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Retraite des fonctionnaires US, une faillite à plus de 1000 milliards de dollars...

Par Vincent Benard, le 30/08/2010

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Partir en retraite à 50 ans avec une retraite égale ou supérieure à un dernier salaire de Nabab, qui n'en rêve pas ?

Et non, ce n'est pas en Grèce...

Et bien, dans certains états américains, si vous êtes fonctionnaire, c'est possible. On n'imagine pas à quel point les USA ont été sournoisement socialisés par leurs syndicats d'employés publics. Le journaliste Steve Greenhut a longuement évoqué cette vampirisation croissante de l'économie américaine par les syndicats publics.

Seul problème : ces retraites idylliques ne sont pas provisionnées. Pour comprendre ce qui se passe, quelques retours sur le système de retraite américain s'imposent.

Pour tous les salariés des USA, la retraite se compose d'un premier pilier, le régime "général" appelé là-bas "social security", financé par une taxe sur les salaires ("payroll tax") de deux fois 6.5% payée à la fois par les salariés (nos cotisations "salariales") et les employeurs ("patronales"). La social security est un système par répartition, les américains disent "pay as you go". Malheureusement, il est aussi à "prestations définies" plutôt qu'à cotisations définies et est donc structurellement insolvable à long terme. Mais ce n'est pas de ce régime général que viennent les soucis des états fédérés et de leurs fonctionnaires.

La relative modicité de la payroll tax a une contrepartie : les prestations définies par la social security sont modestes, aux standards américains s'entend. Aussi une grosse moitié des salariés US a-t-il souscrit à un second pilier, les fonds de pension, qu'ils alimentent soit sur leur salaire, soit, comme c'est le cas pour la plupart des fonctionnaires et des gros employeurs privé, par un abondement de leur employeur.

Des projections à long terme totalement irréalistes

C'est là que le bât blesse : nombre de gros employeurs ont imprudemment assorti, dans les années fastes, ces fonds de pensions de prestations définies à l'avance, prestation dont le calcul était basé sur des espérances de rendement totalement irréalistes.

Ainsi par exemple, Bloomberg nous rapporte que les rendements ayant servi aux calculs des pensions de gros fonds de pensions de fonctionnaires texans et californiens étaient totalement déconnectés des performances réels de ces fonds, et que la chute des marchés consécutive à la crise n'a fait qu'aggraver la situation : certains envisageaient un rendement de 8% par an quand ils ont fait 2,6% en moyenne sur 10 ans (fond des enseignants du Texas)...

Pour vous donner une idée, des retours sur investissement annoncés de 7.5 à 8% semblaient monnaie courante chez les fonds de pensions publics, alors que le propre fonds de pension des employés de Warren Buffet (à cotisation définies, d'ailleurs), affiche une performance de long terme de 6.9%.

Le résultat est que TOUS les états fédérés, absolument tous, ont un système de pensions de leurs fonctionnaires insuffisamment provisionné. Il est à noter que quelques grandes sociétés privées ont été dans la même situation, et ont le plus souvent fait faillite -cas des grandes compagnies aériennes-, ou ont dû arracher à leur syndicats des mutations importantes du système, et notamment un passage de systèmes à prestations définies à un système à cotisations définies sans obligation de résultats. Sans oublier General Motors, plombé par le déficit abyssal de son fonds de pension, et sauvé par le contribuable américain.

La carte du désastre

Mike Shedlock a publié en avril une carte interactive du Sous financement des régimes de retraites publics dans les états. Le cas le plus éloquent est celui de l'Illinois, dont le financement des retraites n'est assuré qu'à... 29%. En valeur absolue, et sans surprise, c'est la Californie, maintes fois évoquée dans ce blog, qui tient la palme du sous-financement. L'Illinois et la Californie sont considérés, au plan mondial, comme les 8èmes et 10èmes dettes "souveraines" les moins sûres.

Selon Bloomberg, le sous-financement de tous les régimes définitaires nécessiterait mille milliards de dollars de refinancement, mais le magazine économique Barrons parle de 2000 milliards, en tenant compte des pertes futures probables. L'American Enterprise Institute, avec d'autres hypothèses de rendement et de durée de pensionnement moins favorables, crise oblige, évoque un trou supérieur à 3000 milliards, soit environ 22% du PIB US. Notons que ces sommes devraient être trouvées sur plusieurs décennies, mais que dans l'état actuel des recettes fiscales des états, il n'est pas impossible que l'insolvabilité des fonds de pension publics de certains états les mettent en situation de cessation de paiement très prochainement.

