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Deeptech et souveraineté de la France, l'activisme d'In-Q-Tel relance le débat


Actualité publiée le 30/11/21 16:51

La révélation de l’entrée d’In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA, au capital de la start-up française Prophesee suscite l’émoi. La pépite tricolore ayant mis au point un procédé de rétines augmentées à base d’intelligence artificielle, l’information dévoilée fin octobre par Les Échos relance le débat du contrôle des investissements étrangers, dès lors qu’ils portent sur des secteurs jugés sensibles. Comme l’illustre l’entrée au capital de Photonis par le fonds français HLD Europe en 2020, c’est également le rôle du private equity dans le maintien de la base industrielle et technologique de défense français qui entre en question.

« Maîtriser les technologies numériques souveraines et sûres. » Cet impératif stratégique, rappelé par Emmanuel Macron lors de la présentation du plan France 2030, prend tout son sens à l’aune de la découverte de l’investissement d’In-Q-Tel au capital de Prophesee, capable de reproduire les capacités d’un œil humain en matière de surveillance, de détection d’obstacles ou bien encore de ciblage de personnes dans un bâtiment. Cette entrée au capital, qui remonterait à 2016, n’avait jusqu’ici jamais été rendue publique et n’est d’ailleurs pas officiellement confirmée par les intéressés. Elle constitue le premier investissement connu en France du bras financier de l’agence du renseignement américain.

French Tech, Foreign Money ?

L’appétit des investisseurs étrangers à l’égard des jeunes pousses françaises est réel. Au-delà de l’enjeu économique et du maintien d’activités de pointe sur le territoire national, c’est une lutte d’influence globale que se livrent les acteurs étatiques. « La compétition entre les grandes puissances, pour savoir qui étendra son influence sur le monde, passe par la capacité d’un pays à être technologiquement dominant », a déclaré Chris Darby, PDG d’In-Q-Tel, selon des propos rapportés par France 24. Depuis cet été, la start-up Prophesee compte aussi de nouveaux actionnaires chinois, à savoir le fonds Sinovation et le fabricant Xiaomi, comme un symbole de cette bataille d’investissement dont la French Tech est l’un des théâtres privilégiés.

Aussi le Sénat français a-t-il tiré la sonnette d’alarme, en juillet 2020, au travers d’un rapport présenté par Pascal Allizard et Michel Boutant. Dans ce document, les parlementaires soulignent que la base industrielle et technologique de défense (BITD) de la France est « à la fois une conséquence et un instrument de la souveraineté ». Ils y voient « un élément indispensable de notre liberté », en cela que l’avantage technologique du tissu économique hexagonal doit permettre aux forces armées d’accomplir leur mission en toute indépendance.

Dans ce contexte, les acquisitions étrangères font l’objet d’une surveillance très étroite. Favoriser l’attractivité de la France, certes, mais pas question pour Bercy de desservir les intérêts nationaux. Ainsi, en 2020, 275 opérations ayant trait à des activités stratégiques ont été soumises à un examen préalable, au titre du contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Ce dispositif a été substantiellement renforcé dans le cadre de la loi Pacte de mai 2019, en accentuant les pouvoirs de sanction du ministère de l’Économie et en élargissant la liste des secteurs considérés comme sensibles.

L’alternative des fonds français : le cas d’HLD Europe et Photonis

De sorte que Bercy peut être amené à opposer son refus, comme en décembre dernier dans le cas du projet de rachat de Photonis, spécialiste de la vision nocturne, par l’américain Teledyne. Le député Julien Aubert, dans un courrier adressé au Premier ministre, avait dénoncé « le risque d’une aspiration du savoir-faire technologique de Photonis ». Depuis plusieurs années, l’inquiétude suscitée par la perte potentielle d’actifs stratégiques est d’ailleurs transpartisane. Avec la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric, en toile de fond, 17 députés LReM, LFI, LR et UDI avaient cosigné une tribune, dès novembre 2019, pour demander au Gouvernement d’adopter une « approche souveraine » sur le sort de Photonis et Latécoère. Concernant Photonis, une solution alternative a été trouvée par le truchement d’une offre de HLD Europe, la société française de private equity créée par Jean-Bernard Lafonta. En se portant acquéreur auprès d’Ardian à hauteur de 370 millions d’euros, HLD Europe a mis fin au feuilleton Photonis. De quoi permettre à la pépite basée à Mérignac, premier employeur privé de Corrèze grâce à son site de Brive-la-Gaillarde, de conserver son drapeau tricolore et d’ambitionner de doubler, voire tripler, son chiffre d’affaires d’ici cinq à dix ans.

Ce n’est pas une première pour HLD Europe, dont l’horizon d’investissement ne souffre pas de contrainte de temps.  En effet, HLD Europe a acquis, en 2018, 60 % du capital de Rafaut, concepteur notamment des systèmes d’emport de missiles et de carburant du Rafale. Sans compter, cette année, le rachat du français Microwave Vision Group (MVG), leader mondial des systèmes de mesures d’antennes. L’une des priorités de HLD Europe est de diversifier les technologies de défense vers les applications civiles, qui offrent d’importants relais de croissance.

Toujours est-il que l’affaire Photonis a conduit le gouvernement français à lancer un Fonds Innovation Défense (FID), venant compléter les instruments existants tels que DefInvest, le French Tech Seed et le Fonds pour l’Innovation et l’Industrie (FII). En espérant voir émerger, à terme, un « In-Q-Tel à la française » ?

© www.abcbourse.com

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