et ceux qui vont devoir agir sans avoir rien compris
Avec humour, je dirais : au continent africain. Ils ne sont pas les seuls. En Europe (la Commission), voire sur d’autres continents, il nous faut attendre la fin d’un mandat présidentiel, voire plusieurs, pour comprendre ce qui s’est dit en début de mandat. Je dirais que c’est irrespectueux que de prétendre que seul le continent africain ne semble rien y comprendre. Allez, courage.
Le langage d'expert divise l'Afrique entre ceux qui décident et ceux qui vont devoir agir sans avoir rien compris.
Date de création: 12 juin 2026 12:08
(Agence Ecofin) - A Addis-Abeba, ce 11 juin, l'Afrique a ouvert un forum pour combler son « écart de mise en œuvre ». Cet écart commence par une phrase que personne, sur le terrain, ne comprend.
Le forum, c'est l'ADIF, première édition, organisée les 11 et 12 juin par la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies. Son constat est juste : le continent ne manque ni de politiques, ni d'études, ni de programmes pilotes. Ce qui manque, c'est l'exécution. Mais on n'exécute pas ce qu'on n'a pas compris.
Prenez une phrase comme celle-ci : « Les politiques structurelles sont nécessaires dans une approche top-down pour réussir la transformation technostructurelle d'une Afrique où les jeunes ont un potentiel factorisé à l'infini. » Le ministre des Finances qui la lit est content : ce sont presque ses mots. Le jeune, lui, referme le journal. Et c'est lui qui devra construire ce que la phrase prétend décrire.
J'écris sur l'économie depuis vingt ans. J'ai longtemps cru qu'on se faisait respecter en parlant comme les puissants. C'est l'inverse : ce langage ne prouve pas la compétence ; il crée de la distance.
Au premier forum sur l'impact du développement en Afrique, Marlène Bos, de la communication des Nations unies pour l'Afrique, a fait un geste simple. Elle a lu à voix haute un paragraphe d'un rapport onusien, puis a dit qu'il était destiné aux conférences, pas aux personnes concernées. Son équipe a alors « traduit » le Pacte pour l'avenir — cinquante-six pages adoptées à New York en 2024 — non pas vers une autre langue, mais vers un anglais que les jeunes peuvent lire.
« Participation significative des jeunes » est devenue : pas là pour la photo de groupe, là pour changer les règles. Le jargon sur la gouvernance est devenu : le système mondial a été bâti il y a longtemps ; l'Afrique n'était pas dans la salle.
Rien n'a été perdu. Tout a été gagné : des gens ont enfin compris ce qu'on décidait en leur nom.
Les économies qui produisent vraiment ne reposent pas sur des concepts. Elles reposent sur des gens qui savent précisément ce qu'on attend d'eux. C'est moins spectaculaire qu'un séminaire, et bien plus efficace.
Quand les bailleurs, les think tanks, les gouvernements — et nous, journalistes — parlons au-dessus de la jeunesse, nous gardons l'engagement mais perdons la confiance, le financement, la codirection. Nous parlons d'un avenir à des gens que nous excluons du présent.
Les experts partiront. La jeunesse restera, avec tout son potentiel. L'avenir n'est pas devant elle : il est déjà en marche, et elle le fabrique pendant qu'on cherche le mot juste.
Combler l'écart de mise en œuvre, c'est d'abord parler une langue que celui qui met en œuvre comprend.
Idriss Linge.
Merci pour ce très bel article signer