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Le Minotaure américain a-t-il encore de l'appétit ?

On déménage. Dans l'escalier, des caisses de livres, des planches de meubles, des bibelots. Deux jeunes, lui la trentaine, elle vingt cinq. Bonne situation à Paris. Ils s'en vont à Miami, Floride. "Il y a beaucoup plus de perspectives là-bas. Ici, on étouffe." Ces scènes se déroulent partout en Europe, en Grèce, en Allemagne, en Angleterre.

Les Etats Unis sont-ils la terre promise? Certes, non. C'est d'outre Atlantique qu'est arrivée la crise la plus récente. Un endettement immobilier sans plancher ni plafond, a fait éclater la bulle financière. Et pourtant, ils veulent tous aller là-bas.

Les Etats Unis sont à l'origine de l'extraordinaire prospérité qu'eux mêmes, l'Europe et le reste du monde, connaissent depuis 1945-50. Un auteur Grec- eh oui- Yanis Varoufakis, décrit cette aventure dans un livre intitulé 'The Global Minautor'. Le Minotaure, ce sont les Etats Unis. Le Minotaure a un appétit phénoménal. Il consomme tout. Aussitôt après la seconde guerre mondiale, les Etats Unis ont reconstruit les pays, amis ou ennemis, qui s'étaient livrés à ce combat fratricide. L'Europe dont l'Allemagne, le Japon, les pays Arabes.

Tous y sont passés. Tous devinrent les partenaires commerciaux des Etats Unis. Ceux-ci ont envoyé à ces alliés des aides et des investissements qui étaient leur profit. En retour, ils achetaient aux Etats Unis. La bête se nourrissait et nourrissait les autres.

Au début des années 70, ces nations sorties de la guerre allaient bien. Tandis que les Etats Unis s'étaient considérablement endettés. C'est là, écrit notre Grec, que les économistes Américains ont eu une illumination. Il ne fallait pas être en surplus pour diriger. On pouvait rester maître du monde, à condition d'avoir la monnaie de contrôle, c'est à dire, le dollar. Une sorte de casino où gagner ou perdre n'a plus de signification. Ce qui compte, c'est que tout le monde vienne chercher l'argent là. Ce fut le cas. La dette américaine a grandi. La masse des capitaux mondiaux passait par Wall Street et par ses banques.

C'est là qu'est née la financiarisation avec la création de dérivés et d'une ribambelle de véhicules financiers à risque. Le dollar officiel, celui de la Réserve Fédérale, n'y suffisait plus. Wall Street a donc crée un dollar privé qui a envahi le monde avec des bulles à répétition.

Lorsque en 2008 le système attrapa une immense gastro-entérite de sub-primes américains, l'Euro fut tout d'un coup en première ligne. La machine américaine ne fonctionnant plus, les Européens ne pouvaient plus vendre leurs produits aux Etats Unis.

D'autant plus que l'Europe a tenté de faire la même opération que les Etats Unis au lendemain de la guerre. Les pays riches, établis, se sont dit qu'en attirant la Grèce, l'Espagne, le Portugal, les pays de l'Est, ils auraient un marché à leur disposition comme celui que les américains s'étaient crées en 1945. Hélas, la Grèce n'est pas l'Allemagne ou la France.

D'où, échec. La Grèce n'investissait pas l'argent qu'on lui donnait. Elle le consommait sans rime ni raison. Le Minotaure Européen fait faillite.

Est-ce que le Minotaure américain peut nous sauver une fois encore en remontant à la surface et en relançant sa propre boulimie ? Peut être, mais pour combien de temps ? La seule solution est que les Européens réfléchissent à devenir adultes et non plus dépendants des Etats Unis et du dollar. Qu'ils transforment l'Euro en une véritable monnaie de réserve mondiale, avec des marchés amis ou dépendants à la clé.

 

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A propos de l'auteur et du blog

Président de la Fondation Finance Michel Gabrysiak a participé à la consolidation des marchés financiers européens. Il a assisté à la naissance de la "face obscure " de la finance -par opposition avec les banques et les assurances régulées. Il a vu naître la crise financière.

Journaliste, présentateur et producteur de télévision il a, entre autres, été à l'origine d'un jeu du budget familial en France et a présenté, sur CNBC un "talk show" hebdomadaire avec les dirigeants financiers, économiques et politiques du monde entier.

Ce blog s'interroge sur les bénéfices du capitalisme démocratique. Sont ils destinés à tous, a sortir les pauvres de leur précarité, a élever le niveau de vie des classes moyennes ou sont ils réservés à une petite minorité d'oligarques et d'opérateurs financiers?

Vos opinions et propositions sont les bienvenues.

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