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Printemps électoral en Europe

Par La rédaction

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- Après une élection plus serrée que prévu, le Parti Conservateur devrait rester au pouvoir après le scrutin du 8 juin prochain mais il lui faudra gérer les effets économiques néfastes du Brexit qui vont être de plus en plus perceptibles ;

- L’optimisme observable après la victoire d’Emmanuel Macron en France cache la crainte grandissante dans une partie de la population de voir le FN gagner la présidentielle de 2022 si le gouvernement actuel échoue, ce qui devrait favoriser le vote utile aux élections législatives des 11 et 18 juin et permettre au gouvernement d’obtenir la majorité absolue nécessaire pour réformer.

ROYAUME-UNI : LE CHANT DU CYGNE

- Timing parfait pour les Conservateurs

L’élection générale au Royaume-Uni prévue le 8 juin prochain tombe au parfait moment pour les Conservateurs puisque les effets économiques négatifs du Brexit ne sont pas encore très saillants. En avançant de trois ans le scrutin (initialement prévu en 2020), le Premier ministre Theresa May fait coup double : elle obtient l’onction démocratique dont elle avait besoin pour négocier au nom du Royaume-Uni avec l’UE et elle obtient cinq ans de répit politique (jusqu’en 2022) afin de gérer la tempête économique qui résultera inévitablement de la sortie de l’UE.

Lorsque Theresa May a annoncé la tenue d’un scrutin anticipé, les sondages lui donnaient une confortable avance. Cependant, en politique, les choses peuvent rapidement changer. Les sondages d’opinion les plus récents, pour ce qu’ils valent, confirment que l’écart ne cesse de se réduire entre les Conservateurs et les Travaillistes. Un sondage de YouGov publié la semaine passée a même suggéré que les Conservateurs pourraient perdre la majorité qu’ils ont obtenue à l’issue des élections de 2015 (330 sièges), ce qui a immédiatement poussé la livre sterling à la baisse du fait des craintes d’un Hung Parliament.

De notre point de vue, ce sondage a attiré une attention exagérée sachant que sa méthodologie est controversée et que même la direction de YouGov a reconnu qu’il faut faire preuve de prudence avec ces résultats, soulignant que « la marge d’erreur est très importante ». Concrètement, cela signifie que ces résultats ont une fiabilité proche de zéro. Pour l’instant, la majorité des instituts donne les Conservateurs en tête. Si nécessaire, le parti pourra signer un accord de coalition avec les Libéraux-Démocrates, comme ce fut le cas après les élections de 2010, à condition de trouver un terrain d’entente à propos de l’immigration. Les Libéraux-Démocrates plaident en faveur d’une « immigration des plus qualifiés » alors que les Conservateurs visent une réduction de l’immigration nette à une dizaine de milliers par an.

Bien que l’élection s’annonce plus serrée que prévu, il est largement probable que les Conservateurs restent au pouvoir. Le véritable fait marquant de cette campagne, c’est que l’UKIP, qui était sorti vainqueur du référendum de 201, soit au plus bas dans les sondages (autour de 3% des intentions de vote). Le paradoxe, c’est que ce sont les partis de gouvernement, qui n’étaient pas vraiment favorables à la sortie, qui vont devoir la conduire.

- Le plus dur commence maintenant

Du point de vue économique, le plus dur commence maintenant. L’effet immédiat le plus visible du Brexit est la dévaluation du GBP. En se basant sur la parité de pouvoir d’achat, la livre sterling est sous-évaluée d’environ 15% face à l’USD. Au cours des 90 dernières années, la dévaluation a été un outil essentiel de la boîte à outils économique du Royaume-Uni mais elle n’a jamais permis de résoudre durablement les problèmes. Ce n’est pas la solution car l’élasticité-prix des exportations est faible.

Ainsi, une baisse de 1% de la valeur relative d’un bien n’entraine une hausse que de 0,41% des exportations après neuf trimestres (ONS). A titre de comparaison, pour une baisse similaire, la hausse des exportations est d’environ 0,8% pour la France. En outre, la dévaluation monétaire a provoqué une augmentation de l’inflation importée. Jusqu’au début de l’année, la hausse de l’inflation (IPC à 2,6% contre 0,3% avant le référendum britannique) était compensée en grande partie par une progression soutenue des salaires mais, à en juger par les enquêtes d’opinion réalisées auprès des chefs d’entreprise, cela risque de ne plus être le cas dans les prochains mois. Une période de modération salariale devrait s’ouvrir, du fait des incertitudes croissantes concernant l’évolution des négociations entre Londres et Bruxelles, ce qui va aboutir à une baisse significative du pouvoir d’achat.

En conséquence, l’impact sur l’évolution du PIB pourrait être notable dans les trimestres à venir, sachant que la consommation des ménages est un des principaux contributeurs positifs de la croissance et a permis, notamment au cours du T1 2016 et du T3 2016, de limiter l’effet préjudiciable de la contribution négative à la croissance de la formation brute de capital fixe. Economiquement, le retour à la réalité ne pourra être, à court et à moyen terme, que difficile pour les Britanniques après avoir fait le choix du Brexit.

FRANCE: L’ESPOIR D’UN AGE D’OR

De l’autre côté de la Manche, c’est un optimisme, un peu béat, qui domine après l’élection d’Emmanuel Macron. C’est un peu comme si, du jour au lendemain, tout avait changé. Fondamentalement, l’économie française va un peu mieux. Mais il faut rendre à César ce qui est à César : l’amélioration économique est liée, en partie, aux mesures prises ces trois dernières années par le précédent gouvernement.

