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Faut-il investir sur les parapétrolières malgré la transition énergétique ?

Par Sovanna Sek, le 23/12/2021

Sovanna Sek

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Après avoir touché le fond au pire de la crise du Covid-19 en mars-avril 2020, le secteur de l'énergie retrouve progressivement des couleurs. L'annonce du vaccin Pfizer-BiOnTech en novembre 2020 lui a redonné un coup d'accélérateur avec comme point d'orgue, un redressement spectaculaire des prix du pétrole. Au cours de l'année 2021, l'énergie est l'un des premiers secteurs en termes de performances boursières, et ce, malgré une sortie incertaine de la crise sanitaire.

Cependant, une bonne partie de l'industrie pétrolière peine à renouer avec les niveaux d'avant-Covid, à l'image des parapétrolières. Ces entreprises dont leurs activités sont sensibles à l'évolution du marché de l'or noir, se cotent comme si elles étaient sur le point de faire faillite. Entre temps, les mandats ESG ne favorisent pas l'afflux de capitaux sur les énergies fossiles. Et à première vue, cela ne fait pas les affaires des parapétrolières.

Pourtant, le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables ne sera pas une tâche facile si nous mettons la charrue avant les bœufs. La dépendance pétrolière de nos économies reste forte. C'est à se poser la question si investir dans le pétrole vaut le coup d'être tenté. Dans une thématique de circonstance en faveur de la transition énergétique, les parapétrolières pourraient être tirer leur épingle du jeu contre toute attente.

C'est quoi les parapétrolières ?

Lorsque vous souhaitez investir dans le pétrole, vous faites souvent référence aux majors : BP, Royal Dutch Shell et TotalEnergies en Europe, puis ExxonMobil et Chevron aux États-Unis. Ces entreprises sont réputées par leur génération récurrente de cash flow qui permet de distribuer un dividende attractif à leurs actionnaires. Leur rendement dépasse généralement la moyenne de leur indice de référence.

Une autre catégorie d'entreprises permet de pour profiter du boom de l'or noir. Il s'agit des parapétrolières qui travaillent pour le compte des compagnies pétrolières qui sont principalement les majors. Elles interviennent sur un domaine précis de la chaîne de production de pétrole. Cela peut être la conception des équipements de forage, des études sismiques, la construction d'unités de transport et de raffinage, etc.  

En conséquence, leur business model dépend des CAPEX (dépenses d'investissement) des compagnies pétrolières. Ce qui signifie qu'investir dans les parapétrolières revient à parier indirectement sur une bonne tenue de l'évolution du prix du pétrole. Malgré que leurs cours de Bourse restent sous pression depuis plusieurs années, 2 tendances majeures pourraient rallumer la flamme.

Une pénurie de pétrole liée au manque d'offre

Depuis 2014, les dépenses d'investissement dans l'industrie pétrolière diminuent. Selon Rystad Energy, les prévisions atteindraient un plus-bas historique de 13 ans. Cela s'explique par des surcapacités de production allouées sur des projets d'exploration-production non rentables. Qui dit austérité sur les CAPEX se traduit par une baisse d'activité des parapétrolières. L'exploitation du pétrole de schiste américain à fond perdu et la volonté de l'Arabie Saoudite à vendre sa production à un tarif bas pour sauvegarder ses parts de marché ont entraîné un effondrement structurel du prix de l'or noir.

Prises dans l'entonnoir, les parapétrolières ont vu leur situation financière et boursière se dégrader. La crise du Covid-19 a eu le mérite d'éradiquer pratiquement les surcapacités de production. Incapables d'être en free cash flow positif, de nombreuses entreprises du pétrole schiste américain ont mis la clé sous la porte. Cela a permis à l'Arabie Saoudite de dicter sa loi sur les quotas de production et instaurer sans réellement le dire un plancher sur les prix du pétrole. Et l'hypothèse d'un point bas dans l'industrie pétrolière semble toucher au but durant l'année 2020.

Mais cette bonne nouvelle amènerait de nouveaux ennuis qui feraient leur bonheur des parapétrolières. En effet, la combinaison entre l'absence des surcapacités de production et une demande soutenue dans les pays développés et émergents, provoquerait potentiellement un problème d'offre si les niveaux des CAPEX ne sont pas revus à la hausse dans les années futures. Au regard du rôle dominant du pétrole dans plusieurs industries (transport, bâtiment, chimie, santé, etc.) et le recours limité à l'extraction du pétrole de schiste américain, le manque d'investissements des dernières années risquerait de se payer cash. Les énergies renouvelables sont loin du compte pour compenser le déficit de production à cause de leur faible densité énergétique.

marché pétrole
Dépenses d'investissement dans l'exploration-production des entreprises pétrolières (Source IEA)

Comme le dit Benjamin Louvet d'OFI Asset Management, la sortie de crise du Covid-19 déboucherait vers un nouveau choc pétrolier si la situation reste en l'état. Le graphique ci-dessus nous montre les majors qui sont les plus gros pourvoyeurs de capitaux, ont drastiquement serré la vis sur leurs dépenses d'investissement à cause de la baisse du prix de pétrole au cours des dernières années.

