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Actions émergentes : état du marché et perspectives 2013

Par Sycomore, le 21/12/2012

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Les économies des pays émergents vont afficher en 2012 des croissances très faibles au regard des niveaux auxquels nous étions habitués. La thèse du découplage a vécu. La Chine a fait parler d’elle tout au long de l’année sur la question de savoir de quelle façon atterrirait son économie, en douceur ou brutalement.

L’Inde va afficher le taux de croissance le plus faible depuis dix ans. Quant au Brésil, son économie devrait progresser en 2012 selon un rythme compris entre 1.5 et 2%, un niveau ‘européen’ et sans rapport avec le potentiel de cette économie qui dispose de solides atouts : dynamisme démographique, faible chômage, forte propension à consommer, abondance des ressources naturelles...

Les émergents ont donc payé leur tribut au ralentissement américain et à la crise européenne. Sur les deux dernières années, la différence de performance entre le Msci Emerging et le Msci World, représentatif des actions des pays développés, atteint près de 15% au détriment des émergents.

Néanmoins, on peut trouver quelques motifs d’optimisme. Au Brésil, la banque centrale a utilisé ses marges de manœuvre en faisant passer en un an le taux monétaire de 12.50 à 7.25%, ce qui va produire ses effets à partir du premier trimestre 2013. En Inde, la consommation reste très dynamique et malgré les vents contraires, les entreprises cotées délivreront des résultats en hausse de 10% sur l’année en cours. Enfin, la Chine montre des signes positifs de plus en plus tangibles, que la transition politique une fois réalisée devrait amplifier : reprise progressive de la consommation, redémarrage de son industrie, hausse graduelle des prix à la production dont le niveau négatif reflète les capacités excédentaires de l’industrie.

La Banque Asiatique de Dévelopement (Asian Development Bank, ADB) souligne dans son dernier rapport le dynamisme des économies de l’Asie du sud-est. La croissance de la région ASEAN pour 2012 vient d’être révisée de 5.6 à 5.9%, soutenue par une demande intérieure très dynamique. Le plus grand pays de la région, l’Indonésie, devrait afficher une croissance supérieure à 6% pour la troisième année consécutive.

Dans un environnement globalisé, une approche des émergents selon une gestion active s’impose plus que jamais.  Si les ETF sont des outils remarquables pour s’exposer à ces marchés boursiers, une lecture attentive des principales composantes s’impose car on observe une corrélation de plus en plus élevée entre les indices boursiers.

Par exemple, la première ligne de l’indice Msci Emerging est le coréen Samsung, dont le marché domestique représente à peine 15% du chiffre d’affaire. Les firmes pétrolières russe Gazprom et brésilienne Petrobras y figurent en bonne place. Leur cours est très corrélé à une variable exogène, le prix du pétrole, et ces valeurs en partie détenues par leur gouvernement respectif ne brillent pas particulièrement par les qualités de leur gouvernance.

Plus généralement, les très grandes valeurs émergentes cotées offrent de moins en moins de décorrélation, ce qui découle directement de la globalisation des économies.

D’où l’intérêt de s’exposer à ces économies émergentes en investissant dans des sociétés tournées vers leur environnement domestique ou dans des firmes de taille moyenne. China Mobile, avec ses 230 milliards de dollars de capitalisation boursière, est certes une ‘mega cap’ mais elle fait clairement partie de la première catégorie : opérant uniquement en Chine, elle affiche une corrélation aux grands indices mondiaux deux fois inférieure à celle des autres grandes valeurs émergente.

Les nouvelles classes moyennes ont accès à une gamme de produits de consommation courante de plus en plus large. Les entreprises domestiques, leaders de leur marché, présentent des atouts notables. Ces sociétés ont de quoi afficher une croissance pérenne. C’est le cas d’une valeur comme China Resources (grande distribution et brasserie). Le succès de telles firmes découle entre autres de l’exode rural en œuvre depuis de longues années.

Une tendance en cours non seulement en Chine, mais également dans d’autres pays, comme l’Inde et l’Indonésie, où l’urbanisation croissante implique non seulement de nouvelles pratiques de consommation, mais aussi un besoin de mobilité dans des villes n’offrant pas de transports en communs. Un phénomène favorable au fabriquant indien de deux roues motorisés Bajaj, capable de concevoir des véhicules adaptés aux attentes et au pouvoir d’achat des classes moyennes, ou au constructeur automobile Astra en Indonésie.
 
Une approche contrariante de la sélection des titres, basée sur les valorisations, est souvent payante tout en étant par essence ‘décorrélante’. En dépit des risques souvent surestimés auxquels on les associe, les grandes banques chinoises sont attractives. Leurs créances douteuses, environ 1% des encours de prêts, sont largement couvertes par des provisions. Ces banques sont solidement capitalisées, et bénéficient  de taux de croissance et de rentabilité élevés, pour un niveau de valorisation à peine plus cher qu’en Europe (P/E autour de 6 ou 7). La première banque chinoise – et mondiale – ICBC affiche une performance de près de 25% depuis le début de l’année.

Investir dans ces sociétés requiert une très longue expérience de ces marchés qui ont connu, et connaîtront à nouveau, des crises. Il est nécessaire de disposer d’un processus de sélection des titres extrêmement éprouvé et appliqué de façon très disciplinée. Une présence sur place, ainsi que la compréhension de la culture et des langues locales, sont indispensables. Cette proximité permet une connaissance plus profonde des firmes dans lesquelles on investit, leurs dirigeants et la qualité de leur gouvernance. En cela, cette approche sur le terrain réduit significativement les risques spécifiques attachés à ces investissements lointains.
 
Emmanuel de Sinety
Cogérant de UIS Synergy Emerging Markets
Sycomore Asset Management


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