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Si vous vous entêtez à provoquer le hasard, il ne vous ratera pas !

Par Samuel Rondot, le 14/12/2012

samuel rondot

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Plus le temps passe, plus j’observe de comptes et d’aventures de traders sur le long terme, et plus je suis convaincu que le succès passe par la gestion des évènements rares. Ce qu’on appelle la mauvaise série ou l’accident. C’est dans ces moments-là qu’on va faire la différence entre mourir ou survivre.

Si on pratique le trading suffisamment longtemps, il est inéluctable qu’on rencontre une série ou un événement isolé que l’on pensait totalement impossible. Et c’est dans la gestion de cet événement que chacun va décider de son sort.

La plupart des débutants perdent toute leur lucidité et se retrouvent paralysés. Ils sont totalement incapables de prendre du recul. Ils s’enferment dans leur scénario jusqu’au-boutiste et préfèrent mourir avec leur compte plutôt que de prendre les bonnes décisions.

Couper une perte et plus encore une grosse perte est un des gestes les plus douloureux en trading. Mais c’est aussi celui qui va conditionner votre survie. Le capital sur votre compte est le nerf de la guerre. Sans lui ou sans assez d’argent, "game over".

Nous avons tous vécu à un moment donné une situation qui paraissait tellement incroyable qu’elle ne pouvait pas durer. On pensait avoir forcément raison et « se refaire ». Et non, car l’impossible peut toujours arriver. Pour vous en convaincre, je vais vous donner deux exemples qui n’ont rien à voir avec la finance et qui devraient vous aider à prendre du recul et à garder votre lucidité dans ces moments difficiles.

Le premier est un accident personnel. Pas plus tard qu’hier, j’ai voulu profiter de conditions dantesques pour aller faire quelques photos. Le ciel était menaçant mais clairsemé, la mer démontée et le vent, pas loin des 100 km/h. Un cocktail explosif qui devait me permettre de ramener de belles images.

Je choisis mon endroit en fonction du vent. Puis arrivé sur place, j’étudie les vagues pour voir où je peux m’installer sans risque d’être trempé, tout en m’approchant le plus possible du bord.

Une fois que j’ai trouvé la meilleure zone, je prends encore plus de précautions, en me plaçant sur un plateau rocheux à deux bons mètres au-dessus de l’endroit qui m’intéresse. À ce niveau-là, sur 20 m avant et 20 m après, tout est sec. Même les embruns des vagues qui explosent plus loin ou sous ma position n’atteignent pas cet endroit.

Je m’installe et j’attends patiemment la bonne lumière pour prendre ma photo.

Et là, deux minutes après mon installation, une combinaison de vagues et de ressacs crée une explosion de vague géante qui vient s’échouer exactement là où je me trouve.

Je ne l’ai pas vue venir. Non seulement cette vague a atteint ma position qui malgré vingt-quatre heures de tempête n’avait jamais été mouillée, mais en plus, elle l’a atteint avec une violence énorme. J’ai été traîné par l’amas de flotte qui s’est abattue sur moi sur plus de 4 m. Mes genoux s’en souviendront un petit moment.

Je connaissais mon risque. J’avais pris toutes les précautions. Connaissant bien la mer, j’avais ajouté une très grande zone de sécurité supplémentaire... Eh bien, je me suis fait punir. Ce qui ne devait pas arriver est quand même arrivé.

Autre exemple. Je déjeune de temps en temps avec un ami qui est joueur de poker professionnel. Depuis huit ans, il gagne sa vie et – même très bien – à écumer les tables de poker.

Lors de notre dernier déjeuner, on en vient à échanger nos récentes performances. Et là il me confie : « Écoute, je n’ai jamais vécu ça dans ma carrière, je n’ai jamais eu autant de mains à 50 ou 70 % contre moi. ». Si vous ne le savez pas, dans un environnement clos comme le poker votre main vous donne un pourcentage de chance de gagner ou de perdre. Cet ami conserve toutes ses statistiques avec une rigueur que j’ai rarement rencontrée.

Eh bien, lors de notre déjeuner, ça faisait deux mois que sur les mains ayant entre 50 et 70 % de chance pour lui, il avait un taux d’échec, tenez-vous bien... de 80 %. Vous avez bien lu, huit fois sur dix, il a perdu les mains qui devaient lui donner au moins 50 % de chance de gagner.

Il a ajouté : « Dans ma carrière, jamais cette situation n’avait duré plus de dix jours. Jamais je n’aurais pensé qu’elle pourrait durer plus d’un mois. Voilà deux mois maintenant que je me fais ramasser par le destin. »

Au jeu, dans la vie ou en bourse, le hasard est présent à chaque instant. Nous essayons de le maîtriser le mieux possible, mais nous ne pourrons jamais imaginer sa véritable force.

Il n’y a pas une semaine sans que je vois des traders se faire emporter par une vague d’une telle violence qu’ils étaient convaincus que ça n’arriverait jamais. Seuls ceux qui avaient mis en place une gestion du risque irréprochable sont toujours assis à la table de poker ou derrière leur PC à faire du trading. Les autres ont rejoint le camp de ceux qui ont été emportés par le marché sur son passage.

Il n’y a pas de recette miracle. La seule et unique possibilité est de limiter votre risque pour que vous ayez une chance de vous relever d’un tel événement.

Quand la limite qui met en danger votre outil de travail est atteinte, coupez votre position, prenez du recul, digérer cet événement, soignez les blessures psychologiques que le destin vous a infligées et revenez défier le hasard ultérieurement.

Si vous vous entêtez à provoquer le hasard, je peux vous garantir qu’il ne vous ratera pas.

Samuel Rondot
Directeur de Bestcfd.com


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