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Vers le pétrole infini ?

Par Vincent Benard, le 06/08/2009

vincent benard

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Voilà du développement durable comme je l'aime. Capitaliste, guidé par l'espoir de s'enrichir, fondé sur des avancées scientifiques, et susceptible de résoudre de vrais problèmes qui se posent à nous.

Quelques avancées majeures sont en cours dans le domaine des carburants non-fossiles. Espérons seulement que les subventions dont elles bénéficient ne conduiront pas leurs promoteurs à mettre trop tôt sur le marché des produits immatures, ou ne tueront pas des concurrents moins doués pour la recherche de subventions. J'ai déjà évoqué la façon dont ces subventions retardent, en fait, le progrès technologique qu'elles sont supposées favoriser. Mais laissons pour une fois de côté l'argumentaire anti-étatiste, et voyons quelles heureuses surprises le génie humain nous réserve, surprises totalement imprévisibles il y a 25 ans, quand l'hystérie climatico-énergétique a commencé.

Plusieurs entreprises, dans le monde, travaillent sur la prochaine génération de "bio" carburants, encore que le terme "bio" soit peut être impropre.

L'une d'elle est française. Séché Environnement, une des premières entreprises généralistes du secteur vert en France, a ouvert ces dernières semaines une unité expérimentale au Vigean, dans la Vienne. D'une part, une centrale brûle des déchets pour produire l'électricité nécessaire pour 11 000 personnes. D'autre part, toutes les émissions de cette usine, et notamment la chaleur et le CO2, sont récupérées pour « exciter » des bouillons d'algues appelées Chlorellas, qui peuvent produire par « digestion » du Diester de qualité tout à fait adaptée aux moteurs diesel.

L'intérêt du procédé est qu'il permet des rendements bien plus élevés que les biocarburants de première génération, et que surtout il n'oblige pas à sacrifier des hectares de cultures vivrières pour nourrir nos réservoirs, ce qui est la pire des absurdités. Actuellement, le procédé est expérimental. Séché espère à terme des rendements de 20 000 litres d'éthanol par hectares de cultures d'algues, soit 2 litres au m2.

Toutefois, ces rendements pourraient être enfoncés. Un concurrent américain, Joule Biotech, fondée par des chercheurs uiversitaires (MIT, Harvard...) a eu les honneurs du Wall Street Journal ces derniers jours. Cette start up affirme que grâce à des algues génétiquement modifiées, elle peut envisager des rendements de 20 000 gallons/acre, soit 18 litres par m2/an. Le carburant ainsi produit reviendrait à ce jour 50$ / baril, subventions incluses, hélas. Mais le procédé n'en est qu'au début, des progrès importants sont tout à fait escomptables. Je suppose qu'il y a une part d'intox dans ces chiffres, chasse aux subventions oblige. Mais tout de même, la filière de production de carburant par des micro-organismes paraît incroyablement prometteuse.

Les rendements annoncés permettraient (calcul personnel) de satisfaire à toute la demande française annuelle en diesel automobile avec seulement 2000 km2 de surface, soit moins de 0,5% de notre superficie totale. Et naturellement, le monde ne manque pas de surfaces désertiques inexploitées pour y implanter de telles unités sans rogner sur les surfaces agricoles.

Bien que des algues, dont on sait peu de choses, interviennent dans la fabrication du produit, Joule Biotech récuse le terme de bio-carburant: le produit ne nécessite aucune biomasse pour être fabriqué, juste le CO2 atmosphérique, des algues, -- Et je suppose un peu d'eau, sinon, d'où viennent les atomes d'hydrogène entrant dans la compositions de ces hydro-carbures ? -- ce qui fait dire au PDG de Joule que son carburant est un pur produit de synthèse issu de l'énergie du soleil, d'où le nom de « SolarFuel » qui lui est donné.

Bref, toutes les pleureuses qui nous pronostiquent la fin du pétrole, et appellent à la décroissance, risquent d'en être pour leurs frais. Et l'auto-mobilité a encore de beaux jours devant elle.

J'espère seulement qu'une bulle n'est pas en train de se former sur ce secteur, mais à en juger par le nombre d'entreprises qui s'y investissent, subventions à l'appui, cela semble être le cas. Il y aura donc forcément des faillites, des consolidations... Espérons que l'intervention publique ne conduira pas à tuer les meilleurs et à récompenser les procédés les plus moyens. Mais tant qu'à donner un os à ronger aux étatistes, celui de la recherche dans les nouvelles technologies me paraît de loin le moins nuisible à la société : faisons avec.

Et notons une fois encore que c'est l'appât du gain, tellement vilipendé chez nous, qui permet à de tels progrès de passer du stade de l'idée à la production, et donc d'améliorer notre quotidien matériel (pour le spirituel, chacun sa croix). Tout cela n'est possible que grâce aux fondements capitalistes libéraux de nos sociétés, bien que ces fondations soient là encore attaquées et altérées par l'intervention croissante des états dans ces processus vertueux.

J'ignore si Séché ou Joule sont les mieux placés dans la course au nouvel or vert, ou si des concurrents plus performants rafleront la mise, mais une chose est certaine: le génie humain, si on le laisse s'exercer dans un cadre de liberté, de responsabilité, et de juste récompense du succès, nous sortira une fois de plus de la crise actuelle, grâce à se capacité à réinventer perpétuellement notre quotidien. Il fournira en temps utiles a l'humanité une telle gamme de solutions à ses problèmes du moment que ceux qui nous prédisent la fin du monde aujourd'hui seront l'objet de la risée des générations futures.


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