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d'une élection à une autre



moisankarl
05/06/2012 17:44:13
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Edmond de Rothschild : quel avenir envisager pour la Grèce ?

Etienne Gorgeon, directeur de la gestion taux et crédit chez Edmond de Rothschild Investment Managers ne croit ni à un maintien de la Grèce dans la zone euro, ni à une sortie brutale du pays de l'union monétaire. La péninsule hellénique se dirigerait, selon l'expert, très probablement, en toute logique, vers une voie intermédiaire.

Dans le scénario d’une sortie brutale, la Grèce reprendrait sa souveraineté monétaire, réintroduirait la drachme, et ne rembourserait pas ses créanciers publics.
«Les répercussions de ce scénario seraient, pour le moins, catastrophiques pour la Grèce elle-même. Le pays se retrouverait dans l’incapacité de payer un certain nombre de marchandises. Le coût serait également important pour la zone euro. A ce jour, le coût direct est estimé entre 1 et 2% du PIB de la zone euro. Le coût indirect serait bien plus considérable» commente Etienne Gorgeon.

Dans le cas d’un maintien de la péninsule hellénique dans la zone euro, la Grèce parviendrait à former un gouvernement viable, et mettrait en œuvre les mesures drastiques imposées par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, et Fonds monétaire international). «Ce scénario semble peu réaliste compte tenu du contexte de déliquescence totale de la structure économique grecque et de la faible légitimité dont devrait bénéficier le futur gouvernement» soutient M Gorgeon.

De ce fait, l’expert d’Edrim table sur un scénario intermédiaire. La résolution de la crise passerait par un rejet du plan de sauvetage par le gouvernement. La Grèce se retrouverait dans une situation de quasi faillite. Elle aurait recours à un autre type de dette, des « IOU » (ou "I owe you"), émis conformément à la législation nationale et susceptible de subir une restructuration ou une dévaluation en cas de sortie de la zone euro.

Cette sortie serait de toute évidence la conséquence d'un vote du peuple grec. «Historiquement, la sortie d’une union économique et monétaire n’a jamais été assumée par les politiques. D’un autre coté, la Grèce va connaitre cette année sa cinquième année de récession. Il y a lieu de s’attendre à ce que le peuple grec, dont la douleur est très élevée-la récession au premier trimestre était de 6,2%- vote alors de manière irrationnelle».

La concrétisation de ce scénario intermédiaire, n'aurait vraisemblablement pas grand impact sur les marchés selon M Gorgeon. «Ces derniers ont intégré le fait que la Grèce était "game over". La volatilité liée aux news flow relatif à la Grèce est de jour en jour moins forte. En outre les opérateurs de marché semblent convaincus que si cette troisième situation intermédiaire venait à se concrétiser, alors la BCE ferait le nécessaire pour enrayer l'effet de contagion, en particulier sur l'Espagne où les retraits de dépôts bancaires ont atteint plus de 100 milliards d'euros à la fin du premier trimestre».

Au delà d'une intervention plus massive de l'institution monétaire, cette troisième voie, devrait conduire, selon le responsable d'Edrim à une accélération des réformes prises au niveau européen. «Nous irions vers plus de fédéralisme avec le Fonds européen de garantie des dépôts bancaires dont on parle tant en ce moment, une Autorité de régulation bancaire européenne, et un plan de recapitalisation et de résolution au niveau européen».

Les IOU

Les IOU sont des papiers de dette qui ont notamment été utilisés pour la dernière fois par la Californie en 2009, face à une situation de cessation de paiement, pour financer le salaire de ses fonctionnaires.

L’émission de ces IOU en Grèce, dans un avenir plus ou moins proche, aurait pour effet la coexistence de deux dettes parallèles. Une première dette, dite externe, financée par l’Europe. Une deuxième dette locale, pour faire face à une poursuite du fonctionnement de l'appareil d'Etat consécutivement à la fermeture du robinet par la Troïka.

Le fonctionnaire grec se retrouverait initialement avec des IOU ayant une valeur identique à l'euro. Puis avec le temps ces IOU perdront de leur valeur face à la monnaie unique. «La dépréciation pourrait s’élever, in fine, à 25-30%. La base du cout réel en Grèce se retrouverait ainsi à son juste niveau».

A ce jour, deux études iraient dans le même sens que la thèse avancée par M Gorgeon, une étude de la Société Générale et une autre de Goldman Sachs.

  
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moisankarl
02/06/2012 22:55:57
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Pardon.
Mais tu sait il y à des points et des virgules.
La situation est complexe alors désolé mais si tu veut je peux t'en faire un résumé.

La grèce vote le 17 juin.

Voilà j'espère ne pas avoir été ni trop compliqué, ni trop long.

