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Venezuela: "cinq heures" de queue pour payer avec la cryptomonnaie nationale


Actualité publiée le 29/12/19 10:43

Des Vénézuéliens font la queue dans un magasin acceptant le paiement en "Petro", le 28 décembre 2019 à Caracas (AFP/Yuri CORTEZ)

"C'est une mascarade!", s'étrangle Leonor. Depuis cinq heures, cette retraitée fait le pied de grue devant un magasin de Caracas dans l'espoir de payer avec le demi-Petro, une cryptomonnaie vénézuélienne, que Nicolas Maduro a octroyée aux retraités pour Noël.

Au Venezuela, faire la queue n'est pas inhabituel. Entre 2014 et 2018, la grave pénurie de nourriture qui touchait le pays aux réserves de pétrole gargantuesques forçait les Vénézuéliens à s'armer de patience pour s'approvisionner.

Depuis le début de l'année, oeufs, fruits et viande sont de nouveau disponibles dans les magasins. Mais c'est désormais aux stations-service que les files d'attente se forment à cause d'une pénurie d'essence et... devant les commerces qui acceptent les paiements en Petro, une cryptomonnaie lancée en février 2018 par le gouvernement socialiste.

Nicolas Maduro a promis un demi-Petro à tous les retraités et fonctionnaires pour Noël. Ce "bonus" équivaut à 30 dollars, un petit mieux dans ce pays où l'inflation des prix en bolivars (200.000% cette année, selon le FMI) se double d'une hausse des prix en dollars. Les paiements avec le billet vert sont en effet de plus en plus acceptés, voire encouragés.

Mais payer en Petro est une toute autre affaire. Selon des chiffres officiels, seuls 4.800 commerces dans tout le Venezuela disposent des terminaux nécessaires. D'où les files d'attente devant ces magasins et l'irritation de Leonor Diaz, une retraitée de 70 ans venue faire ses courses dans un supermarché de Caracas.

"C'est une humiliation. On se moque du peuple et surtout de nous, les personnes du troisième âge. On n'est pas capables de faire la queue pendant cinq, six, sept heures", s'échauffe-t-elle.

-"Merveille" ou "arnaque"?-


Un panneau indique la possibilité pour les clients d'un magasin vénézuélien de payer en "Petro",le 28 décembre 2019 (AFP/Yuri CORTEZ)

En annonçant la création du Petro fin 2017, Nicolas Maduro entendait en faire la "première cryptomonnaie souveraine du monde". Les économistes voient surtout une tentative de contourner les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis contre Caracas.

Pour payer en Petro existent deux solutions: un système biométrique qui fonctionne avec les empreintes digitales ou une application pour portables.

Dans un grand magasin de Caracas, Doris Lozada, fonctionnaire de 55 ans, attend pour s'acheter un pantalon et de la nourriture en Petro, mais elle trouve l'application "compliquée".

Et dans le supermarché où Leonor Diaz fait la queue, le système de paiement biométrique rencontre des difficultés et la file d'attente s'allonge encore plus. Pas de quoi échauder Rafael Espinoza, un retraité de 66 ans qui fait lui aussi la queue. Le Petro "c'est bien (...). C'est grâce à notre président", dit-il.

Publicité sur Twitter, panneaux publicitaires disposés en bord de routes... le gouvernement ne lésine pas pour vanter les avantages du Petro. "Le Petro est une merveille, un miracle (...). C'est une expérience unique et extraordinaire", a encore écrit Nicolas Maduro sur Twitter samedi.

Les économistes sont plus sceptiques. Asdrubal Oliveros du cabinet Ecoanalitica considère que le Petro n'est pas une vraie cryptomonnaie mais "un monstre".

Le gouvernement entend imposer le Petro "par la force" dans un contexte d'hyperinflation où la confiance dans l'économie et les finances est "de zéro", estime-t-il.

"Le résultat, c'est que la majorité des Vénézuéliens ne veut pas du Petro et les retraités et les fonctionnaires en subissent les conséquences", explique-t-il.

Et l'avenir international du Petro semble compromis. Washington interdit les transactions dans cette cryptomonnaie et, à l'inverse du Bitcoin et d'autres, elle n'est pas disponible sur les plateformes d'achats. Certains sites d'évaluation comme Icoindex.com le qualifient même d'"arnaque".

© 2019 AFP

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