Pendant plus de vingt ans, le pétrole vénézuélien a constitué bien davantage qu’une simple source d’énergie pour Cuba. Il a été un amortisseur macroéconomique, un outil de stabilité sociale et un pilier géopolitique de l’architecture régionale anti-américaine construite autour de La Havane et Caracas.
L’intervention américaine au Venezuela et la chute de Nicolás Maduro ont profondément modifié cet équilibre. En frappant le cœur pétrolier du système chaviste, Washington a indirectement exposé l’une des vulnérabilités les plus critiques de l’économie cubaine.
Cuba est, par nature, un pays énergétiquement dépendant. Son économie nécessite environ 110 000 barils de pétrole par jour pour fonctionner. L’île produit localement près de 40 000 barils par jour de brut lourd, très riche en soufre et en métaux, principalement destiné à alimenter un parc de centrales thermiques vieillissantes.

Le volume de production pétrolière est resté relativement stable entre 2003 et 2014, oscillant entre 50 000 et 60 000 barils par jour, avant de chuter à 33 000 barils par jour en 2023. Parallèlement, la consommation s’élevait à 118 000 barils par jour en 2023, contre 189 000 barils par jour en 2010
Cette production domestique ne suffit ni en volume ni en qualité à répondre aux besoins du pays, notamment pour le transport, l’industrie et la stabilité du réseau électrique.
Historiquement, le Venezuela a comblé une large partie de ce déficit. Même dans sa version récente et dégradée, Caracas fournissait encore environ 35 000 barils par jour à Cuba. Ces barils n’étaient pas de simples importations : ils arrivaient à des conditions financières exceptionnellement favorables, réduisant drastiquement la facture énergétique cubaine et, surtout, son besoin de devises.
Des sources au ministère cubain de l’Énergie rapportent déjà une multiplication des blackouts, avec des durées excédant 12 heures dans plusieurs provinces, illustrant la précarité d’un régime qui dépendait largement de cette aide fraternelle pour maintenir son économie à flot.
De Chávez à l’ALBA : le pétrole contre les services
La genèse de cette relation remonte à 1999, avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez. Inspiré par la révolution cubaine et proche de Fidel Castro, Chávez fait du pétrole un instrument de solidarité idéologique.
En 2000, un accord de coopération énergétique est signé : le Venezuela fournit du pétrole à Cuba à des conditions concessionnelles, tandis que La Havane envoie des milliers de médecins, infirmiers, enseignants et conseillers.
Cette relation est institutionnalisée en 2004 avec la création de l’ALBA, pensée comme un contre-poids à l’influence américaine en Amérique latine. Entre 2005 et 2013, le Venezuela livre jusqu’à 115 000 barils par jour à Cuba, couvrant près de 60 % des besoins énergétiques de l’île. Ce pacte, renforcé par la création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004, a permis à La Havane de compenser les effets persistants de l’embargo américain, en vigueur depuis 1960.
Les termes de l’accord étaient particulièrement avantageux pour Cuba : le pétrole était facturé à des prix bien en deçà du marché, avec des options de paiement différé ou en nature via des services.
En retour, des milliers de médecins cubains, plus de 50 000 au pic en 2010, selon un rapport du ministère cubain de la Santé publique, ont été déployés au Venezuela pour des missions gratuites dans les barrios pauvres.
Des enseignants et des entraîneurs sportifs ont suivi, renforçant l’influence culturelle de l’île. Chávez, lors d’un sommet ALBA à Caracas en 2012, avait qualifié cet échange de « modèle de solidarité socialiste contre l’impérialisme », soulignant comment il permettait à Cuba de résister aux sanctions américaines tout en aidant le Venezuela à bâtir un système de santé inclusif.
Le pétrole devient alors une véritable subvention extérieure, permettant à l’économie d’État cubaine de fonctionner malgré une faible productivité et un accès très limité aux marchés financiers internationaux.
