Le marché immobilier traverse une période de turbulences, marquée par l’inflation persistante et des taux d’intérêt élevés qui freinent l’accès au crédit. Aux États-Unis comme en Europe, les ménages et les investisseurs adoptent une posture attentiste, créant un climat d’incertitude pour les promoteurs et les foncières cotées. Pourtant, une opportunité se niche en marge de ce secteur : les entreprises fournissant des équipements pour la maison, le bricolage ou les infrastructures électriques. Ces acteurs, moins exposés aux cycles immobiliers purs, pourraient bénéficier d’une reprise différée mais tangible.
Dans un contexte géopolitique tendu – élections américaines, tensions commerciales, conflits en Europe –, les investisseurs cherchent des valeurs résilientes. Les chaînes de bricolage, les fabricants d’équipements électriques ou les fournisseurs de matériaux affichent souvent des bilans solides et des dividendes attractifs. Sans être insensibles aux soubresauts économiques, ils offrent une exposition indirecte à un rebond du logement, avec une volatilité moindre que les pure players de l’immobilier.
Un marché immobilier sous pression, mais des opportunités en aval
L’envolée des taux directeurs de la Fed et de la BCE a durablement ralenti les transactions immobilières. Les acheteurs potentiels reportent leurs projets, tandis que les promoteurs ajustent leurs calendriers de construction. Cette stagnation pèse sur les foncières cotées, dont les cours reflètent un risque de décote sur les actifs. Cependant, les besoins en rénovation, en amélioration de l’efficacité énergétique ou en équipements domestiques restent dynamiques, portés par des tendances structurelles comme la transition verte ou la pénurie de logements.
L’inflation, bien qu’en recul, maintient une pression sur les coûts des matériaux et de la main-d’œuvre. Pour autant, les entreprises bien positionnées dans la chaîne de valeur – comme les distributeurs spécialisés ou les fabricants à forte marge – parviennent à répercuter ces hausses sur leurs prix. Contrairement aux promoteurs, dont les marges dépendent étroitement du crédit, ces secteurs bénéficient d’une demande plus diversifiée : particuliers, professionnels et collectivités.
Enfin, l’incertitude politique des deux côtés de l’Atlantique ajoute une complexité supplémentaire. Mais là où l’immobilier résidentiel ou commercial est directement touché par les changements réglementaires, les équipementiers profitent de plans de relance ciblés, comme les subventions pour la rénovation énergétique en Europe.
Du bricolage aux équipements électriques
Aux États-Unis, Home Depot et Lowe’s dominent le marché de la distribution de matériaux et d’outillage. Leurs revenus ont résisté malgré le ralentissement immobilier, grâce à l’engouement pour les travaux DIY (Do It Yourself) et les contrats avec les professionnels. Autre piste : Sherwin-Williams, leader des peintures et revêtements, dont l’activité est corrélée aux cycles de rénovation. Ces entreprises affichent des flux de trésorerie robustes, permettant des rachats d’actions et des dividendes croissants.
En Europe, Kingfisher (propriétaire de Brico Dépôt et Screwfix) ou Rexel (spécialiste de la distribution électrique) jouent un rôle clé dans la chaîne d’approvisionnement. Le français Legrand, fabricant d’équipements électriques intelligents, mise sur la modernisation des bâtiments pour doper ses ventes. Ces sociétés sont moins cycliques que les promoteurs, mais leur performance dépend tout de même d’un rebond du secteur à moyen terme.
Les investisseurs pourraient aussi s’intéresser aux sous-traitants technologiques comme Schneider Electric ou Siemens, dont les solutions pour les bâtiments connectés ou les réseaux électriques répondent à des besoins durables. Leur exposition internationale permet de lisser les risques régionaux.
Avantages et risques
Le premier atout de ces secteurs réside dans leur résilience. Même en période de stagnation immobilière, les ménages consacrent un budget à l’entretien ou à l’amélioration de leur logement. Les réglementations environnementales (isolation, panneaux solaires) constituent un autre moteur. Enfin, la digitalisation des chaînes de distribution – avec des services click-and-collect ou des plateformes B2B – renforce leur compétitivité face aux pure players en ligne.
Cependant, les risques ne sont pas négligeables. Une récession prolongée pourrait réduire drastiquement les dépenses discrétionnaires des consommateurs, tandis qu’une nouvelle flambée des coûts des matières premières (cuivre, acier) éroderait les marges. Par ailleurs, certaines entreprises souffrent d’un endettement élevé, hérité des acquisitions récentes, les rendant vulnérables aux hausses de taux.
Enfin, la concurrence est féroce, notamment face aux géants comme Amazon, qui grignotent des parts de marché dans le bricolage et l’électroménager. Les investisseurs doivent donc privilégier les acteurs différenciés – par leur expertise technique, leur réseau physique ou leur offre multicanal.
Conclusion
Parier sur la reprise immobilière sans toucher aux foncières ou aux promoteurs est une stratégie pragmatique dans le climat actuel. Les secteurs interdépendants – bricolage, équipements électriques, matériaux – offrent une exposition indirecte, avec des flux de revenus plus stables et des opportunités tirées par des tendances long terme. Les investisseurs doivent cependant rester sélectifs, en privilégiant les entreprises à forte rentabilité et à moindre dette.
Dans un environnement encore incertain, ces valeurs apportent une diversification utile. Elles ne sont pas immunisées contre les chocs macroéconomiques, mais leur modèle hybride – entre consommation courante et investissement immobilier – pourrait séduire ceux qui anticipent un retour progressif de la confiance dans le logement. Sans être un refuge, ces secteurs représentent une porte d’entrée moins volatile pour jouer le rebond du marché.