Moyen terme, nous allons voir que ça ne va pas être évident...

Conséquence directe, de ce Plan de sauvetage : la Dette publique espagnole pourrait dépasser. Elle devrait passer de 68.9% du PIB en 2011 à 94.2% en 2013 :

Source : UBS – « European Weekly Economic Focus » (1er Juin 2012)

Je rappelle que ce plan d'aide est entièrement considéré comme de la Dette. Ce Graphique est tiré d’une Note d’UBS du 1er juin 2012 que j'ai mis en ligne sur mon site dés le 4 Juin dans ma Lettre nous montre dans la Zone grise l'évolution de la Dette publique de l'Espagne (en % du PIB) qui découle de l'accord sur le Plan de sauvetage de la BCE.

Les données sont établies à partir d’un Plan d’aide de 100 Milliards d’Euros. C’est ce qui était attendu. Et c'est ce que les marchés ont obtenu. Par contre, le FMI précise pour sa part que l’aide sera d’ un minimum de 40 Milliards d’Euros et pour un maximum de 100 milliards d’Euros.

On attend donc de voir quel montant exact sera accordé. Il est encore trop tôt pour le dire. Au minimum, si on en croit le FMI (avec un plan à 40 mds €), la Dette publique espagnole augmentera d'au moins 10,1 Points en 2 ans, passant de 68,9% du PIB en 2011 à 79% en 2013.

Plan de sauvetage à l'Espagne : du "Voodoo Economics"

"Ce système revient à ce que le gouvernement espagnol renfloue les banques espagnoles, et que les banques espagnoles renflouent le gouvernement espagnol". C'est ce qu'a déclaré le prix Nobel d'Economie Joseph Stiglitz dans une interview à un media anglosaxon.  Pour lui, « c'est de l'économie vaudou ».
 
En fait, ce Plan va rendre encore plus difficile et plus coûteux d'ici deux ans les adjudications de la Dette espagnole. Le fait de vendre des obligations va s'avérer plus compliqué. Car aujourd'hui, qui se porte à l'achat de la Dette espagnole ? Les banques espagnoles elles-mêmes ! C'est donc le serpent qui se mord la queue.

Etant donné que les banques espagnoles, y compris la Banque d'Espagne, sont les principaux acheteurs de la dette espagnole - selon un rapport publié par la Banque Centrale espagnole - le fait est que le gouvernement espagnol puisse avoir à demander (dans un proche avenir càd d'ici 1 ou 2 ans) à demander un soutien de la part des mêmes institutions à qui il a apporté son soutien aujourd'hui ! Allez comprendre... Mais on en reparlera le moment venu, si cela se produit.

La Grèce au tournant

L'objectif à l'heure actuelle est porté sur la réduction des coûts d'emprunt, à grand renfort d'aide qui sont pour le moment sans contrepartie. il est avéré aujourd'hui que c'est un jeu risqué. Ces actions sont même de nature à aggraver la crise, avec au passage la possibilité de mettre en péril l'avenir de la monnaie unique. D'autant qu' on aurait presqu' oublié l'enjeu qui se dessine : les élections grecques la semaine prochaine. Avec comme possibilité la sortie de la Grèce de la zone euro.

C'est un fait : la BCE a voulu plier ce plan d'aide à l'Espagne AVANT les élections en Grèce du 17 Juin. Comme d'habitude, sans le moindre appui démocratique. La BCE a souhaité le faire pour prendre ses précautions - au cas ou le vent tourne en Grèce. Il s'avère que si le scrutin en Grèce ne parvient pas à faire émerger une majorité soutenant les mesures d'austérité liées au deuxième plan de sauvetage, c'en était fini pour l'Espagne. Puisqu' en cas de sortie de la Grèce de la zone euro, les analystes et les agences de notations s'accordent pour dire que l'Espagne et l'Italie figureront parmi les pays les plus exposés à une telle déflagration.

Aujourd'hui, la sortie de l'Espagne de la Zone euro n'est plus un tabou. C'est est même évoqué par le ministre de l'Economie Luis De Guindos lui-même. Voir même avant la Grèce. Ce n'est pas mon scénario central, mais c'est une possibilité que les marchés ont commencé à intégrer. Signe de cette extrême faiblesse, on observe une grosse pression sur les Taux espagnols : en Mars, le Gouvernement rejetait l'austérité. On était à 4.8% sur l’Emprunt à 10ans. Ce taux est passé à 6.6% aujourd’hui. Pour rappel, au-delà des 7% on était dans un cas similaire à celui de l'Islande.

Une faillite des Banques espagnoles aurait-elle été une bonne solution ?

Comme chacun le sait, la stratégie actuelle est d'acheter du temps. Bernanke crée de la croissance aux US avec 50 000$ de dette en plus par habitant. Tout ça pour du 2% de croissance annuelle.
 
En Europe, même constat. Sauf qu'à la sortie, je doute qu'on puisse aller au-delà des +1,5%. Mais qu'à cela ne tienne. On sauve le système. On le maintient à flot. Qu'il ne chavire pas. Mais le soucis, c'est qu'il continue à prendre l'eau. Alors on rafistole. On met des bouts de rustine.

Au-delà de ce plan Anti-naufrage, la question qu'on peut se poser maintenant, c'est de savoir si la stratégie adoptée avait été une faillite des Banques espagnoles. Avec une refonte en profondeur du système bancaire, exactement à la manière de réponse apportée lors de la Crise asiatique de la fin des années 90.

Je rappelle qu’après deux années de crise (intense, il est vrai), la région asiatique avait alors connue un formidable renouveau. Pour preuve, l’épicentre de la Crise asiatique, la Thaïlande, est à +6% de croissance cette année.

Mais le fait est qu'aujourd'hui avec l’Espagne on ne sait même pas si ce pays reprendra un jour le vrai chemin de la Croissance (je parle d’une croissance durable supérieure à +2%). Le Tispanic n'est pas encore arrimé. Mais il se pourrait bien qu'il finisse abîmé en pleine mer.

Bref, on continue à acheter du temps. Chèrement. Mais c’est une façon de laisser la main aux politiques et d’annoncer que tout est "sous contrôle". Jusqu’à quand ? Jusqu'à ce que l'Espagne ait une Dette publique supérieure à 200% du PIB ?

Sacha Pouget
www.sachapouget.com


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