- La vague Macron aux législatives

La prochaine étape cruciale pour le nouveau locataire de l’Elysée aura lieu les 11 et 18 juin prochains à l’occasion des élections législatives. Tout indique que le parti du président, La République en Marche (LREM), sera en mesure d’obtenir une majorité absolue au Parlement (soit au moins 289 sièges). Quatre éléments principaux plaident en faveur de ce scénario :

- Depuis la mise en œuvre du quinquennat au début des années 2000, les Français ont toujours fait preuve de cohérence et ont donné au Président de la République une majorité parlementaire afin qu’il soit en mesure de mener à terme son programme de campagne ;

- Emmanuel Macron et son gouvernement peuvent compter sur l’appui éventuel de parlementaires « macron-compatibles » qui n’ont pas été investis par LREM, en particulier des parlementaires socialistes mais aussi des élus membres de l’UDI ou proches d’Alain Juppé. C’est pour cette raison que LREM n’a investi aucun candidat dans 56 circonscriptions ;

- La recomposition politique est en marche. Le quinquennat Hollande a détruit l’assise électorale du PS qui était très forte au niveau régional en 2012. Emmanuel Macron a réussi à noyauter LR en nommant à des postes clés des responsables historiques du parti comme le Premier ministre Edouard Philippe. Le Président est en passe de réitérer l’exploit du Général de Gaulle en créant un grand parti centriste, à tendance libérale sur les questions économiques ;

- Une partie importante des électeurs redoute que le FN gagne la présidentielle de 2022 si le gouvernement actuel ne réussit pas à résoudre les problèmes de la France. Cette crainte est certainement en grande partie irrationnelle mais elle pourrait conduire à un vote utile favorisant automatiquement les candidats étiquetés LREM.

- Les priorités économiques du nouveau gouvernement

L’état des lieux

1) La reprise économique se confirme bien qu’elle soit poussive. L’investissement a bien tenu au T1 2017 et on observe surtout que la croissance est plus riche en emplois, essentiellement grâce aux mesures de compétitivité prises ces dernières années. L’acquis de croissance au T1 (0,7%) reste toutefois trop faible pour envisager que la croissance pour 2017 atteigne 1,5%, comme escompté par le précédent gouvernement.

2) Le choix fait ces dernières années de baisser le coût du travail pour les bas salaires via le CICE a permis de restaurer la compétitivité des entreprises françaises. Cependant, le dispositif était imparfait. Il a davantage profité aux secteurs d’activité qui n’étaient pas exposés à la concurrence internationale, comme la grande distribution. En outre, il n’a pas été accompagné par une montée en gamme de l’économie. On oublie trop souvent que le succès de la compétitivité allemande s’appuie à la fois sur une baisse du coût du travail au niveau des services qui s’est répercutée positivement sur les entreprises exportatrices et par une amélioration de la compétitivité-produit du secteur industriel.

3) L’économie française repose sur un marché du travail à deux vitesses qui favorise les actifs diplômés qui en maitrisent les codes au détriment des moins qualifiés dont la vie professionnelle se résume à des périodes d’emplois précaires entrecoupées par des périodes plus ou moins longues de chômage. En France, contrairement à ce qu’on croit, il n’existe pas de chômage de masse. Il existe un chômage de masse qui touche les non qualifiés. Lorsqu’on considère les actifs possédant un BAC+3 et un BAC+4, le taux de chômage est d’environ 5%, ce qui confirme que le diplôme reste la meilleure protection contre le chômage.

 La méthode : Il n’y a pas de solution miracle pour réformer l’économie française. Finalement, tout a déjà été dit ou écrit. Le vrai enjeu n’a pas tant trait au choix des mesures qu’à la méthode privilégiée pour les mettre en œuvre. La réforme du marché du travail que souhaite faire aboutir le gouvernement d’ici cet été repose sur le recours aux ordonnances. Concrètement, avec une ordonnance, le Parlement délègue son pouvoir de légiférer au Parlement. Légiférer via ce biais est synonyme de gain de temps et d’efficacité (car cela évite que le projet de loi fasse des allers-retours entre les deux chambres du Parlement). C’est justement cette méthode qui avait été privilégiée avec succès pour la réforme majeure des retraites de 1993 qui avait rallongé la durée de cotisation à 40 ans afin de percevoir une retraite à taux plein.

Pour autant, légiférer par ordonnance n’évite pas une fronde de la part des syndicats, comme c’est courant en France. Afin de l’éviter, le gouvernement pourrait décider d’appliquer la clause du grand-père à la réforme du marché du travail. Cela signifie que les changements décidés ne s’appliqueront qu’aux nouveaux entrants, à partir d’une date prédéfinie, et ne concernera pas ceux déjà en activité. L’avantage est évident : les nouveaux entrants n’ont aucun moyen de se coaliser pour manifester tandis que les syndicats, qui par nature défendent les droits des actifs, pourront se satisfaire du maintien de leurs avantages. En reportant dans le temps l’application de la réforme, on garantit son application et, à terme, son efficacité.

 Les réformes à long terme : Le vrai défi pour la France n’est pas la compétitivité mais la productivité. Le ralentissement de la productivité du travail pèse sur la croissance potentielle du PIB et sur le niveau de vie. Pour la relancer, il faut notamment miser sur la formation professionnelle. Il n’y a pas de déficit de financement mais un problème réel d’allocation des ressources. Il faut miser sur les nouvelles technologies, le numérique mais aussi des secteurs traditionnels de l’industrie où il y a un manque réel de main d’œuvre (selon le Medef, 1/3 des entreprises industrielles déclarent faire face à ce problème). Enfin, il faut décentraliser davantage la formation professionnelle des chômeurs en donnant plus de pouvoirs aux régions qui sont les plus à même de connaître les besoins de l’emploi local.

Christopher Dembik
Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.


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