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Arkéa, un projet d'indépendance compliqué


Actualité publiée le 25/11/19 08:56

Porté par la direction d’Arkéa, le projet de désaffiliation du Crédit Mutuel se heurte à de constants obstacles. Et pourrait même emporter l’épargne des sociétaires de la banque.

Un chemin semé d’embûches. Depuis 2015, la banque bretonne Arkéa, notamment spécialisée dans les services bancaires en ligne — Fortuneo, Leetchi, c’est elle —, souhaite devenir indépendante du Crédit Mutuel, dont elle n’est aujourd’hui qu’une simple filiale. Qu’elle soit légitime ou pas, la volonté d’indépendance des dirigeants d’Arkéa, Jean-Pierre Denis (Président) et Ronan Le Moal (Directeur général), se heurte cependant à de nombreuses déconvenues, sur tous les plans ou presque. Tant et si bien que le projet de scission chéri du côté de Brest semble, aujourd’hui, au point mort. Retour sur une aventure aux multiples péripéties.

Revers sur revers

Les deux manifestations organisées à grand bruit par la direction d’Arkéa — la première à Brest, en 2015, où se situe son siège social ; la seconde à Paris, en octobre 2018, à laquelle seront tenus de participer de nombreux salariés — n’y feront rien : personne, à l’exception des dirigeants de la banque, ne semble prendre leur volonté d’indépendance au sérieux. En 2016, la Banque de France et le Trésor émettent ainsi un premier avis défavorable, suivi l’année suivante de celui de la Banque centrale européenne (BCE), qui impose à Arkéa de nouvelles mesures prudentielles (+2 points de fonds propres) liées aux risques que fait, selon le grand argentier européen, peser son projet de désaffiliation du Crédit Mutuel.

Dénonçant cette décision ainsi que le contrôle prudentiel exercé sur la banque par la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), Arkéa porte l’affaire devant la Cour de justice européenne. En attendant son verdict, les mésaventures de Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal continuent. Au début de l’année 2018, c’est la prestigieuse agence de notation financière Standard & Poors qui fait part de la probable dégradation de la note d’Arkéa si celle-ci parvenait à ses fins. Quelques mois plus tard, la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) se prononcent à nouveau contre le projet d’indépendance.

Du côté du Luxembourg, où siège la Cour de justice européenne, la chance ne sourit pas davantage à la banque bretonne. L’ensemble de ses pourvois (contre l’augmentation des fonds propres demandée par la BCE et le contrôle prudentiel exercé par la CNCM) sont rejetés en 2017 par l’institution. Arkéa fait appel ; en vain : le 2 octobre dernier, la plus haute juridiction de l’Union européenne (UE) confirme la CNCM dans son rôle et réaffirme le caractère unique et indivisible du groupe mutualiste. Enfin, les dirigeants d’Arkéa, invités le 13 novembre dans les locaux de la BCE, se sont vus selon des informations recueillies par Mediapart demander de répondre à de nouvelles questions, ce qui rend plus improbable encore l’hypothèse d’une désaffiliation prochaine.

L’épargne des sociétaires menacée

Ces « couacs » à répétition n’obèrent pas seulement les ambitions de MM Denis et Le Moal. Ils pourraient également avoir de sérieuses répercussions sur les épargnants et sociétaires — les véritables propriétaires — d’Arkéa, comme en témoigne la récente recapitalisation, en urgence, de Suravenir, la filiale d’assurance-vie de la banque bretonne. En plein été dernier, Arkéa a, en effet, dû injecter pas moins de 540 millions d’euros dans Suravenir, fragilisé tant par les taux bas actuellement en vigueur en Europe que par les risques pris par ses dirigeants et le manque de diversification de ses placements. Une bien mauvaise nouvelle — de plus — pour Arkéa et ses sociétaires.

 

 

© www.abcbourse.com

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