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L'Italie paie moins cher sa dette que la France


Actualité publiée le 07/07/25 09:13

C’est une petite ligne sur les marchés, mais un symbole retentissant dans les couloirs du pouvoir européen. Vendredi 4 juillet, le taux des obligations italiennes à 5 ans (les BTP) est passé sous celui des OAT françaises, à respectivement 2,65 % contre 2,67 %. Un écart certes minime, mais porteur d’un message clair : Rome inspire désormais plus de confiance que Paris auprès des investisseurs.

Cette inversion, inédite depuis 2005, n’est pas qu’une curiosité statistique. Elle traduit une dynamique profonde : les pays du Sud de l’Europe paient de moins en moins pour se financer, tandis que la France voit son coût d’emprunt grimper. Ce n’est plus une exception ponctuelle : sur les obligations à 10 ans aussi, l’écart se réduit dangereusement. En juillet 2024, la France empruntait 0,7 point de moins que l’Italie. Aujourd’hui, l’écart n’est plus que de 0,16 point. Et Rome pourrait bientôt la dépasser là aussi.

Pourquoi les taux italiens sont-ils en chute libre ?

À l’origine de ce revirement spectaculaire, un changement de perception sur les marchés vis-à-vis de la dette italienne. Longtemps jugée fragile, elle bénéficie aujourd’hui d’un regain de confiance alimenté par plusieurs facteurs :

  • Une stabilité politique inattendue sous Giorgia Meloni, dont la ligne économique est jugée « pro-marchés » par les investisseurs.
  • Une note relevée par S&P à BBB+ en avril, et des perspectives jugées positives par Fitch et Moody’s
  • La promesse de surplus budgétaires permettant à Rome de racheter ses obligations de moyen terme, réduisant ainsi son stock de dette.
  • Un spread BTP/Bund allemand au plus bas depuis 15 ans, passé de 1,3 à 0,9 point en un mois seulement.

L’Italie affiche une stabilité qui renforce la qualité de son crédit , un jugement que les agences de notation semblent partager, et qui se reflète directement dans les taux.

Comment la France s’est retrouvée distancée

Du côté de la France, la dynamique est bien différente. Certes, les investisseurs continuent d’acheter de la dette tricolore, considérée comme très liquide. Mais la note (AA-) et le contexte politique ne rassurent plus autant. La dissolution surprise de 2024 a fait bondir le spread avec l’Allemagne, même si celui-ci s’est depuis un peu resserré à 0,7 point.

Surtout, les signaux d’alerte s’accumulent : déficit public estimé à 5,4 % du PIB en 2025, mise en garde de la Cour des comptes contre un effet « boule de neige » des intérêts sur la dette, et incertitude politique persistante, alors qu’une motion de censure contre le gouvernement Bayrou menace le vote du prochain budget.

« Des efforts supplémentaires vont être nécessaires », prévient l’article. La France conserve certes une prime de liquidité et une rémunération élevée pour sa note, mais ces avantages s’effritent face à une perte de crédibilité budgétaire.

Une nouvelle hiérarchie obligataire européenne est-elle en train de naître ?

La convergence des taux n’est pas qu’une affaire franco-italienne. L’Espagne (3,22 %), le Portugal (3,04 %) et même la Grèce (3,28 % le 4 juillet) bénéficient de rendements très proches, voire inférieurs, à ceux de la France à 10 ans (3,28 %). Les investisseurs sanctionnent désormais les perspectives budgétaires incertaines, pas le passé économique.

Dans ce contexte, l’Italie fait figure de nouveau bon élève. Ce basculement fragilise un peu plus l’ancienne hiérarchie nord-sud au sein de la zone euro. Et place Paris face à un impératif de stabilité politique et de rigueur budgétaire si elle veut regagner la confiance des marchés.

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