Un pilier politique autant qu’économique
L’échange ne se limite pas à l’énergie. Après la tentative de coup d’État contre Chávez en 2002, Caracas doute de la loyauté de ses forces armées. Cuba intervient massivement dans l’appareil sécuritaire vénézuélien : conseillers militaires, encadrement des services de renseignement, protection présidentielle. Le pétrole finance donc aussi une alliance de survie politique, où chaque baril contribue indirectement à la stabilité des deux régimes.
L’érosion progressive du modèle (2014-2024)
La mort de Chávez en 2013 marque un tournant. Sous Maduro, le Venezuela entre dans une crise profonde, aggravée par l’effondrement des prix du pétrole en 2014, le sous-investissement chronique de PDVSA et les sanctions américaines.
Cela a engendré une chute de la production pétrolière de 3 millions à moins de 800 000 barils par jour en 2025, et a réduit les livraisons. Des données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour 2024 indiquent que Cuba ne recevait plus que 40 000 barils en moyenne, forçant l’île à importer du brut russe et mexicain à des coûts plus élevés.
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, avait admis lors d’une conférence de presse à La Havane en octobre 2025 que « les difficultés de nos frères vénézuéliens impactent directement notre souveraineté énergétique ».
À partir de 2016, les livraisons à Cuba chutent, passant progressivement de 100 000 à environ 50 000 barils par jour, puis à 35 000 barils.
Pour Cuba, cette baisse n’est pas linéairement absorbable. Elle révèle la fragilité d’un système énergétique vétuste, sans stocks significatifs ni capacité d’ajustement rapide. Les pénuries de carburant deviennent récurrentes, les coupures de courant se multiplient et l’activité économique s’en ressent fortement dès 2024.
Avec la capture de Maduro et le gel des exportations vénézuéliennes, Cuba se retrouve brutalement exposée. Le 5 janvier 2026, le président Miguel Díaz-Canel a convoqué une réunion d’urgence du Conseil des ministres, où il a ordonné un rationnement accru des carburants et de l’électricité.
Des rapports internes, relayés par l’agence d’État Prensa Latina, font état d’une réduction de 50 % dans la génération électrique, les centrales thermiques, qui dépendent à 95 % du pétrole importé, fonctionnant au ralenti. À Santiago de Cuba, des manifestations sporadiques ont éclaté le 5 janvier, avec des résidents protestant contre les coupures prolongées qui affectent les réfrigérateurs et les pompes à eau.
L’économie cubaine, déjà fragilisée par une inflation à 31 % en 2025 selon la Banque centrale de Cuba, risque une contraction supplémentaire. Le tourisme, pilier représentant 10 % du PIB, souffre des pannes qui perturbent les hôtels et les transports. Des hôtels à Varadero ont rapporté des annulations massives, avec des touristes canadiens et européens citant les instabilités énergétiques.
Le tourisme à Cuba était déjà fragilisé par la pandémie, les sanctions américaines et la crise économique que traverse le pays. L'année dernière, le pays n'a accueilli que 1,8 million de visiteurs internationaux, contre 4,7 millions en 2018. Le tourisme constituait l'une des trois principales sources de devises étrangères pour Cuba, avec les transferts de fonds et les missions médicales (deux autres secteurs actuellement en déclin).
L’agriculture, quant à elle, dépend des tracteurs et des pompes diesel ; des agriculteurs dans la province de Pinar del Río ont signalé des pertes de récoltes dues à l’absence d’irrigation, aggravant les pénuries alimentaires chroniques.
Le régime cubain a activé des protocoles d’urgence, incluant l’importation accélérée de générateurs solaires chinois, mais les contraintes budgétaires limitent ces efforts. Un accord avec Pékin, signé en décembre 2025 lors d’une visite de Díaz-Canel, prévoit la livraison de 5 000 panneaux solaires, mais les délais de transport, estimés à deux mois, ne résolvent pas la crise immédiate.
Par ailleurs, des négociations avec le Mexique pour 20 000 barils par jour ont été entamées, mais la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a conditionné cela à des paiements en devises, que Cuba peine à mobiliser en raison de ses réserves limitées à 10 milliards de dollars en 2025.
