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Les banques de Chypre en déroute, mais pourquoi ?

Par Samuel Rondot, le 20/03/2013

samuel rondot

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Au milieu de cette cacophonie, on passe parfois à côté d’informations assez fondamentales pour comprendre l’hypocrisie de la situation.

Petite parenthèse : il faudra un jour qu’un des abrutis présents vendredi soir à cette fameuse réunion qui a décidé de LA solution pour sortir Chypre de la crise nous explique comment ils ont pu prendre une décision qui devrait rester dans l’histoire comme celle étant la plus contestée.

TOUTE la résolution de la crise de l’Europe s’appuie sur UN PRINCIPE FONDAMENTAL : braves gens, n’ayez pas peur pour votre argent, l’Europe garantit vos avoirs à hauteur de 100 000 euros chacun. C’est à ce prix qu’à grand renfort de communication, en 2008, l’Europe a réussi un coup de génie : acheter du temps au temps pour réussir à déboucler le merdier.

Et là, il y a un petit génie qui nous balance : « Vos avoirs on va les taxer, même en dessous de 100 000 euros ». Celui-là je peux vous assurer qu’il faut le mettre en taule et perdre la clé vite fait si on ne veut pas se retrouver avec une méga tuile.

Bref, revenons à notre propos. Pourquoi les banques chypriotes qui ont sept fois plus de dépôts que le PIB de ce même pays de 1,1 million d’habitants se retrouvent-elles dans une telle situation ? Car si on réfléchit deux secondes, quand on est une banque qui a un maximum de dépôts dans ces comptes sur un tout petit pays ce n’est pas la somme des crédits qui fait peser un risque.

En tout et pour tout, je n’ai vu cette information reprise qu’une seule fois dans les 72 dernières heures et dans un média anglo-saxon. C’est dire à quel point le sujet doit quand même gêner.

Les banques chypriotes sont dans la mouise, je vous le donne en mille, car elles avaient placé leurs actifs et fonds propres chez leur voisin le plus proche qui n’est autre que la Grèce. Or un beau matin, les petits génies de Bruxelles et consorts ont décidé à l’unanimité et d’eux-mêmes de faire disparaître 70 à 80 % de la dette grecque purement et simplement.

Je l’ai déjà expliqué il y a quelques jours. Si vous êtes un actionnaire institutionnel, genre un autre pays, pas de problème, votre dette n’est pas touchée. Par contre, si vous êtes une banque qui fait de vilains profits, alors là, tant pis pour vous, vous venez de perdre 70 % de votre actif en un claquement de doigts.

Si vous vous appelez BNP ou Société Générale, ça fait mal mais vous pouvez vous en remettre. En revanche, si vous vous appelez Laiki Bank, que vous êtes la seconde banque de Chypre et que par facilité territoriale vous avez fait l’erreur de placer un peu trop de vos avoirs dans la DETTE D’ÉTAT de votre voisin grec, eh bien là, vous l’avez p...

LA VÉRITABLE IRONIE c’est que quelques mois plus tard quand vous allez voir votre gouvernement pour leur dire que vous êtes très mal, on vous dit que les caisses sont encore plus vides. Je rappelle, et là encore c’est une information que je n’ai JAMAIS vue relayée depuis 72 heures en France, que le gouvernement était depuis quelques années communiste, l’un des derniers au monde, et qu’il ne s’est jamais privé d’améliorer son sort avec l’argent des autres.


Ce même gouvernement n’a d’autre solution que de se tourner vers l’Europe et de leur dire gentiment : vous nous avez tiré un méga missile dans le pied avec votre solution grecque, il faudrait quand même voir à nous aider.

Mais c’était sans compter LA PHRASE : mon ennemi c’est la finance. Ça ne vous rappelle rien ? Ça m’a toujours laissé perplexe cette phrase depuis des mois, d’autant plus que depuis il n’a pas fait grand-chose.

Et puis depuis quelques semaines, j’ai tout compris. En coulisse, l’axe du Nord, Allemagne et Pays-Bas ont commencé un très gros travail de fond pour que le reste de la crise soit reporté sur les pays coupables et qu’ils arrêtent de payer pour les autres.

Je n’ai aucun mal à imaginer que ces instructions avaient été données très clairement et sans ambigüité à notre nouvel ami François peu de temps avant son élection aussi certaine qu’improbable. Il lui a donc suffi de paver le terrain : mon ennemi c’est la finance.

Et quelques mois plus tard, tout s’éclaire : les banquiers chypriotes doivent payer pour leur erreur et pour ça on va taxer les riches qui ont des comptes là-bas, puisque ces mêmes riches ont fait un choix en connaissance de cause et s’ils ne le disent pas, ils le sous-entendent : pour tricher et échapper à certaines taxes chez eux.

Au final, j’en viens même à me demander si cette histoire de taxe sur TOUS les comptes n’était pas aussi un coup de bluff. Vous imaginez que samedi matin on nous ait dit que les gros et riches allaient payer 20 %... sur leur dépôt. La rue ne se serait peut-être pas révoltée, mais mon petit doigt me dit que le téléphone des banquiers d’affaires n’aurait pas fini de sonner, et ce partout dans le monde.

Là, on menace de taper sur tout le monde. Le vote ne passe pas et la panique s'installe car il faut trouver des alternatives.

Je conclus ce papier avec la plus belle remarque que l’on peut faire sur la situation actuelle empruntée à un journaliste de BFM : « Pourvu que les épargnants du Portugal, d’Italie, d’Espagne et de France ne comprennent PAS ce qui est en train de se passer ».

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