Les crises du logement viennent de contraintes trop strictes
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Les crises du logement viennent de contraintes trop strictes


Actualité publiée le 12/07/19 11:30
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L'urbaniste français Alain Bertaud dans sa maison de La Ciotat, le 26 juin 2019 (AFP/GERARD JULIEN)

Les difficultés à trouver un logement abordable, qui poussent plusieurs métropoles comme Paris ou New York à prendre des mesures comme l'encadrement des loyers, viennent plutôt d'une vision trop contraignante de l'urbanisme et de transports inadaptés, estime l'urbaniste Alain Bertaud.

QUESTION: Vous défendez une vision minimale du rôle de l'urbanisme: accompagner l'ordre issu du marché et laisser le plus possible les villes évoluer naturellement. Est-ce que vous mettez les urbanistes et les maires à la retraite ?

REPONSE: Non, il y a des domaines où l'expertise est nécessaire: il ne faut pas demander aux gens de construire un réseau d'égouts.

Mais je vois de plus en plus mes collègues montrer des perspectives de rues comme s'ils pensaient qu'une ville, c'est le Club Med. Ils se disent qu'un urbaniste vraiment malin peut mettre des emplois et des logements côte à côte. Or, ce n'est pas comme ça que marche le marché de l'emploi.

Ce n'est pas que je crois que le marché ait toujours raison. Seulement, c'est un mécanisme, semblable à la force de gravité: si vous l'ignorez, vous allez faire des bêtises.


L'urbaniste français Alain Bertaud, le 26 juin 2019 à La Ciotat (AFP/GERARD JULIEN)

Pour moi, le premier rôle de l'urbaniste, c'est de séparer à l'avance les espaces privés, où la loi du marché soit s'exercer, des espaces publics comme les rues et les plages: ce sont l'insécurité et l'arbitraire qui détruisent l'économie et créent la corruption.

Q: Mais les maires doivent-ils rester impuissants face à des phénomènes comme l'envol des loyers à Paris, Berlin ou New York, dont les municipalités mettent toutes en place des mesures d'encadrements ?

Le blocage des loyers, c'est bénéfique pour les locataires existants, du moins pendant les premières années, mais vous bloquez tous les autres. Celui qui va en baver, c'est l'instituteur qui vient d'être nommé à Manhattan, n'a pas encore de logement et n'en aura jamais.

Si on arrive à ce point de crise, c'est à cause d'une urbanisation qui ne reflète pas du tout la demande. Et, en général, résoudre le problème, c'est construire plus ou améliorer les transports.

Le marché s'ajuste normalement. Regardez la bouffe: à Manhattan, vous avez des foods trucks, des McDonald's et des restaurants français où vous ne vous en tirez pas à moins de 500 dollars.

Mais si vous faites une restriction sur le nombre de logements qui peut se construire, alors le privé ne peut pas produire de logement bon marché.

On n'a pas le droit à Paris aujourd'hui de construire des appartements de neuf mètres carrés: il vaudrait mieux laisser les gens choisir. Certes, il ne faut pas construire des logements qui risquent de s'enflammer en dix minutes car, ça, le client ne peut pas le savoir.

En revanche, la taille du logement, l'arbitrage avec la localisation, les gens devraient avoir le droit de faire ce choix sans que l'urbaniste impose que dix mètres carrés, ce n'est pas assez. Il faut surtout ne pas être paternaliste.

Q: Reste la question des transports. Que préconisez-vous, alors que la crise des "gilets jaunes" a montré combien le sujet était sensible ?

R: Il faut un mélange de modes de transports, surtout dans une métropole comme Paris ou Shanghai avec des densités très différentes entre centre et périphérie: un plombier aura toujours besoin de sa voiture.

C'était le drame des gilets jaunes. Emmanuel Macron n'a pas compris comment fonctionnent une zone métropolitaine ou des petites villes: les emplois se dispersent. Si vous habitez en banlieue et travaillez en banlieue, vous avez très peu de chances d'avoir des transports en commun performants. Vous devez utiliser la voiture.

A l'intérieur des grandes métropoles, il peut y avoir un transport en rail rapide, une sorte de RER pour aller d'un bord à l'autre, et des transports individuels qui mènent directement de la station au logement, ou au lieu de travail.

A Pékin, quand vous arrivez à la fin d'une ligne de métro, vous avez de petites motos: les chauffeurs sont appelés au téléphone par le passager, qu'ils viennent chercher et l'amènent directement au pied de son immeuble. Les gens épargnent presque une heure en prenant ce système. C'est un truc spontané!

© 2019 AFP

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