Sinon moi avoir BD pour toi.

Cordialement

Message complété le 05/06/2012 17:44:51 par son auteur.

Loin de moi l'idée de dévaloriser la BD qui est pour moi un véritable art.

  
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pollueur
02/06/2012 17:06:58
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Bien trop long !!!
  
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moisankarl
02/06/2012 16:34:55
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A en croire les sondages, le 17 juin, les électeurs grecs pourraient bien rejeter les partis proches de la technocratie et de la finance, qui sont en train de supplanter la démocratie. C’est pourquoi il faut les soutenir, affirme le philosophe Slavoj Žižek.

Slavoj Žižek
Nous sommes dans un film d’anticipation américain qui dépeint une société pas si éloignée de la nôtre. Des hommes en uniformes patrouillent de nuit les rues désertes à la recherche d’immigrés, de délinquants et de vagabonds et brutalisent sans vergogne leurs victimes. Cette scène digne d’un film américain est pourtant une réalité en Grèce.

La nuit, les milices vêtues de noir du mouvement néo-fasciste et négationniste Aube Dorée (qui a remporté 7% des voix lors des dernières élections et qui a le soutien d’environ la moitié de la police athénienne) arpentent les rues pour lyncher les immigrés qui ont le malheur de croiser leur chemin: Afghans, Pakistanais, Algériens. C’est ainsi qu’on défend l’Europe en ce printemps 2012. Le problème, quand on dit défendre la civilisation européenne contre une menace immigrée, c’est que la férocité de la défense est plus dangereuse pour la “civilisation” que les musulmans, quel que soit leur nombre.

Avec des défenseurs aussi sympathiques, l’Europe n’a plus besoin d’ennemis. Il y a cent ans, G. K. Chesterton avait formulé l’impasse dans laquelle se trouvaient les adversaires des religions : “les hommes qui commencent à combattre l’Eglise au nom de la liberté et de l’humanité finissent par se débarrasser de la liberté et de l’humanité pourvu qu’ils puissent combattre l’Eglise… Les partisans du sécularisme n’ont pas détruit les choses divines mais ils ont détruit les choses du monde, si cela peut les rassurer.”

De nombreux défenseurs du libéralisme font preuve d’une telle détermination pour combattre le fondamentalisme anti-démocratique qu’ils finissent par se dispenser de la liberté et la démocratie, pourvu qu’ils puissent lutter contre le terrorisme. Si les “terroristes” sont prêts à détruire ce monde par amour du prochain, nos combattants contre le terrorisme sont prêts à détruire la démocratie par haine des musulmans. Certains d’entre eux ont tellement à coeur la dignité humaine qu’ils sont prêts à légaliser la torture pour la défendre. C’est l’inversion du processus par lequel les défenseurs fanatiques de la religion commencent en attaquant la culture contemporaine séculaire et finissent par sacrifier leurs propres convictions religieuses afin d’éradiquer ces aspects du sécularisme qu’ils exècrent.

Pour une fois, les Grecs face à un véritable choix
Mais les défenseurs de l’identité grecque ne sont pas les plus dangereux : ils sont simplement les fruits honteux d’une autre grave menace : les politiques d’austérité qui ont entraîné la ruine de la Grèce. Le prochain tour des élections grecques aura lieu le 17 juin. L’establishment européen cherche à tirer la sonnette d’alarme : non seulement le destin de la Grèce est en jeu mais peut-être même le destin de l’Europe toute entière. Un seul résultat – le bon avancent-ils – permettrait au douloureux mais nécessaire processus de sauvetage du pays par l’austérité de continuer. L’autre choix – si le parti “d’extrême gauche” Syriza venait à l’emporter – conduirait le pays au chaos et verrait l’avènement de la fin du monde (européen) tel que nous le connaissons.

Ces prophètes de malheur ont raison, mais pas dans le sens où ils le pensent. Les critiques de nos actuels arrangements démocratiques regrettent que les élections n’offrent pas vraiment de choix : tous ce que la démocratie a à nous offrir consiste en un choix entre un parti de centre-droit et un parti de centre-gauche dont les programmes sont pratiquement les mêmes. Le 17 juin pourtant, les Grecs seront confrontés à un véritable choix : l’establishment (Nouvelle démocratie et Pasok) d’un côté et Syriza de l’autre. Et comme c’est généralement le cas quand la démocratie propose un vrai choix, nos élites sont en panique et nous promettent chaos, pauvreté et violence si les Grecs ne font pas le bon choix.

