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Le coronavirus pèse sur les récoltes en Europe, faute de saisonniers


Actualité publiée le 25/03/20 14:47

Thomas Syring, un agriculteur allemand, dans ses champs d'asperges à Beelitz, à l'est de Berlin, le 23 mars 2020 (AFP/Tobias SCHWARZ)

Qu'elles soient servies avec du beurre fondu et du jambon, noyées dans de la sauce hollandaise ou coiffées d'un oeuf au plat, les asperges arrivant dans les assiettes allemandes et européennes annoncent d'ordinaire le printemps.

Mais cette année, le légume risque de se faire plus rare sur les tables en raison d'une pénurie de travailleurs saisonniers étrangers pour assurer la récolte liée aux restrictions de circulation provoquées par l'épidémie de coronavirus.

Mercredi, l'Allemagne a interdit l'entrée sur son territoire de ces travailleurs, malgré l'opposition des organisations agricoles du pays.

"Ces limitations sont indispensables pour ralentir la propagation de l'infection", a expliqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Cette interdiction s'applique même aux ressortissants des états membres de l'Union Européenne, notamment la Roumanie et la Pologne, qui fournissent le plus gros contingent de travailleurs saisonniers dans les exploitations agricoles allemandes.

- Champs déserts -


Des ouvriers agricoles dans un champ d'asperges à Senden, près de Coesfeld, dans l'ouest de l'Allemagne, le 20 mars 2020 (AFP/Ina FASSBENDER)

"En ce moment, nous n'avons que dix travailleurs saisonniers. Or nous aurions besoin de soixante personnes à temps plein pour tout ramasser", déplore Thomas Syring, exploitant agricole de Beelitz, une localité située près de Berlin et connue pour ses asperges.

"La situation est très tendue pour nous autres, agriculteurs", raconte celui dont les champs sont pratiquement vides depuis plusieurs jours.

Seuls quelques saisonniers arpentent ça et là son exploitation de 900 hectares, s'attelant à préparer la récolte des asperges, les recouvrant de bâches blanches, avant leur sortie de terre, prévue dans les prochains jours.

En majorité roumains, les travailleurs se rendant habituellement dans sa ferme sont dans l'impossibilité d'atteindre l'Allemagne, bloqués par la fermeture des frontières.


Dans un champ d'asperges d'une exploitation agricole à Beelitz, à l'est de Berlin, le 23 mars 2020 (AFP/Tobias SCHWARZ)

Cette situation est loin d'être isolée: seule la moitié des 5.000 travailleurs étrangers normalement embauchés dans la région à cette période de l'année sont sur place, selon les organisations locales de producteurs.

L'Allemagne accueille chaque année près de 300.000 saisonniers étrangers pour son secteur agricole, totalement dépendant de cette main d'oeuvre, selon Udo Hemerling, secrétaire général de la DBV, principale organisation agricole du pays.

Les paysans doivent assurer les récoltes de plusieurs cultures maraîchères et fruitières essentielles dans les prochaines semaines, dont les fraises et les asperges.

- Suisse et Autriche -

Le problème se retrouve dans de nombreux pays européens avec l'arrivée du printemps et concerne toutes sortes de récoltes.

En Suisse, où les travailleurs saisonniers doivent désormais disposer d'un permis de séjour pour être recrutés, les organisations agricoles se sont récemment inquiétées. Quelque 33.000 étrangers travaillent chaque année dans les champs du pays.

En Autriche, une plateforme de recrutement pour les intérimaires ayant perdu leur travail à cause du coronavirus a été lancée par le gouvernement pour recruter des saisonniers en urgence.


Récolte de choux-fleurs près de Béthune, dans le nord de la France, le 24 mars 2020 (AFP/DENIS CHARLET)

Face à la situation, la ministre allemande de l'Agriculture Julia Klöckner a émis l'idée de faciliter l'emploi des personnels de la restauration, des chômeurs mais également des migrants pour prêter main forte aux agriculteurs.

Lundi, le gouvernement a annoncé un allègement de certaines obligations administratives et sociales pour l'embauche des saisonniers sur le marché du travail allemand, et a mis en place une plateforme en ligne mettant en relation demandeurs d'emplois et exploitants agricoles.

Le secteur a besoin de "30.000 personnes" immédiatement et "85.000 en mai", selon elle.

Mais les agriculteurs redoutent que l'apprentissage du métier ne prenne trop de temps.

"Si pour un Roumain ou un Polonais entraîné depuis des années je dois embaucher cinq Allemands, ce n'est pas la peine", déplore Thomas Syring.

En France, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a lancé mardi un appel "à l'armée des hommes et des femmes" qui "n'ont plus d'activité" en raison de la crise du coronavirus, "à rejoindre la grande armée de l'agriculture française", elle aussi en quête de main-d'oeuvre.

burx-fcz/yap/sba

© 2020 AFP

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9 commentaires sur cet article. Participez à la discussion.

alain_spam


25/03/20 14:54
Ça c'est sûr qu'en payant les saisonniers au lance-pierre avec des conditions d'hébergement merdiques, à se casser le dos pour 3 francs 6 sous ils vont avoir du mal à recruter......
Pictou


25/03/20 15:20
les Français achèteront aux chinois pour ne pas crever de faim, on verra si s'ils acceptent d'être payés au lance pierre avec du papier recyclé par les banques, ou si ces derniers préfèrent acheter nos terres, et y faire travailler les Français comme ils font en Afrique.
0PHENIX0


30/03/20 10:32

Les verrouillages à grande échelle pour contenir l'épidémie de coronavirus ont nui à l'approvisionnement en main-d'œuvre et perturbé les chaînes d'approvisionnement dans l'industrie agricole.
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, le monde risque de connaître une "crise alimentaire imminente" si des mesures ne sont pas prises rapidement pour protéger les plus vulnérables, maintenir en vie les chaînes d'approvisionnement alimentaire mondiales et atténuer les effets de la pandémie sur l'ensemble du système alimentaire.
Pour l'instant, les perturbations sont minimes car les approvisionnements alimentaires ont été suffisants. Mais les flambées de prix sont plus probables pour les produits de plus grande valeur comme la viande et les denrées périssables que pour les principaux produits de base qui sont encore en quantité suffisante, selon la FAO.

gars d'ain


30/03/20 10:48

Et en plus, on jette de qui est ramassé...


J'ai comme infos que des producteurs, vendeurs de fraises de carpentras, ont été obliger de jeter des invendus....

La fraise se conserve très peu de temps, et ça finit souvent mal pour les invendus...


Dans le même style, ma 2ème boulangerie a licencié tous ses salariés pour assurer sa survie. Très forte vente les premiers jours du confinement, puis chute des ventes alors qu'ils produisaient plus. Ils ont jeté pleins de pains du coup en surproduction...


et depuis, l'entreprise vivote avec une chute des ventes de plus de -50% et environ -70% sur la pâtisserie viennoiserie...

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