Dans le but d'éviter une crise énergétique qui ne serait pas la bienvenue pour l'économie réelle, les compagnies pétrolières seraient contraintes de mettre la main à la poche. Étant donné le retard pris dans les futures capacités de production, la baisse des CAPEX qui a été longtemps un handicap pour les parapétrolières, pencherait en leur faveur dans un futur proche et lointain.

Des cours de Bourse à leurs plus bas historiques : une opportunité unique

Même si l'énergie réalise l'une des meilleures performances sectorielles en 2021, les parapétrolières sont délaissées par les investisseurs. Au cours de la crise du Covid-19, une bonne partie d'entre elles ont renoué avec leurs plus bas historiques des années 2000. Malgré l'arrivée des vaccins contre le virus, leurs perspectives de croissance restent incertaines. La moindre mauvaise nouvelle sur le front sanitaire à l'image du variant Omicron, les empêche d’élaborer des business plans à moyen-long terme. Ce manque de visibilité explique pourquoi les parapétrolières peinent à rebondir en direction d'avant-Covid et la préférence des investisseurs pour les compagnies intégrées (dont font partie les majors) qui possèdent une politique de dividende stable.

Cependant, si une issue à cette crise sanitaire intervient dans un futur proche, la demande globale de pétrole rattraperait les niveaux de 2019 puis les dépasserait au cours des prochaines années. Comme nous l'avons rappelé précédemment, les capacités actuelles de production et les énergies renouvelables ne permettraient pas de répondre à une demande vigoureuse. Les parapétrolières pourraient se frotter les mains face à la dure réalité de la dépendance pétrolière sur l'économie mondiale.

Proche d'un retournement à la hausse en 2022 ?

Lorsque nous analysons l'évolution des cours de Bourse des principales parapétrolières sur une longue période, la tendance reste baissière. Mais depuis leurs points bas de mars-avril 2020, nous constatons un redressement spectaculaire. À titre d'exemple, le leader mondial des équipements pétroliers, Schlumberger a vu ses bénéfices trimestriels s'améliorer en 2021 par rapport à 2020. Elle n'était pas loin d'un retournement à la hausse en unités mensuelles. Il s'en est fallu de peu pour que sa ligne descendante qui date depuis mi-2014 soit rompue au cours du quatrième trimestre 2021. À ce stade, les investisseurs préfèrent temporiser dans l'attente de nouveaux catalyseurs.

actions pétrolières
Évolution des cours de Bourse des parapétrolières (Schlumberger, Halliburton, Tenaris, Baker Hughes)

En tout cas, les quatre parapétrolières mentionnées sur le graphique ci-dessus semblent tirer un trait sur le pire de la crise du Covid-19. Trois d'entre elles s'attaquent à des résistances majeures pour renverser leur tendance baissière de long terme.

Si la gestion de nouveaux variants du Covid serait mieux préparée dans un futur proche, ces entreprises pourraient se projeter à moyen-long terme. Les récents couacs de la transition énergétique susciteraient un regain d'intérêt des investisseurs sur le secteur pétrolier. Lors de plusieurs interventions dans les médias, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a maintes fois répété « Si on arrête d'investir, le prix du pétrole va monter à 100 dollars et plus ». Ce qui constituerait un scénario boucle d'or pour les parapétrolières.

Les parapétrolières : une idée d'investissement contrariante par excellence

Une célèbre citation de John Templeton disait que le meilleur moment d'acheter, c'est quand il y a dans les rues. Cela colle parfaitement à ce qui se passe sur les parapétrolières. Après plusieurs années difficiles, elles arriveraient à la fin d'un cycle baissier. Les investisseurs les boudent pour des raisons environnementales. Elles sont certes compréhensibles, mais prêtent à discussion.

Entre les lignes, les mandats ESG instaurés dans la gestion d'actifs et la transition énergétique auraient donc des effets pervers à court-moyen terme, car l'étape intermédiaire pour passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables a été occultée par les décideurs politiques. En restreignant précipitamment l'accès au capital aux entreprises pétrolières, cela nous conduirait à une crise énergétique sans précédent. Fort de ce constat, investir dans les parapétrolières ferait sens à l'encontre du consensus.

Nous serons attentifs à une amélioration des fondamentaux intrinsèques des parapétrolières tant au niveau du business que financier. Elle pourrait être complétée par l'analyse technique si les plus grandes entreprises comme Schlumberger, Halliburton, Baker Hughes aux États-Unis et Tenaris en Italie, cassent leurs niveaux clés pour repasser sur un momentum positif. Cela enverrait un signal fort d'un nouveau cycle haussier.

Sovanna Sek


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