
(ABC Bourse) - Les projecteurs de Wall Street s’allument aujourd’hui pour TotalEnergies. Le géant français de l’énergie devient pleinement coté à la Bourse de New York, une première qui pourrait modifier profondément la perception de son titre sur les marchés financiers. Jusqu’ici, seuls des certificats ADR permettaient aux investisseurs américains de miser sur l’entreprise.
Ce lundi 8 décembre marque la conversion officielle de ces ADR en actions ordinaires, directement négociables à New York. Une décision stratégique, selon le groupe, motivée par la montée en puissance de son actionnariat nord-américain. "Avec ce projet, TotalEnergies s’adapte à l’évolution de la composition de son actionnariat, désormais fortement orienté vers l’Amérique du Nord", précise le site du groupe.
Une majorité d’actionnaires désormais nord-américains
Les chiffres confirment ce basculement transatlantique. "Depuis l’introduction initiale sur la Bourse de New York des ADR TotalEnergies en 1991, la part de l’actionnariat international a significativement augmenté. À la fin du deuxième trimestre 2025, l'Amérique du Nord représentait plus de 50% de l'actionnariat institutionnel de la compagnie, soit environ 38% de l'actionnariat total", poursuit l’entreprise.
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, l’avait déjà souligné lors d’un entretien avec Bloomberg en 2024 : "Nous sommes confrontés à une situation où les actionnaires européens vendent ou maintiennent leur participation, et où les actionnaires américains achètent".
La cotation à Wall Street est donc une manière de répondre à cette dynamique. Elle vise à renforcer l’attractivité du titre en le rendant plus accessible aux grands fonds américains. "Elle pourrait également améliorer la liquidité de l’action, ce qui constitue un atout important pour la communauté des investisseurs. En cotant des actions ordinaires sur la Bourse de New York, TotalEnergies vise à réduire les coûts pour les actionnaires nord-américains", explique le groupe.
Aucun changement pour les actionnaires français
Pour les actionnaires basés en Europe, rien ne change. "Aucune démarche n'est requise de la part des actionnaires détenant des actions TotalEnergies cotées sur Euronext dans le cadre de cette conversion. Ils continueront à percevoir le paiement de leur dividende en euros et à participer et voter aux assemblées générales dans les mêmes conditions qu’avant la conversion", rassure TotalEnergies.
L’annonce avait tout de même suscité quelques remous dans la sphère politique. Emmanuel Macron avait demandé à l’entreprise de préciser ses intentions, et Bruno Le Maire avait affirmé : "Est-ce que l'intérêt suprême de la nation est de garder le siège social de Total en France et la cotation principale de Total en France ? Oui, et donc je me battrai pour ça".
Le groupe a tenu à apaiser les inquiétudes. "TotalEnergies restera une société européenne dont le siège est à Paris et dont le marché primaire d’introduction des actions restera Paris", avait déclaré le groupe en février.
Un levier pour valoriser l’action ?
Le potentiel de cette cotation croisée est réel, selon plusieurs experts. Patrick Pouyanné se montrait confiant : "Nous espérons que la cotation des actions ordinaires constituera un catalyseur évident pour le titre en 2026, tant sur le marché parisien que sur le marché new-yorkais".
Oddo BHF abonde dans ce sens, estimant que TotalEnergies mérite une revalorisation par rapport à ses concurrents américains. Les analystes de l’Université Grenoble Alpes relèvent de leur côté que la cotation croisée renforce la visibilité et la couverture par les analystes, tout en réduisant le coût du capital.
Même si l'entrée dans le S&P 500 n'est pas envisageable, TotalEnergies pourrait bénéficier d’un regain d’intérêt institutionnel. La réponse du PDG à ce sujet a été limpide : "Vous connaissez la réponse à la question et vous savez très bien que vous ne pouvez pas intégrer le S&P 500 si vous n'êtes pas domiciliés aux États-Unis, ce que nous ne voulons pas faire".
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