Toutefois, Le Mexique, a annoncé la suspension de ses livraisons après que Trump a menacé d'imposer des droits de douane sur les exportations mexicaines vers les États-Unis.
Les livraisons mensuelles de pétrole brut en provenance du Mexique permettaient à Cuba de produire suffisamment d'essence pour couvrir environ un mois de consommation, selon les calculs de Bloomberg.
Les importations de pétrole de l'île ont atteint zéro en janvier pour la première fois depuis 2015, selon les données des rapports maritimes et de Kpler. Les volumes sont menacés depuis décembre, date à laquelle les États-Unis ont lancé un blocus naval pour traquer les navires de la « flotte noire » transportant du pétrole sous sanctions en provenance de pays comme le Venezuela et la Russie.
L’innovation géo-économique du choc 2026, ce n’est pas l’embargo au sens traditionnel ; c’est le fait de cibler l’incitation des pays tiers à commercer avec Cuba. Quand les coûts attendus (tarifs punitifs, représailles commerciales, risque réputationnel, complications bancaires et d’assurance maritime) deviennent supérieurs au gain, le marché se “retire” sans qu’il soit nécessaire d’interdire formellement.
Résultat : l’offre ne disparaît pas parce que le pétrole n’existe plus, mais parce que le réseau d’acteurs capables de l’acheminer (vendeurs, armateurs, assureurs, banques, traders) se contracte.
Dans ce cadre, l’énergie devient un outil de coercition beaucoup plus rapide que des sanctions financières classiques, parce qu’elle frappe immédiatement des variables physiques : électricité, transport, froid, eau, hôpitaux.
Un outil géo-économique a toujours un coût pour celui qui l’emploie :
- Risque d’accusation d’asphyxie humanitaire,
- Pression migratoire accrue (effet boomerang régional),
- Opportunité offerte à des rivaux de se poser en “sauveurs”,
- Tensions avec des partenaires (Mexique, CARICOM) si ceux-ci estiment subir une contrainte.
Mais l’énergie reste utilisée parce qu’elle a un avantage majeur : efficacité rapide et traçabilité faible (il suffit de décourager l’écosystème logistique et financier).
Des alternatives insuffisantes : Mexique et Russie
En effet, face au recul vénézuélien, Cuba s’était tourné vers d’autres fournisseurs. Du 1er janvier au 30 septembre 2025, le Mexique a expédié 19 200 barils par jour vers Cuba : 17 200 barils de pétrole brut et 2 000 barils de produits raffinés, selon le rapport le plus récent que la compagnie pétrolière d’État Petróleos Mexicanos a soumis à la Securities and Exchange Commission américaine, tandis que la Russie fournit environ 10 000 barils par jour.
Toutefois, Jorge Piñón, de l’Institut de l’énergie de l’Université du Texas à Austin, qui suit les expéditions de pétrole grâce à des services de suivi et à la technologie satellitaire, a communiqué des données similaires à l’Associated Press pour la même période. Il avait suivi 22 000 barils par jour et a indiqué que ce chiffre était tombé à 7 000 barils après la visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio à Mexico en septembre 2025.
Mais ces chiffres masquent une réalité essentielle : ces nouveaux flux ne bénéficient ni de la même souplesse financière ni du même degré d’intégration politique. Le pétrole mexicain, par exemple, reste exposé à la pression américaine, notamment après les signaux envoyés par Washington lors des visites diplomatiques de haut niveau à Mexico.
Depuis 2024, Cuba fait face à un déficit énergétique important, causé par le manque de production et d’importation du pétrole vénézuelien, mais aussi à cause de la vétusté de ces installations thermiques. Les importations mexicaines et russes ne suffisent pas à compenser ce manque.
Le mixte énergétique avec le solaire est en marche, notamment grâce à la Chine. Les sanctions américaines contre les deux pays compliquent leurs échanges économiques, mais la relation reste symboliquement forte, même si son impact concret diminue avec les crises internes des deux pays.
