OK
Accueil  > Marchés  > Cotation Cac 40  > Actus Cac 40

Allemagne: la croissance 2019 devrait marquer la fin d'une décennie dorée


Actualité publiée le 15/01/20 05:40

Une grue sur le port de Dortmund (Allemagne), situé sur un canal, le 24 juin 2019 (AFP/Ina FASSBENDER)

L'Allemagne a vu sa croissance économique ralentir nettement l'an dernier, à 0,6%, marquant la fin d'une décennie faste et relançant le débat sur l'emploi de ses excédents budgétaires pour préparer l'avenir et s'adapter aux défis environnementaux.

La première économie européenne a certes enregistré une dixième année consécutive de hausse de son produit intérieur brut, mais à un rythme bien moins soutenu qu'en 2017 (+2,5%) et en 2018 (+1,5%), pénalisée par l'impact des tensions commerciales sur son industrie.

La croissance allemande publiée mercredi est tombée "à son niveau le plus faible depuis 2013", souligne Carsten Brzeski, économiste chez ING, un tableau d'ensemble masquant depuis plusieurs années "une économie aux deux visages".

Côté pile, une demande intérieure soutenue par la robustesse du marché de l'emploi et les marges financières publiques, qui a "sauvé à elle seule le pays de la récession", résume Fritzi Köhler-Geib, économiste de la banque KfW.

Les dépenses de l'Etat ont nettement accéléré (+5,0% après +3,3%), tandis que la consommation privée a grimpé de 2,9% et les investissements en biens d'équipements de 5,4%.

- Perspectives 'moins fastes' -

Fierté du pays depuis les années 2000 grâce à la puissance du "Made in Germany" à l'export, l'industrie est à l'inverse devenue son talon d'Achille: la production manufacturière hors bâtiment a chuté de 3,6%, et le commerce extérieur a coûté au pays 0,4 point de PIB.


Croissance allemagne (AFP/Matthias BOLLMEYER)

L'Allemagne a subi les incertitudes liées aux tensions commerciales et au Brexit, qui pourraient se dissiper en 2020, mais aussi "les changements structurels vers des produits plus respectueux de l'environnement", précise Fritzi Köhler-Geib.

En témoigne son industrie automobile, prise à la fois dans le conflit commercial sino-américain et dans la nécessité de réduire les émissions polluantes de ses véhicules sous la pression de nouvelles normes européennes, une mutation longue et coûteuse.

Au vu de ces défis, les années 2020 annoncent "des perspectives de croissance moins fastes", juge Stefan Kooths, spécialiste de la conjoncture à l'institut IfW.

L'assureur Allianz voit ainsi le PIB allemand augmenter de 0,6% en 2020 puis d'1,1% en 2021, loin du rythme annuel moyen de 1,9% tenu entre 2010 et 2018.

D'autant que l'attractivité de l'Allemagne "décroît aux yeux des investisseurs" en l'absence d'une "politique économique propice à la localisation d'activités", déplore auprès de l'AFP Holger Schmieding, chef économiste de Berenberg.

De fait, le pays a attiré 152 projets d'implantations ou d'extensions de sites industriels en 2018, soit 11 de moins qu'en 2017, pendant que la France en accueillait 339, contre 323 en 2017, selon une récente enquête du cabinet EY.

- Débat budgétaire -

Pour redresser la barre, la première économie européenne peut compter sur des caisses plus pleines que jamais: ses comptes publics (Etat fédéral, Etats régionaux, communes et sécurité sociale) affichent un huitième excédent consécutif, selon l'Office fédéral des statistiques.

En s'établissant à 49,8 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB, ce surplus marque certes un recul par rapport au record historique de 62,4 milliards en 2018 mais il offre au pays de confortables marges de manoeuvre.

La droite allemande appelle à des baisses d'impôts tandis que le ministre des Finances social-démocrate, Olaf Scholz, évoque davantage d'investissements publics à venir, dans les écoles, les hôpitaux, les infrastructures et pour lutter contre le réchauffement climatique.

Ce mercredi, le gouvernement a par exemple adopté une stratégie pour la "recherche en bio-économie" visant à investir 230 millions d'euros par an pour remplacer progressivement les énergies fossiles.

Si l'argent ne manque pas, les freins à cette mutation d'ensemble sont multiples, fait cependant observer Berenberg: outre les délais requis pour planifier des projets publics, ils se heurtent souvent à des recours judiciaires et au manque de personnel qualifié, énumère la banque.

© 2020 AFP

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le avec vos amis avec les boutons ci-dessous.

Twitter Facebook Linkedin email

Soyez le premier à réagir à cet article

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.