Panique ou solidarité créatrice
La simple éventualité d’une victoire de Syriza ferait nous dit-on trembler les marchés. La prosopopée idéologique est à la mode : les marchés parlent comme s’il s’agissait de personnes, exprimant leurs “inquiétudes” au cas où les élections ne donneraient pas vainqueur un gouvernement soucieux de suivre le programme conjoint UE-FMI d’austérité budgétaire et de réformes structurelles. Les citoyens grecs n’ont pas le temps de s’inquiéter pour leur avenir : c’est leur quotidien qui les préoccupe car leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader de manière inédite en Europe depuis des décennies.

Or il suffit de faire de telles prédictions pour qu’elles se réalisent immédiatement, entraînant la panique et le chaos contre lesquelles on voulait nous mettre en garde. Si Syriza venait à l’emporter, l’establishment européen espère que nous apprendrons dans la douleur combien il en coûte d’essayer de briser le cercle vicieux de cette complicité mutuelle entre la technocratie de Bruxelles et le populisme anti-immigrés. Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, en est parfaitement conscient et a récemment déclaré dans un entretien que sa première priorité une fois élu serait d’enrayer la panique : “Les gens vont vaincre la peur. Ils ne se laisseront pas abattre, ils ne céderont pas au chantage.”

La tâche de Syriza est pratiquement impossible. Il ne s’agit pas de la voix “folle” de l’extrême gauche mais bien de la voix de la raison qui s’élève contre la folie de l’idéologie des marchés. En se portant volontaire pour assumer l’exercice du pouvoir, ils ont osé affronter la peur de la gauche de prendre le pouvoir, ils ont le courage de nettoyer les dégâts laissés par les autres. Il leur faudra faire preuve d’un formidable mélange de volonté et de pragmatisme, d’engagement démocratique et de rapidité d’action le moment venu. Même si leurs chances de réussite sont minces, ils auront besoin que toute l’Europe leur manifeste sa solidarité ; et pas seulement une solidarité de façade mais une solidarité créatrice, avec par exemple la promotion d’un tourisme solidaire cet été.

Une nouvelle “hérésie” pour sauver l’Europe
Dans Notes towards the Définition of Culture, TS Eliot faisait remarquer qu’il faut parfois choisir l’hérésie pour ne pas perdre la foi : c'est-à-dire quand le schisme est parfois la seule façon de garder en vie une religion. C’est ce qui se passe en Europe aujourd’hui. Seule une nouvelle “hérésie” (actuellement incarnée par Syriza) pourra sauver ce qui est digne d’être sauvé dans l’héritage européen : la démocratie, la foi en l’être humain, l’égalité et la solidarité etc. En cas de défaite de Syriza nous obtiendrons une “Europe avec des valeurs asiatiques” c'est-à-dire un capitalisme contemporain prompt à bafouer la démocratie.

La liberté de vote dans les sociétés démocratiques est paradoxale : tout le monde est libre de choisir à condition de faire le bon choix. C’est pourquoi, en l’absence de choix jugé éclairé (comme ce fut le cas quand l’Irlande a rejeté la constitution européenne), cette décision est considérée comme une erreur et nos élites réclament immédiatement que le processus “démocratique” soit réitéré afin de corriger cette regrettable erreur. Quand George Papandreou, alors Premier ministre grec, a proposé un référendum sur le plan de sauvetage de la Grèce fin 2011, son idée a été rejetée par crainte d’un mauvais choix.

La crise grecque nous est racontée différemment selon les médias : il y a l’histoire germano-européenne (les Grecs sont irresponsables, paresseux, ils dépensent trop et ne payent pas leurs impôts et il faut les surveiller de près et leur inculquer la discipline budgétaire) et l’histoire grecque (notre souveraineté nationale est menacée par la technocratie néolibérale imposée par Bruxelles). Mais quand il est devenu impossible d’ignorer le drame vécu par les Grecs, une troisième histoire a vu le jour : les Grecs sont désormais présentés comme des victimes humanitaires qui ont besoin d’aide, comme si une guerre ou une catastrophe naturelle avait frappé le pays. Si ces trois histoires sont fausses, la troisième est de loin la plus répugnante. Les Grecs ne sont pas des victimes passives : ils sont en guerre contre l’ordre établi économique de Bruxelles, et ils ont besoin que nous nous montrions solidaires de leur combat parce que c’est aussi notre combat.

La Grèce n’est pas une exception. C’est l’un des principaux terrains d’expérimentation d’un nouveau modèle socio-économique d’application potentiellement illimitée : une technocratie dépolitisée où les banquiers et autres experts sont autorisés à s’affranchir de la démocratie. En sauvant la Grèce de ses soi-disant sauveurs, c’est à l’Europe elle-même que nous portons secours.