Le choc de 2026 intervient donc sur un système déjà fragilisé. La pression exercée par les États-Unis sur les fournisseurs potentiels de pétrole à destination de Cuba, combinée à l’arrêt des livraisons mexicaines et à la rupture des flux vénézuéliens, provoque une situation inédite : des périodes durant lesquelles l’île ne reçoit pratiquement plus de pétrole. Ce n’est pas un simple ralentissement logistique, mais une rupture de continuité énergétique.
Le premier canal de transmission est électrique. Le système de production repose sur des centrales thermiques anciennes, très dépendantes du fuel importé et de pièces de rechange. Lorsque le carburant manque, la production s’effondre et l’État bascule dans un rationnement massif de l’électricité.
Les coupures deviennent longues, quotidiennes, parfois supérieures à vingt heures par jour dans certaines régions. Cette intermittence énergétique détruit la productivité : usines à l’arrêt, commerces fermés, services publics réduits à des horaires minimaux. L’économie ne ralentit pas de façon linéaire ; elle fonctionne par à-coups, ce qui est bien plus destructeur.
Le deuxième canal est logistique. Sans diesel, les transports publics sont réduits, la distribution alimentaire devient erratique, les chaînes du froid sont rompues, l’agriculture mécanisée fonctionne au ralenti et l’industrie manque d’intrants.
Les pénuries ne sont pas seulement monétaires, elles sont physiques. Même lorsque la demande existe, l’offre ne peut plus être acheminée. Cela favorise l’émergence de marchés parallèles, la fragmentation territoriale de l’offre et une inflation alimentée par la rareté.
Le troisième canal, crucial, est celui des devises. Le tourisme constitue l’un des rares secteurs capables de générer des entrées régulières de dollars et d’euros. Or la crise énergétique touche directement l’aviation. Le manque de kérosène empêche l’avitaillement des avions sur le territoire cubain, conduisant à des annulations de vols, à des suspensions de lignes et à des stratégies de ravitaillement à l’étranger qui réduisent la viabilité économique des dessertes.
Le résultat est immédiat : chute du tourisme, baisse des recettes en devises, et donc incapacité accrue à financer les importations… y compris de carburant. La crise se referme sur elle-même.
À ce stade, la crise devient sociale. Les ménages subissent une triple pression. D’abord, la dégradation directe du quotidien : absence d’électricité, difficultés d’accès à l’eau, impossibilité de conserver les aliments, hôpitaux sous tension permanente.
Ensuite, l’inflation de pénurie : lorsque l’offre se raréfie et que la distribution se disloque, les prix montent, surtout pour les biens essentiels, et la monnaie locale se déprécie dans les circuits informels.
Enfin, la destruction de l’emploi : le tourisme, la restauration, les services et une partie de l’industrie s’arrêtent ou réduisent drastiquement leur activité, privant de revenus une population déjà fragilisée.
C’est dans ce contexte déjà fragile que l’intervention américaine au Venezuela intervient. La chute de Maduro ne constitue pas seulement un changement de régime à Caracas : elle désarticule l’axe énergétique régional qui soutenait Cuba depuis deux décennies. En coupant ou en gelant les flux pétroliers vénézuéliens, Washington frappe indirectement La Havane, sans confrontation directe.
Cette stratégie marque une rupture. Il ne s’agit plus de sanctions bilatérales isolées, mais d’une approche en réseau : frapper un nœud (le Venezuela) pour affaiblir un autre (Cuba). Les livraisons vénézuéliennes s’arrêtent presque totalement, tandis que les pressions américaines réduisent également la marge de manœuvre du Mexique.
L’énergie devient alors un instrument de pression géopolitique. En agissant sur l’accès au pétrole, il est possible de provoquer en quelques semaines une contraction économique que des sanctions financières mettraient des années à produire.
Cette rapidité explique pourquoi la contrainte énergétique est au cœur des rapports de force actuels autour de Cuba. Mais elle explique aussi pourquoi le risque humanitaire augmente très vite : dans une économie aussi dépendante des importations, couper l’énergie revient à couper l’accès aux soins, à l’alimentation et à la mobilité.