Or, les états doivent, de par la loi, garantir les fonds de pension de leurs fonctionnaires. Pour ce faire, ils se sont dotés d'un organisme mutualiste, le PBGC, supposé assurer les pertes de certains fonds. Mais face à l'ampleur de la crise, le PBGC n'aura pas assez de fonds pour garantir quoi que ce soit.

Certains états se sont donc lancés dans une véritable opération de cavalerie financière en émettant des bons (garantis par leurs contribuables) pour combler les trous de leurs régimes de retraite (cf. Bloomberg). Mais du coup, c'est leur dette qui explose. D'ailleurs, nombre d'associations de contribuables sont à juste titre vent debout contre ces pratiques qui reviennent à prélever un impôt supplémentaire sur tout un chacun, et donc sur les employés du privé, pour financer des retraites dorées sur tranches aux salariés du public.

Or, une part importante des revenus des états fédérés provient d'une "real estate tax", ou taxe foncière, assise sur la valeur des propriétés, laquelle, crise oblige, a fondu. Les états ne peuvent donc pas compter sur des recettes en hausse pour combler le trou de leurs régimes de retraite ou rembourser les bons émis pour ce faire.

La faillite, nous voilà !

Naturellement, tous les états se tournent vers l'état fédéral dans l'espoir d'un sauvetage. Seul gros problème : l'état fédéral n'est pas, budgétairement parlant, au mieux de sa forme, avec des recettes égales à 14% du PIB pour des dépenses égales à 23% (! !), et un "défaut de recettes fiscales" évalué par le FMI à... 14% pour non seulement cesser de creuser la trappe à dettes mais aussi permettre de faire face aux obligations futures, et notamment aux versements du système de retraites général. Autrement dit, l'état fédéral devrait doubler ses recettes fiscales pour pouvoir équilibrer son budget non seulement actuel, mais ses budgets futurs, ce qui est économiquement et politiquement inenvisageable.

Bref, même s'il n'est pas encore en situation de cessation de paiement, l'état américain est en situation d'insolvabilité latente qui exige une restructuration plus que drastique de ses activités et de ses dépenses.

Cela n'empêche pas plusieurs sénateurs démocrates, dont ceux de l'Illinois, quelle surprise, de sponsoriser une loi de "sauvetage" des retraites, loi "Casey" (D., Pensylvanie), qui aurait pour but de mettre à la charge de l'état fédéral toutes les pertes du PBGC. Irresponsabilité, incompétence... Les mots manquent pour qualifier un tel projet.

Naturellement, cette proposition de loi fait bondir nombre d'observateurs et d'associations de contribuables, puisqu'elle reviendrait à mettre à la charge de tous les contribuables le retiendrait de toute volonté de réformer le système, transformant de facto les contribuables du secteur privé en esclaves des employés syndiqués de la fonction publique.

Les systèmes à prestations définies sont voués à la faillite

Mike Shedlock estime que la plupart des collectivités devraient se déclarer en faillite pour rendre caducs tous les accords antérieurs avec les syndicats et obliger ceux-ci à renégocier des contrats à cotisations définies plutôt qu'à prestations définies. C'est une suggestion de simple bon sens. Mais les syndicats de fonctionnaires sont vent debout contre toute proposition de réforme de leur système de pensions, tellement avantageux tant que quelqu'un d'autre paie.

Toute ressemblance avec un pays que nous connaissons mieux serait fortuite.

La faillite des fonds de pension publics américains nous montre que la capitalisation, si elle n'est pas assortie de précautions, n'est pas la garantie absolue contre la faillite des systèmes de retraite. La première ornière dont tout système de retraite -répartition ou capitalisation- se doit de sortir est celle des systèmes à prestations définies, pour évoluer vers des systèmes où seules les cotisations sont définies, où le gestionnaire, solidement supervisé, s'engage à faire de son mieux, mais sans la moindre obligation de résultat final ni la moindre garantie publique sur ces résultats.

Vincent Benard

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