Cet article a été publié dans la London Review of Books
  
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moisankarl
31/05/2012 18:28:49
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Fitch: la monnaie grecque dévaluée à 100% en cas de sortie de l'euro
L'agence de notation financière Fitch Ratings a estimé dans un rapport publié jeudi qu'une sortie de la Grèce de l'euro se traduirait par une dévaluation de 100% de la monnaie du pays et par un défaut de paiement de l'Etat et des banques.

"Des éléments laissent penser qu'une dévaluation massive de (la monnaie de) la Grèce est à prévoir en cas de sortie de l'euro, une dévaluation de l'ordre de 100% (ce qui signifie 50% de son niveau actuel)", a indiqué Fitch Ratings.

"Pour d'autres pays périphériques, la dévaluation atteindrait 50% à 70%", a ajouté l'agence de notation, selon laquelle le Portugal est le pays qui subirait la plus forte dévaluation, suivi par l'Espagne.

Ces estimations sont pour l'heure hypothétiques et non garanties, a-t-elle souligné.

"Fitch estime qu'une implosion totale de la Zone Euro est hautement improbable compte tenu des coûts financiers et politiques d'un tel événement, ainsi que des engagements de l'Union économique et monétaire (UEM). En revanche, le risque d'une sortie de la Grèce existe et tend à augmenter", a déclaré Fitch.

En cas de sortie de l'un des pays, le changement de devises de la dette souveraine équivaudrait à un défaut de paiement du pays, de ses banques et tous ses produits financiers structurés. Certaines entreprises pourraient survivre à la sortie si leur maison-mère avaient alors accès à des euros pour rembourser les dettes, a conclu Fitch.
  
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moisankarl
31/05/2012 17:59:10
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Aller un peu d'histoire...
C'est long mais trés bon.

Costas Lapavitsas
Professeur d’économie à la School of oriental and african studies (SOAS) de l’Université de Londres. A dirigé l’ouvrage Crisis in the Euro zone, Verso, Londres, 2012.