Un effet multiplicateur sur une économie déjà à bout
L’impact sur Cuba est immédiat et profond. L’énergie étant un facteur transversal, la pénurie amplifie toutes les fragilités existantes :
- Les recettes touristiques ont été divisées par trois depuis la pandémie,
- Les revenus issus des brigades médicales à l’étranger ont chuté de près de moitié depuis 2014,
- L’industrie sucrière, pilier historique du pays, s’est effondrée,
- Les tensions sociales se sont accentuées, comme l’ont montré les manifestations de juillet 2021.
Dans ce contexte, chaque baril manquant se traduit par moins de transport, moins de production, plus d’inflation et davantage de mécontentement social.
Le Centre officiel d'études de l'économie cubaine (CEEC) estime dans son rapport pour le second semestre de l'année dernière que le PIB de l'île s'est contracté de 5 % en 2025, ce qui signifie que l'économie nationale aurait chuté de plus de 15 % depuis 2020.
Le régime cubain n'a pas encore publié de chiffres officiels, mais le président Miguel Díaz-Canel a récemment déclaré que le PIB avait reculé de 4 % au cours des trois premiers trimestres de l'année.
« L’économie s’est contractée davantage au cours de l’année, consolidant ainsi une situation de stagnation et d’absence de reprise », indique le document, soulignant la baisse des revenus extérieurs, le recul du tourisme et la détérioration de la situation énergétique dans un contexte international défavorable et sous la pression accrue des États-Unis.
Le texte souligne également « l’absence de réformes structurelles et macroéconomiques substantielles » sur l’île, tout en reconnaissant que le déficit budgétaire a été réduit « à des niveaux considérés comme gérables ».
« La dynamique de l’économie cubaine en 2025 était cohérente avec l’utilisation d’un modèle économique obsolète, dépourvu de mécanismes efficaces pour actionner les leviers de transformation d’une réalité nécessitant des changements structurels et une capacité d’adaptation renouvelée », indique le rapport. Le CEEC souligne également que la crise énergétique a agi comme un « moteur pour les autres secteurs ».
Une dépendance réduite… mais plus dangereuse
Paradoxalement, Cuba dépend aujourd’hui moins du Venezuela en valeur absolue qu’il y a vingt ans. La Chine est devenue son premier partenaire commercial, devant l’Union européenne, le Canada et le Venezuela. Mais cette dépendance réduite est devenue plus périlleuse : le pétrole vénézuélien, même minoritaire, reste le seul historiquement intégré au système énergétique cubain et fourni à des conditions concessionnelles.
Sa disparition transforme une relation autrefois stabilisatrice en talon d’Achille économique.
La question se pose désormais : le régime cubain, privé de son principal soutien vénézuélien, est-il au bord de l’effondrement ? Des analystes au sein du Département d’État américain, cités dans un briefing du 6 janvier 2026, estiment que cette crise pourrait accélérer les tensions internes.
Les manifestations de juillet 2021, qui avaient mobilisé des milliers contre les pénuries, resurgissent en mémoire ; en 2025, des protestations isolées à Camagüey et Holguín contre les blackouts avaient déjà été réprimées, avec plus de 200 arrestations rapportées par Amnesty International.
Le gouvernement cubain a renforcé sa sécurité : le 4 janvier, des troupes ont été déployées dans les quartiers sensibles de La Havane, et le ministre de l’Intérieur, Lázaro Alberto Álvarez Casas, a annoncé une « vigilance accrue contre les provocations impérialistes ». Des discours officiels, diffusés sur la télévision d’État, accusent les États-Unis d’orchestrer une « guerre économique » pour déstabiliser l’île.
Rubio, de son côté, a déclaré lors d’une audition au Sénat américain le 5 janvier que « la fin du soutien vénézuélien à Cuba marque le début d’une nouvelle ère de liberté dans les Caraïbes ».
Rubio, d'origine cubaine, est l'une des figures les plus influentes de l'administration Trump.
