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En Espagne, qui accueille la COP25, l'asphyxie de la Mer mineure


Actualité publiée le 03/12/19 08:14

Le pêcheur Pedro Martinez-Baños sur son bateau, le 27 novembre 2019 au large de San Pedro del Pinatar, en Mer mineure (AFP/JORGE GUERRERO)

"Je suis amoureux de cette mer, je vis pour elle et je vis d'elle. Si on me l'enlève, je meurs". Pedro Martinez-Baños est encore endeuillé par la mort récente de tonnes de poissons dans la Mer mineure, dans le sud-est de l'Espagne.

Le 12 octobre, un phénomène complexe, appelé "eutrophisation", a entraîné une disparition de l'oxygène dans une partie de cette lagune qui a asphyxié des millions de poissons et de crustacés.

"C'est la pire chose qui peut arriver à un pêcheur, la pire chose qu'il peut voir de ses propres yeux, une catastrophe (...) C'est comme si tu mourrais toi-même", souffle Pedro Martinez-Baños, 50 ans, qui a toujours vécu de la pêche dans cette lagune, l'une des plus grandes d'Europe, séparée de la Méditerranée par un cordon de terre d'une vingtaine de kilomètres.

Selon les écologistes et les scientifiques, cette catastrophe couvait depuis des années sous les eaux calmes de la Mer mineure.

L'excès dans la lagune de matières nutritives comme l'azote et le phosphore - issues de l'agriculture et du développement touristique galopant de cette mer intérieure aux 70 kilomètres de plages de sable - a entraîné une prolifération d'algues qui s'en nourrissent.

En se décomposant, ces algues absorbent l'oxygène au fond de la lagune, créant des zones sans oxygène étouffant l'écosystème. Un phénomène appelé "eutrophisation" qui est amené à se développer selon les scientifiques en raison du réchauffement climatique et devrait être abordé au sommet sur le climat COP25 qui se tient à Madrid depuis lundi.

Après des pluies diluviennes dans la région mi-septembre, les poches sans oxygène sont remontées un mois plus tard des profondeurs vers la surface, provoquant l'asphyxie des poissons.

- "Chronique d'une mort annoncée" -

"Ce qui s'est passé en octobre a été déclenché par la forte pollution déversée dans la lagune depuis des décennies, principalement en raison de l'agriculture intensive", dénonce Oscar Esparza, responsable des milieux marins protégés pour l'ONG WWF en Espagne, en parlant de "chronique d'une mort annoncée", tant les scientifiques avaient mis en garde depuis bien longtemps contre un tel phénomène.


Le pêcheur Pedro Martinez-Baños sur son bateau, le 27 novembre 2019 au large de San Pedro del Pinatar, en Mer mineure (AFP/JORGE GUERRERO)

"Nous avons eu la confirmation du pire que nous pouvions imaginer: une mort massive", souligne pour sa part Pedro Garcia, directeur de l'association régionale de naturalistes ANSE.

Les écologistes et les scientifiques pointent du doigt l'agriculture intensive qui a décuplé depuis 40 ans dans la province de Carthagène et couvre désormais de 50.000 à 60.000 hectares.

"Les températures sont très douces l'hiver et deux, trois voire quatre récoltes peuvent avoir lieu chaque année", rappelle Pedro Garcia en soulignant qu'une telle agriculture "nécessite une grande quantité d'engrais".

Les agriculteurs assurent eux ne pas être responsables de la pollution frappant la Mer mineure.

La production agricole "est en règle avec toutes les normes environnementales", insiste Vicente Carrion, responsable local de l'organisation agricole COAG.

"Nous devons analyser le sol tous les ans pour vérifier (que) l'apport en azote" ne dépasse pas le seuil autorisé, poursuit-il en réclamant que le secteur ne soit "pas criminalisé comme il l'a été" au sujet de la Mer mineure.

Les autorités régionales sont elles accusées d'avoir ignoré les mises en garde contre les conséquences de l'agriculture intensive et du développement urbain près de la lagune. Des allégations balayées par Miriam Perez, chargée de la Mer mineure au sein du gouvernement régional de droite.


Miriam Perez, chargée de la Mer mineure au sein du gouvernement régional de droite, sur la plage de San Pedro del Pinatar, le 27 novembre 2019 en Espagne (AFP/JORGE GUERRERO)

"Nous sommes confiants, la Mer mineure va s'améliorer. Même s'il est affaibli en ce moment, c'est un écosystème qui est très fort et est capable de se régénérer. Evidemment après ce qui s'est passé avec la tempête, il a besoin d'un peu de temps", dit-elle, en rappelant les mesures prises par son exécutif.

Depuis les pluies diluviennes de septembre, les autorités ont repêché 1.800 tonnes de débris, les eaux sont redevenues plus claires et les pêcheurs sont repartis en mer, même s'ils assurent ramener dans leurs filets moins de la moitié de ce qu'ils pêchaient auparavant.

- Sonnette d'alarme pour la Méditerranée -

"L'eutrophisation est un problème très important, son coût pour les écosystèmes et pour l'environnement est énorme", souligne Chantal Gascuel de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) français. "Réduire les émissions d'azote et de phosphores est très important et pour cela, l'agriculture doit changer, c'est notre message", insiste-t-elle.

Oscar Esparza de WWF craint lui que ce qui s'est passé en Mer mineure ne se produise à terme à plus grande échelle dans l'ensemble de la Méditerranée. C'est une "petite photographie" de ce qui "pourrait se passer dans 50 ans dans toute la Méditerranée (...) qui a beaucoup de points communs (avec la Mer mineure) car c'est une mer fermée avec beaucoup de pression humaine et de pollution".

© 2019 AFP

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