Grèce, sortie de crise, sortie de l’euro
La crise grecque approche du point de non-retour. Les décisions qu’Athènes s’apprête à prendre influeront sur l’évolution du projet européen au cours des prochaines années. Les commentateurs estimant que la Grèce est un « petit pays » — ne représentant que 2 % du produit intérieur brut (PIB) européen — et que l’impact d’une déflagration hellène sera aisément contenu n’ont peut-être pas pris toute la mesure de la débâcle actuelle.
par Costas Lapavitsas, juin 2012
La tempête qui balaie la Grèce résulte en premier lieu de sa décision de rejoindre la zone euro le 1er janvier 2001, un choix qui allait conduire à la dislocation de son économie. Le pays fait en effet les frais du mythe selon lequel l’adoption d’une « monnaie forte » placerait les économies faibles sur un pied d’égalité avec les plus robustes. On s’aperçoit désormais que de telles politiques finissent par affaiblir les acteurs les plus vulnérables — une logique dont le Portugal, l’Irlande et l’Espagne pourraient bientôt offrir une nouvelle démonstration.
Dans ces conditions, Athènes se dirige désormais vers une sortie de l’euro, et l’ensemble des pays de la périphérie européenne pourraient lui emboîter le pas — une procession dont les conséquences sur l’union monétaire ne seront pas anodines puisqu’elle conduira à la réintroduction de mécanismes de pilotage économique que le néolibéralisme avait conduit les Etats à abandonner.
Ses thuriféraires présentent volontiers l’union économique et monétaire (UEM) comme un pas décisif vers l’intégration européenne, incarnation institutionnelle de la solidarité qui unirait les populations de la région. Est-ce vraiment le cas ? L’euro est une monnaie de réserve internationale, capable de concurrencer le dollar. A ce titre, il sert, avant tout, les intérêts des banques et des grandes entreprises. Il s’agit également d’une construction toute particulière, apparue ex nihilo sur les bases d’une alliance hiérarchique entre Etats indépendants. Un tel agencement ne manque pas de soulever quelques problèmes qui, dès la genèse du projet, en annonçaient l’échec.
Première difficulté, la contradiction qui oppose politiques monétaires et budgétaires. L’espace monétaire de l’UEM a été construit comme homogène, permettant à la Banque centrale européenne (BCE) d’offrir le même taux d’intérêt à toutes les banques. L’espace budgétaire, en revanche, se caractérise par une grande hétérogénéité, puisque chaque Etat continue à exercer sa souveraineté en termes de recettes (impôts) et de dépenses. La discipline budgétaire — imposée par le Pacte de croissance et de stabilité (1), renforcée par le Pacte budgétaire (2) et supposée régler ce problème —, n’est pas parvenue (pour l’heure) à abolir la souveraineté budgétaire des Etats.
La seconde difficulté est passée plus inaperçue ; ses conséquences pourraient néanmoins faire grand bruit. Contrairement à l’espace monétaire de l’UEM, son environnement bancaire est également hétéroclite : il n’existe pas de « banques européennes », mais des banques françaises, allemandes, espagnoles... Même si, en régime de croisière, tous les établissements s’abreuvent de liquidités auprès de la BCE, elles se tournent vers leurs Etats respectifs dès que leur solvabilité est en doute. Les banques brassent donc une devise transnationale, mais demeurent adossées à des nations.
Au cœur de ces deux problèmes, l’absence d’un Etat fédéral européen — laquelle renvoie à l’inexistence d’un peuple constitué à cette échelle. La construction européenne a imbriqué des nations différentes en les enduisant du vernis uniforme de structures économiques communes. L’opération suffisait-elle à dépasser les spécificités nationales ? Peut-être pas. Cette réalité est d’ailleurs l’une des causes fondamentales de la crise de la zone euro, et l’un des principaux obstacles à sa résolution.
Contrairement à l’antienne selon laquelle des Etats indisciplinés auraient toléré la boursouflure de leurs dépenses publiques, la crise actuelle découle avant tout d’une perte de compétitivité des pays de la périphérie.
Les pays de la zone euro se sont eux-mêmes assujettis à un sévère carcan : taux de change fixés, politique monétaire unique et discipline budgétaire imposée depuis l’extérieur. Dans ces conditions, les gains de compétitivité ne pouvaient plus provenir que du marché du travail — d’où l’actuelle « course au moins-disant salarial » (3). Avec un grand vainqueur, l’Allemagne, dotée d’un Etat suffisamment fort et d’un mouvement social suffisamment faible pour imposer une telle rigueur.
Pour les autres, les pertes de compétitivité se soldent par des déficits de leur balance des comptes courants (4) — symétriques aux excédents affichés par l’Allemagne. Pour financer ces déséquilibres, les pays de la périphérie ont dû emprunter à l’étranger, un mécanisme huilé par la BCE qui mettait des liquidités peu coûteuses à la disposition des marchés. En conséquence, la dette — interne comme externe, publique comme privée — a gonflé démesurément.
Pour le dire autrement, la dette des pays de la périphérie européenne découle directement du gel des salaires en Allemagne... Mais la voie qui conduirait à amputer ceux versés aux Grecs, Espagnols, Irlandais, de façon à rattraper les « prouesses » de Berlin impliquerait une violence sociale telle qu’elle provoquerait des soulèvements et, probablement, l’implosion de la zone euro.
La question politique brûlante est la suivante : qui supportera les coûts d’un défaut sur la dette d’un des pays de la périphérie ? Et, en particulier, qui protégera les banques européennes contre cette déflagration ? Sans surprise — étant donné le poids des structures nationales au sein de l’union monétaire —, les pays du centre ont refusé de prendre en charge la dette de la périphérie. Il va sans dire que les Etats sont peu disposés à porter secours à des établissements bancaires étrangers.
L’Union européenne a donc opté pour le versement de prêts d’Etat à Etat, conditionnés à l’application de mesures d’austérité et d’ajustement structurel visant à comprimer le « coût du travail ». D’autres pistes — telles que l’émission d’euro-obligations, l’émission par la BCE de liquidités correspondant au montant de la dette ou l’établissement de transferts budgétaires (5) au sein de la zone — faisaient reposer une partie importante du sauvetage sur les épaules des pays du centre. Elles ont été écartées : introduites sans résolution du problème fondamental — l’absence d’Etat fédéral, ou la primauté des préoccupations nationales —, de telles mesures provoqueraient d’importantes crises politiques.
Au départ, la stratégie de l’Union européenne se heurte à la question des écarts de compétitivité. Puis l’accroissement de la dette des pays de la périphérie contribue à les affaiblir, et met en péril leur capacité à rembourser. De façon assez paradoxale, cette stratégie achoppe sur le caractère fondamentalement national des banques de la zone. Plus la crise dure, plus celles-ci se tournent vers les Etats-nations pour obtenir des fonds, bénéficier du mécanisme de soutien exceptionnel à la liquidité bancaire (permettant à une banque centrale nationale d’émettre elle-même des euros) et continuer à prêter. A mesure que les banques recherchent le refuge d’institutions non-européennes, l’union monétaire se fissure de l’intérieur.
Cette désintégration ne peut être enrayée qu’à la condition de changements majeurs au sein de l’UEM. Il faudrait, au minimum, un Plan Marshall visant à accroître de façon systématique la productivité de la périphérie, et donc sa compétitivité. Un tel projet implique de mettre en œuvre une politique redistributive en Allemagne, par le biais d’une hausse des salaires ; d’annuler (une partie) de la dette des pays de la périphérie ; et de mettre en place un système de transferts budgétaires au sein de la région. Enfin, on ne s’épargnera pas la mise à plat du système financier et la création d’une autorité capable d’en assurer la solvabilité. Rien d’évident, donc, puisque chacune de ces mesures requiert des changements sociaux et politiques majeurs.
Ceux que les dieux souhaitent détruire,
ils commencent par les rendre fous