« Le lobby cubano-américain, que représente Rubio, est l'un des groupes de pression les plus puissants en matière de politique étrangère aux États-Unis aujourd'hui », a déclaré Ed Augustin, journaliste indépendant à La Havane, à l'émission The Take d'Al Jazeera .
« Dans la nouvelle administration Trump, [avec] un nombre sans précédent d'Américains d'origine cubaine, les lobbyistes sont devenus les décideurs politiques », a-t-il déclaré, ajoutant que Rubio avait fermement établi son contrôle sur le lobby.
Le 31 janvier 2026, Trump a déclaré aux journalistes : « Il ne s'agit pas forcément d'une crise humanitaire. Je pense qu'ils viendraient probablement vers nous et voudraient conclure un accord. Cuba serait alors de nouveau libre. »
Il a déclaré que Washington conclurait un accord avec Cuba, mais n'a donné aucune précision sur ce que cela signifierait.
ar conséquent, désormais, les entreprises d'État cubaines passeront à une semaine de travail de quatre jours, avec une réduction des transports interprovinciaux, la fermeture des principales infrastructures touristiques, des journées scolaires plus courtes et une diminution des exigences de présence physique dans les universités.
Lundi 9 février, les autorités aéronautiques cubaines ont informé les compagnies aériennes internationales que le pays était à court de kérosène et que les services de ravitaillement seraient suspendus pendant un mois, selon les données de la Federal Aviation Administration (FAA). Air Canada a annoncé la suspension de ses vols vers l'île en conséquence.
Certains établissements de santé sont également fortement touchés par les pénuries de carburant. Les médias locaux rapportentque certains hôpitaux provinciaux ont annulé des interventions chirurgicales et des transferts de patients externes. Des fournitures médicales essentielles, comme des analgésiques, des compresses et des antibiotiques, sont également indisponibles.
La pénurie de carburant a également mis à rude épreuve les approvisionnements alimentaires du pays. La semaine dernière, les États-Unis ont accordé une aide humanitaire de 6 millions de dollars à Cuba, a indiqué le Département d'État.
Cette aide comprend du riz, des haricots, des pâtes, des conserves de thon et des lampes solaires qui seront distribués par l'Église catholique et Caritas. Le Mexique envoie également plus de 814 tonnes de denrées alimentaires et de produits d'hygiène à Cuba, dont la livraison est prévue dans quelques jours.
« Le carburant servira à préserver les services essentiels à la population et les activités économiques indispensables », a déclaré le vice-Premier ministre cubain Perez-Oliva. « C’est une opportunité et un défi que nous sommes convaincus de relever. Nous ne nous effondrerons pas. »
Le gouvernement affirme qu'il privilégiera l'approvisionnement en carburant des services essentiels, santé publique, production alimentaire et défense, et encouragera le développement du secteur des énergies renouvelables, notamment l'énergie solaire, ainsi que les incitations qui y sont associées.
Il s'attachera à optimiser l'approvisionnement énergétique des régions productrices d'aliments et à accélérer le recours aux énergies renouvelables, tout en réduisant les dépenses liées aux activités culturelles et sportives et en réorientant les ressources vers les systèmes d'alerte précoce du pays.
Le financement vénézuélien n’était pas seulement énergétique ; il incluait des investissements directs. PDVSA avait injecté plus de 10 milliards de dollars dans des projets cubains depuis 2000, comme la raffinerie de Cienfuegos, modernisée en 2017 pour traiter le brut lourd de l’Orénoque.
Avec l’embargo naval américain, ces infrastructures risquent l’obsolescence, forçant Cuba à importer du pétrole raffiné plus coûteux. Économiquement, la perte équivaut à un choc majeur. Un rapport du Fonds monétaire international (FMI) pour 2025 estime que les subsides vénézuéliens représentaient 2 % du PIB cubain.
