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Washington sanctionne des dirigeants de Hong Kong, nouvelle escalade du conflit avec Pékin


Actualité publiée le 07/08/20 18:13

La cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam le 6 juillet 2020 à Hong Kong (AFP/Archives/ISAAC LAWRENCE)

Washington a encore durci vendredi son bras de fer avec Pékin en adoptant des sanctions contre onze dirigeants hongkongais, dont la cheffe de l'exécutif Carrie Lam, parallèlement à des mesures radicales contre les joyaux du numérique chinois TikTok et WeChat.

Le gouvernement américain a annoncé le gel des avoirs de Mme Lam, des secrétaires à la Sécurité et à la Justice ou encore du chef de la police, accusés de chercher à restreindre l'autonomie du territoire ainsi que "la liberté d'expression ou de réunion" de ses habitants.

"Les Etats-Unis soutiennent le peuple de Hong Kong et nous utiliserons nos outils et nos autorités pour cibler ceux qui portent atteinte à son autonomie", a justifié le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

Il s'agit d'une réponse à l'adoption par la Chine, en juin, d'une loi sur la sécurité nationale dans l'ancienne colonie britannique qui, selon ses critiques, entraîne un recul des libertés inédit depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.

Selon la Chine, elle permet d'assurer la stabilité, de mettre fin aux violences ayant émaillé le mouvement de contestation de 2019 à Hong Kong, ainsi que d'y réprimer le courant pro-indépendance.

Mais pour les pays occidentaux, le texte vise à museler l'opposition hongkongaise après les manifestations monstres de l'an dernier, qui dénonçaient l'influence de Pékin dans le territoire.

Les autorités hongkongaises ont aussi renforcé les craintes occidentales en reportant les prochaines élections au motif de la pandémie.

En représailles, Donald Trump avait annoncé à la mi-juillet la fin du régime économique préférentiel accordé par les Etats-Unis au territoire autonome, centre financier international majeur, et avait promulgué une loi prévoyant des sanctions contre des responsables hongkongais et chinois.

La Chine avait promis qu'elle réagirait en imposant à son tour des sanctions contre des "personnes et entités américaines".

- Compte à rebours -


Donald Trump a signé un décret interdisant, d'ici 45 jours, toute transaction "des personnes sous juridiction américaine" avec ByteDance, la maison-mère chinoise de TikTok (AFP/Lionel BONAVENTURE, JIM WATSON)

Entre-temps, le climat s'est envenimé entre les deux grandes puissances. Accusant la Chine d'espionnage, Washington a fait fermer son consulat à Houston, et la Chine a pris possession du consulat des Etats-Unis à Chengdu (sud-ouest). Les Etats-Unis ont également pris parti contre Pékin dans les différends territoriaux en mer de Chine méridionale et l'ont accusé de violer les droits de la minorité musulmane ouïghoure.

Mais c'est dans la sphère technologique que le durcissement est le plus radical.

Donald Trump a signé jeudi un décret interdisant, d'ici 45 jours, toute transaction "des personnes sous juridiction américaine" avec ByteDance, la maison mère chinoise de TikTok, une application de vidéos légères extrêmement populaire auprès des jeunes.

Le président américain a également adopté un décret similaire concernant la plateforme WeChat, qui appartient au géant chinois Tencent et est omniprésente dans la vie des Chinois (messagerie, paiements à distance, réservations...). A la Bourse de Hong Kong, l'action Tencent a plongé de plus de 5% vendredi.

Le milliardaire républicain a invoqué une "urgence nationale", accusant les deux applications d'espionner leurs utilisateurs américains pour le compte de Pékin.


TikTok et WeChat (AFP/Gillian HANDYSIDE)

WeChat récupère aussi "les données des visiteurs chinois aux Etats-Unis", note le décret à son encontre, "ce qui permet au Parti communiste chinois d'espionner des citoyens chinois qui profitent peut-être des avantages d'une société libre pour la première fois de leur vie".

Les décrets ne précisent pas les conséquences pratiques. Mais l'interdiction de toute transaction avec les deux entreprises pourrait obliger Google et Apple à retirer les deux réseaux de leurs magasins d'applications, empêchant, de fait, de les utiliser aux Etats-Unis.

- "Déclin moral" -

Les Etats-Unis "mènent une manipulation et une répression politiques arbitraires, ce qui ne pourra déboucher que sur leur propre déclin moral et sur une atteinte à leur image", a dénoncé vendredi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin.

TikTok a de son côté menacé d'engager des poursuites judiciaires contre la décision américaine, alors que Tencent examinait en détail le décret pour décider de la réaction à aporter.


Le logo de ByteDance à l'entrée des bureaux de la société, le 8 juillet 2020 à Pékin (AFP/Archives/GREG BAKER)

Donald Trump avait accepté lundi la possibilité qu'un groupe américain rachète TikTok, mais avant le 15 septembre, sous peine de bannir la plateforme.

Il a, au passage, exigé qu'une "proportion importante" du prix de la transaction soit versée à l'Etat, sous prétexte que son gouvernement rendait l'acquisition possible. Un concept qui a suscité de vives critiques et un certain embarras dans son entourage.

Le groupe informatique Microsoft, qui semble accepter ces conditions, est en discussions avec ByteDance pour négocier une acquisition à marche forcée.

© 2020 AFP

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