Pour la périphérie, il est probablement déjà trop tard. La désintégration de l’UEM a provoqué une flambée de mouvements sociaux, attisée par une austérité dont aucune perspective de croissance ne tempère la brutalité. A commencer par la Grèce où les mesures de « sauvetage » ont provoqué une dépression sans précédent en temps de paix. La chute cumulée du PIB sur la période 2010-2012 atteindra probablement 20 %, cependant que le chômage avoisine les 25 %. L’impact sur les salaires et les retraites s’avère dévastateur. Les centres-villes sont en proie à de véritables désastres humanitaires.
Les composantes de la demande agrégée (6) demeurent déprimées. L’investissement a connu une baisse continue au cours des cinq dernières années et la consommation plonge elle aussi. Les exportations ont connu un rebond en 2010-2011, avant d’atteindre un plateau en 2012. La restructuration de sa dette, en mars 2012, a offert à la Grèce un répit de courte durée, et l’endettement public demeure insoutenable sur le long terme. Mais au cœur de la tourmente, la « troïka » — l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la BCE — exige de nouvelles coupes budgétaires : entre 11 et 12 milliards d’euros pour la période 2013-2014, dans l’espoir d’amener Athènes à afficher un excédent primaire (7) conséquent. Ceux que les dieux souhaitent détruire, ils commencent par les rendre fous.
Mais les ravages de la monnaie « forte » ne sont pas uniformément partagés par la population grecque. L’élite souffre peu ; la baisse des salaires assomme les plus pauvres. Les agriculteurs ont également versé un lourd tribut à l’orthodoxie monétaire, bien que protégés par la hausse des cours des produits agricoles. La principale menace politique et sociale dans le pays demeure néanmoins l’effondrement de la classe moyenne : petits et moyens entrepreneurs, professions libérales et fonctionnaires. Sans surprise, la protestation s’intensifie et la lutte contre l’austérité a déclenché des grèves très suivies, des manifestations et des appels à la désobéissance civile.
Les élections du 6 mai ont démontré qu’une majorité s’oppose aux modalités du « sauvetage » de la Grèce, tout en souhaitant rester au sein de la zone euro. Le pays se trouve divisé en deux camps politiques : l’un se cristallise autour du parti de droite Nouvelle démocratie ; l’autre autour de Syriza, à gauche. Le premier attire ceux qui, pour l’heure, s’en tirent le mieux — notamment les classes dirigeantes. Le second s’est rapidement transformé en un parti de masse rassemblant ouvriers, employés et classes moyennes paupérisées.
Bien que les deux camps insistent sur le fait qu’ils souhaitent le maintien d’Athènes au sein de l’UEM, l’instabilité politique pousse inéluctablement le pays vers la sortie. Malheureusement, celle-ci pourrait se faire de façon chaotique, déclenchée, par exemple, par une panique bancaire (bank run) qui verrait des épargnants inquiets tenter de récupérer leurs dépôts. Même dans le cadre d’un scénario « chaotique », les étapes d’une telle sortie sont désormais connues de tous — au moins dans les débats internationaux.
Dans un premier temps, la Grèce rejette les termes de son sauvetage et suspend ses remboursements : elle fait défaut. Le pays reprend en main les leviers décisionnels lui permettant de s’attaquer à la crise et de transformer son économie. Il s’engage dans un processus d’audit de sa dette (8), sur la base des travaux d’une commission ayant examiné la nature — odieuse ou légitime — ainsi que la viabilité sociale de l’endettement hellène. Au défaut succède la réintroduction de la drachme, peut-être au cours d’un week-end. Athènes impose un contrôle des flux de capitaux. Le changement de monnaie déclenche (probablement) une triple tempête — monétaire, bancaire et commerciale —, dont il convient de traiter séparément les différents vents.
Sur le plan monétaire, les événements conduisent à la circulation parallèle de la drachme, de l’euro et peut-être d’autres formes de monnaie fiduciaire émise par l’Etat, ce qui modifie les pratiques bancaires et entraîne une vague de litiges.
Sur le plan bancaire, la crise résulte de l’incapacité des établissements à respecter leurs engagements dans un contexte où certains actifs et passifs émis sous loi étrangère demeurent libellés en euros. Les banques n’ont plus accès aux liquidités émises par la BCE et se voient fragilisées par le défaut hellène sur sa dette publique. Elles sont donc nationalisées, alors que le gouvernement annonce une garantie pour les dépôts en drachme. Des dispositions similaires protègent les entreprises exposées à des dettes étrangères. Enfin, la banque de Grèce retrouve sa capacité à frapper sa propre monnaie.
L’effondrement du taux de change de la nouvelle drachme annonce le volet commercial de la crise. A court et moyen terme, ce phénomène galvanise la compétitivité grecque, autorisant l’industrie à accroître sa part de marché intérieur ainsi que ses exportations. Il s’agit là d’une étape décisive pour relancer l’économie, et l’emploi. A très court terme, cependant, certains biens viennent à manquer (pétrole, médicaments, certaines denrées). Il est donc nécessaire de manipuler le taux de change et de faire usage de mesures administratives pour régler ces difficultés jusqu’au rééquilibrage de la balance des comptes courants.
Le choc à court terme d’une sortie est le prix à payer pour échapper au piège de l’UEM. La Grèce doit, par la suite, poursuivre le travail en mettant en place un vaste programme de redistribution des revenus et de la richesse, ainsi qu’une politique industrielle capable de dynamiser la croissance. Sans parler de la restructuration de l’Etat et de l’éradication de la corruption, deux mesures-clés.
Une sortie de la Grèce pourrait précipiter des décisions similaires de la part d’autres pays de la zone euro — une réaction en chaîne qui mettrait à mal les institutions et l’idéologie sur lesquelles repose la monnaie unique. Il est impossible de dire si les institutions monétaires seraient en mesure de résister à un tel choc, mais l’Europe entrerait dans une phase de bouleversements considérables. L’effondrement de l’expérimentation grandeur nature d’une « monnaie forte » pourrait être porteur de changements politiques et sociaux à travers tout le continent.
  