Sans eux, la croissance, déjà anémique à 1,8 % en 2025, pourrait plonger en territoire négatif. Les exportations cubaines, nickel, tabac, rhum, ne compensent pas, avec un déficit commercial à 8 milliards de dollars. Sur le plan politique, la crise teste la résilience du Parti communiste. Díaz-Canel, successeur de Raúl Castro depuis 2018, a lancé une campagne de « résistance créative », encourageant les jardins urbains et les vélos électriques.
Mais des fuites internes, rapportées par des dissidents exilés à Miami, indiquent des divisions au sein du politburo sur la gestion de la crise. Les réactions internationales et les risques d’escalade La communauté internationale observe de près. L’Union européenne, via un communiqué de son haut représentant Josep Borrell le 5 janvier, a appelé à une « aide humanitaire d’urgence pour Cuba », tout en condamnant l’intervention américaine au Venezuela.
La Chine, investisseur clé avec 5 milliards de dollars dans les infrastructures cubaines, a exprimé sa « préoccupation » lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU le 6 janvier.
Au Venezuela, l’intérim de Rodríguez maintient les alliances, mais des rapports indiquent des négociations secrètes avec Washington pour assouplir l’embargo en échange de réformes. Pour Cuba, cela pourrait signifier une reprise partielle des livraisons, mais rien n’est garanti.
Entre-temps, des navires russes et iraniens patrouillent les Caraïbes, signalant une potentielle escalade géopolitique. Les compagnies pétrolières américaines, comme Chevron, surveillent la situation, prêtes à investir au Venezuela si la stabilité revient, ce qui pourrait indirectement affecter Cuba via une réorientation des flux pétroliers.
Des projections de l’AIE pour 2026 indiquent que, sans aide extérieure, Cuba pourrait voir sa consommation énergétique chuter de 20 %, aggravant les tensions sociales. Les implications pour la sécurité régionale soulèvent des préoccupations sécuritaires.
Des flux migratoires accrus vers la Floride sont anticipés ; en 2025, plus de 100 000 Cubains ont déjà traversé la frontière américaine, selon le Département de la Sécurité intérieure. L’administration Trump a renforcé les patrouilles navales, craignant une « marée humaine ».
À l’intérieur, le régime active ses milices : les Comités de défense de la Révolution (CDR) ont été mobilisés le 5 janvier pour distribuer des rations et surveiller les dissidents. Des arrestations préventives ont été signalées, avec Human Rights Watch documentant 50 cas depuis le 3 janvier.
Les efforts diplomatiques se multiplient : une médiation brésilienne, proposée par le président Lula da Silva le 6 janvier, vise à négocier un allègement des sanctions contre des concessions vénézuéliennes. Pour Cuba, cela pourrait ouvrir une fenêtre, mais les délais risquent d’aggraver la situation sur le terrain, où les hôpitaux fonctionnent sur générateurs et les écoles ferment faute d’électricité.
Selon un nouveau rapport, Cuba dispose de moins d'un mois de réserves de pétrole au vu des niveaux actuels de la demande et de la production nationale, à la suite de l'interruption d'une récente livraison en provenance du Mexique.
Citant la société de données Kpler, le Financial Times a indiqué que le pays dispose de réserves de pétrole pour 15 à 20 jours, à moins que les livraisons ne reprennent. « Ils sont confrontés à une crise majeure », a déclaré au journal Jorge Piñon, expert pétrolier à l'Université du Texas.
Le pays n'a reçu que moins de 85 000 barils cette année, selon le Financial Times. Tous proviennent d'une livraison du 9 janvier, a précisé Kpler. Ce chiffre s'ajoute aux quelque 460 000 barils détenus en stock en début d'année.
La crise cubaine actuelle n’est donc pas une crise conjoncturelle, mais une démonstration de vulnérabilité systémique. Elle montre comment, dans une économie insulaire fortement dépendante de l’énergie importée, un choc sur le pétrole se transforme mécaniquement en crise économique, puis en crise sociale.
Tant que cette dépendance structurelle ne sera pas corrigée, ce qui exige du temps, des investissements, des infrastructures et des devises, chaque rupture énergétique restera une menace existentielle pour l’île.