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Etranglé financièrement, le Zimbabwe interdit les transactions en devises étrangères


Actualité publiée le 24/06/19 19:04
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Le ministre des Finances, Mthuli Ncube, présente son budget devant le Parlement, le 22 novembre 2018 à Harare (AFP/Archives/Jekesai NJIKIZANA)

Le Zimbabwe a annoncé lundi avoir interdit les transactions courantes en monnaies étrangères, énième tentative d'assécher le marché noir des devises et d'éviter le retour de l'hyperinflation qui a ravagé l'économie du pays.

Depuis 2009, il était possible de régler ses dépenses (supermarché, essence, factures à l'hôpital...) en devises étrangères, notamment en dollars américains très prisés des commerçants, dans ce pays d'Afrique australe.

L'annonce lundi des autorités zimbabwéennes de mettre fin à cette disposition - une décision déjà controversée - rapproche un peu plus le pays du rétablissement d'une véritable devise nationale, promis à plusieurs reprises par le président Emmerson Mnangagwa.

"A compter du 24 juin, la livre britannique, le dollar américain, le rand sud-africain (...) ou tout autre monnaie ne peut plus servir de devise avec le dollar zimbabwéen pour une quelconque transaction", a annoncé la Banque centrale.

"En conséquence, le dollar zimbabwéen reste la seule devise autorisée pour les transactions au Zimbabwe", a-t-elle ajouté.

Au pouvoir depuis fin 2017 et la démission de Robert Mugabe, maître absolu pendant trente-sept ans, M. Mnangagwa promet de relancer l'économie, jusque-là sans résultat.

Manque de liquidités, monnaie en chute libre, forte inflation, chômage endémique, son pays est englué depuis deux décennies dans une interminable crise.

En 2009, le pays avait été contraint d'abandonner sa devise, totalement dévaluée par une hyperinflation vertigineuse de plusieurs centaines de millions de pour cent, au profit du dollar américain et du rand sud-africain notamment.

Mais les précieux billets verts se sont faits de plus en plus rares, au point d'étrangler l'économie. En 2016, le gouvernement a alors introduit des "bonds notes", des obligations d'Etat de la même valeur que les billets verts.

Là encore, l'opération a échoué. La valeur des "bonds notes" s'est écroulée, l'inflation a repris, creusé les déficits et provoqué le retour des pénuries de produits de base comme le pétrole, le sucre ou les médicaments et, depuis deux mois, des coupures d'électricité généralisées.

- Sous contrôle -

En janvier, la multiplication par plus de deux des prix des carburants a causé des émeutes dans le pays, réprimées sévèrement - au moins 17 morts et des centaines d'arrestations, selon société civile - par la police et l'armée.

En février, M. Mnangagwa a décidé de laisser flotter la valeur de ses "bond notes", rebaptisés pour l'occasion dollars RTGS (real time gross settlement) ou "dollars zimbabwéens", avec l'espoir d'assécher le marché noir. Là encore en vain.

La valeur des "dollars zimbabwéens", qui ne sont pas reconnus sur le marché des changes, ne cesse de chuter et, selon l'agence de la statistique (ZimStats), la hausse des prix (97,85%) a même frôlé les 100% en rythme annuel en mai.

Lundi, le ministre des Finances, Mthuli Ncube, a justifié sa décision d'interdire les devises étrangères par la nécessité de "ramener la situation sous contrôle".

Les fonctionnaires "ne sont pas payés en dollars (...), ils n'ont pas les moyens de payer leurs médicaments ou des services dans des hôpitaux et des cliniques qui exigent des dollars américains", a pris pour exemple M. Ncube devant la presse.

Sa décision a été fraîchement accueillie par l'opposition.

"Ca ne va faire qu'exacerber le chaos ambiant", a regretté le sénateur d'opposition David Coltard. "Le marché s'est redollarisé par manque de confiance dans le dollar RTGS", a-t-il souligné sur Twitter, "on ne peut forcer personne à aimer une monnaie".

La réaction des marchés n'a guère été plus enthousiaste.

"La mesure peut s'avérer désastreuse si le système d'acquisition des devises par le marché interbancaire ne marche pas", a averti auprès de l'AFP l'économiste indépendant Gift Mugano, "les taux de change (des devises) va monter et l'inflation aussi".

A en croire son confrère Jee-A van der Linde, du cabinet sud-africain African Economics, l'introduction d'une nouvelle monnaie locale ne changera rien dans un pays dont les fondamentaux économiques restent plus qu'hésitants.

"Cela nécessite de la confiance", a-t-il indiqué à l'agence Bloomberg, "les gens ne croiront pas à cette nouvelle devise et cela va encore augmenter le marché noir".

© 2019 AFP

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