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moisankarl
31/05/2012 09:42:32
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Et si tout ceci était du bluff ????

Bon OK, selon les résultats de ce sondage publié sur le site Internet du magazine grec Epikaira hier, Syriza obtiendrait 30% des voix, contre seulement 26,5% pour Nouvelle démocratie aux élections de juin

Néanmoins, aux autres pays rigoristes de démontrer que le chantage est vain. Car comparons aujourd'huis les taux d'emprunt entre les pays du sud et du nord le doute n'est pas permis nous ne sommes pas en danger si la grèce fini par sortir.

Dans le cas où se formerait à Athènes un gouvernement décidé au bras de fer. Continuer à dire aux Grecs “marche ou crève” se révélerait un bluff, ce que les marchés ont déjà tendance à croire, je pense.

Rappelons tout de même que Syriza ne souhaite pas sortir de l'Euro bien au contraire.
  
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jollyjoker
30/05/2012 18:21:54
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"Reste le problème de la dette, qui, à défaut d’une sortie négociée et consensuelle avec ses partenaires européens, resterait libellée en euros, et dont le fardeau s’alourdirait considérablement."

c'est faux, de la meme maniere que la dette en Drachme de la Grece a ete convertie en euros lors de son entree dans l euro, cette dette sera reconvertie en Drachme lors de sa sortie. La dette est contractee "dans la monnaie nationale"...
  
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moisankarl
30/05/2012 18:12:04
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Grèce : les scénarios catastrophes
Le pire n’est jamais sûr, mais certains Etats et investisseurs semblent déjà s’y préparer.

24.05.2012 | Courrier international

• La ruée bancaire
Grâce aux prêts de la BCE, les banques européennes pensaient ne plus avoir de problèmes de liquidités. Mais elles découvrent aujourd’hui qu’un autre risque les menace : les retraits massifs des particuliers. Le 14 mai, les Grecs se sont rués aux guichets pour retirer au moins 700 millions d’euros dans la journée. Quatre jours plus tard, les clients de la branche britannique de l’établissement espagnol Banco Santander ont à leur tour récupéré l’équivalent de 250 millions d’euros. Si ce mouvement, pour l’instant limité, tournait à la panique et gagnait les pays les plus fragiles de la zone euro, les banques seraient dans de sales draps. En Espagne, selon The Wall Street Journal, 30 % des dépôts peuvent en effet être retirés du jour au lendemain. Cette proportion atteint 21 % au Portugal et 48 % en Italie. Les banques françaises, belges et italiennes ont déjà constaté des retraits.

