
Nul doute que la transition énergétique n’est plus seulement une question environnementale pour les États et les entreprises. Elle constitue désormais un enjeu majeur dans la compétition économique et technologique que se livrent la Chine, les États-Unis et, dans une moindre mesure, l’Europe. Ce contexte favorise la renaissance du nucléaire, malgré les traumatismes laissés par les catastrophes de Tchernobyl en Ukraine et de Fukushima au Japon.
Il ne s’agit plus uniquement de construire de grandes centrales, coûteuses et complexes à gérer de l’amont à l’aval. Une technologie suscite aujourd’hui un intérêt croissant : les SMR (Small Modular Reactors), de petits réacteurs de nouvelle génération dont les projets se multiplient à travers le monde. L’essor de l’intelligence artificielle, qui alimente fortement la demande d’électricité, constitue un argument supplémentaire pour attirer les investissements et inciter certaines entreprises du secteur à se tourner vers les marchés financiers afin de financer leur développement.
Ces réacteurs attisent les convoitises, au point que l’administration de Donald Trump intervient directement dans le capital de certains acteurs du secteur. Une implication qui souligne le caractère stratégique du nucléaire dans la recherche de souveraineté énergétique.
Le nucléaire favorisé par le contexte géopolitique
Le nucléaire a progressivement retrouvé de l’intérêt à la sortie de la crise du Covid. Cet engouement s’est amplifié dès les premiers jours du conflit russo-ukrainien, véritable accélérateur pour l’atome. L’Europe, très dépendante de ses approvisionnements en gaz russe, a alors pris pleinement conscience de sa fragilité énergétique. Une situation qui a contribué à remettre le nucléaire au centre du débat.
Les réacteurs classiques viennent naturellement à l’esprit, mais leur construction nécessite généralement des délais particulièrement longs. Les SMR suscitent au contraire des espoirs en raison d’une mise en production potentiellement plus rapide. De nombreux investissements sont déjà engagés aux États-Unis comme en Chine.
L’Empire du Milieu considère le nucléaire comme un axe prioritaire pour réduire sa dépendance au pétrole et au gaz tout en accompagnant son développement économique. Dans le même temps, les États-Unis cherchent à reprendre la main sur une industrie qu’ils avaient largement délaissée après l’accident de Three Mile Island. Face à une Russie historiquement très présente dans les technologies nucléaires, les deux premières puissances économiques mondiales entendent renforcer leur souveraineté énergétique tout en défendant leurs intérêts géopolitiques et industriels.
L’intelligence artificielle et la transition énergétique portent les SMR
Deux raisons structurelles soutiennent les investissements dans les SMR. La première tient à la croissance de la demande d’électricité liée à l’intelligence artificielle. Les dépenses d’investissement dans les data centers continuent d’augmenter, entraînant des besoins énergétiques considérables. Cette tendance devrait rester soutenue alors que les États-Unis entendent conserver leur avance face à la concurrence chinoise. En plus de produire une électricité faiblement carbonée, les SMR présentent plusieurs caractéristiques adaptées aux besoins des data centers : production continue, stabilité du réseau, absence d’intermittence, capacité de pilotage de la production et possibilité d’une implantation relativement proche des centres de données.
La seconde raison structurelle réside dans les objectifs de transition énergétique. Les besoins d’électrification bas carbone sont considérables dans les transports, l’industrie et les services. À ce titre, les SMR, moins gourmands en surface, pourraient être déployés dans des environnements variés, qu’ils soient urbanisés, semi-urbanisés ou isolés. Ils peuvent également trouver des applications dans la production d’hydrogène ou la récupération de chaleur, ouvrant des perspectives au-delà de la seule production d’électricité.
Les opportunités se concentrent pour l’instant aux États-Unis
Les opportunités boursières actuelles se trouvent essentiellement sur le marché américain. NuScale Power (SMR) fait figure de pionnier dans cette technologie et a été la première entreprise à obtenir une approbation de conception auprès de la NRC, l’autorité américaine de sûreté nucléaire. Le groupe a toutefois traversé une phase délicate après l’annulation du projet UAMPS dans l’Idaho et les difficultés rencontrées autour du projet de Doicești en Roumanie.
Son concurrent Oklo (OKLO) n’est pas en reste et développe des micro-réacteurs destinés notamment aux data centers, à travers des partenariats stratégiques avec des entreprises technologiques et industrielles. BWX Technologies (BWXT) bénéficie pour sa part d’un long savoir-faire dans les composants nucléaires et travaille notamment avec la marine américaine. Dans une logique de diversification, l’entreprise développe également ses activités dans la médecine et l’industrie lourde tout en restant étroitement liée aux technologies nucléaires.
En Europe, les stigmates de la catastrophe de Fukushima restent présents. L’Allemagne n’a, jusqu’à présent, pas esquissé de retour vers cette énergie. La France apparaît ainsi relativement isolée et doit parallèlement composer avec d’importants besoins de financement pour moderniser et renouveler son parc nucléaire.
En conclusion, les SMR présentent des atouts indéniables alors que les États cherchent à renforcer leur souveraineté énergétique et économique. Leur développement reste néanmoins confronté à plusieurs obstacles, notamment en matière de financement, de réglementation et de sûreté des installations. Autant de défis qui pourraient inciter les investisseurs à la prudence, car les projets en cours restent susceptibles de subir des retards ou des reports, avec un impact direct sur leur rentabilité. Face à une Chine qui investit massivement dans le secteur, les pays occidentaux ont-ils encore le luxe d’attendre ?