• Le retour à la drachme
Pour l’instant, les Grecs ne veulent pas abandonner l’euro ; reste à savoir quel sera le résultat des élections du 17 juin. Mais, si les retraits bancaires deviennent massifs, et si la BCE et le FMI ne viennent pas au secours du pays, les autorités devront geler les dépôts bancaires et mettre en place un contrôle des capitaux, ce qui débouchera de facto sur une sortie de l’euro. Les banques britanniques s’y sont déjà préparées et le FMI planche sur la question, tout comme, semble-t-il, le gouvernement allemand. Le retour à la drachme se ferait par surprise au cours d’un week-end, pronostique The Guardian. La monnaie perdrait au moins 50 % de sa valeur et le prix des produits importés (dont le pétrole) exploserait, tout comme l’inflation. En revanche, le pays deviendrait très bon marché pour les touristes étrangers, et les exportateurs deviendraient plus compétitifs, ce qui pourrait favoriser la croissance. Reste le problème de la dette, qui, à défaut d’une sortie négociée et consensuelle avec ses partenaires européens, resterait libellée en euros, et dont le fardeau s’alourdirait considérablement. Logiquement, la Grèce devrait arrêter de la rembourser, quitte à rester à l’écart du système financier international pendant un bon moment. Voilà qui serait fâcheux pour les banques européennes, qui détiennent encore 70 milliards d’euros de prêts en Grèce, mais aussi pour les contribuables : la banque Barclays estime l’exposition des Etats à 300 milliards d’euros.
  
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moisankarl
30/05/2012 16:10:53
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C'est serpent qui se mort la queue.


Grèce: l'aide aux principales banques leur rouvre l'accès aux prêts de la BCE
Les quatre grandes banques grecques sont de nouveau solvables après l'injection de 18 milliards d'euros par l'Etat grec, ce qui les autorise à reprendre leurs emprunts auprès de la Banque centrale européenne, a déclaré mercredi Panayotis Thomopoulos, responsable du Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF).

Cette injection de liquidités, opérée en début de semaine, porte le taux d'adéquation des fonds propres à 8%, ce qui les met de nouveau en position d'obtenir des financements auprès de la BCE, a expliqué Panayotis Thomopoulos lors d'une conférence de presse.

Mardi, le fonds hellénique a annoncé avoir distribué une aide temporaire de 18 milliards d'euros aux quatre plus grandes banques du pays: National Bank of Greece SA (NBG) a reçu 7,43 milliards d'euros, Alpha Bank AS (ALPHA.AT), 1,9 milliard d'euros, EFG Eurobank Ergasias SA (EUROB.AT), 3,97 milliards d'euros, et Piraeus Bank SA (TPEIR.AT), 4,7 milliards d'euros.

Les banques grecques sont techniquement insolvables depuis qu'elles ont enregistré des pertes considérables sur leurs obligations d'Etat. Ces quatre établissements concentrent à eux seuls environ 80% des actifs du système bancaire grec.
  
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moisankarl
29/05/2012 10:53:35
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DJN

La Grèce a distribué une aide temporaire à ses principales banques
Le fonds de sauvetage des banques grecques a expliqué mardi comment a été distribuée l'aide temporaire de 18 milliards d'euros aux quatre principaux établissements du pays pour leur permettre de couvrir les pertes résultant de la récente restructuration de la dette grecque.

Selon l'annonce de l'Hellenic Financial Stability Fund, le Fonds grec de stabilité, National Bank of Greece (NBG) a reçu 7,43 milliards d'euros, Alpha Bank (ALPHA.AT) a reçu 1,9 milliard d'euros, EFG Eurobank Ergasias (EUROB.AT) s'est vu attribuer 3,97 milliards d'euros et Piraeus Bank (TPEIR.AT), 4,7 milliards d'euros.

Cette aide très attendue de 18 milliards d'euros a été distribuée lundi, selon le ministère des Finances.

"Ces capitaux [...] garantissent aux banques l'accès aux provisions de liquidités de la Banque centrale européenne et de l'Eurosystème", a-t-il été indiqué. "Les banques disposent maintenant de ressources financières suffisantes pour soutenir l'économie réelle".

L'enveloppe apportée, constituée d'obligations émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), fait partie du programme d'aide prévu par l'Union européenne et le Fonds monétaire international et vise à couvrir les pertes des banques résultant de la restructuration d'une dette de 200 milliards d'euros réalisée en mars.

Les banques sont techniquement insolvables depuis qu'elles ont accepté des décotes massives sur les emprunts d'Etat qu'elles détiennent. Les quatre banques citées détiennent ensemble près de 80% des actifs du système bancaire grec.

Le FESF a déjà transféré 25 milliards d'euros d'obligations au Fonds grec de stabilité, dont les 18 milliards d'euros versés serviront de financement relais aux banques tant qu'elles n'auront pas procédé à une recapitalisation officielle.
  
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