
(Zonebourse.com) - La France envisage 36 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour la défense d'ici 2030, une augmentation qui marque une accélération par rapport à la hausse annuelle de 3 MdsEUR des dépenses militaires déjà actée. Cette nouvelle stratégie témoigne des pressions sécuritaires croissantes liées aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient et des doutes croissant quant au soutien américain à la défense européenne. Selon les analystes, Thales serait en première ligne pour profiter de ces nouvelles lignes budgétaires.
Si elle était adoptée, cette rallonge budgétaire porterait les dépenses de défense à 2,5% du PIB d'ici la fin de la décennie, contre environ 2% actuellement. Le budget annuel atteindrait ainsi 76,3 MdsEUR en 2030, soit près du double de son niveau de 2017, portant les dépenses de défense à environ 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030.
"Programmer notre modèle de défense, c'est faire des choix", a rappelé ce matin Fabien Mandon, le chef d'Etat-major des armées, lors de la Commission de la Défense. Le général a indiqué que cette nouvelle enveloppe permettrait notamment à l'armée de s'étoffer sur le plan des équipements, de la logistique et des capacités critiques, notamment à l'heure où le soutien américain à la défense européenne est plus que jamais remis en question.
Concrètement, "il ne s'agit clairement pas d'un cycle de modernisation. Le budget est plutôt réorienté vers l'intensification et le renforcement de la capacité opérationnelle", souligne ce matin Saïma Hussain, analyste défense chez AlphaValue.
Dans le détail, quelque 26 MdsEUR au total sur la période 2024-2030 devraient être consacrés à l'achat de munitions, soit environ 8,5 MdsEUR supplémentaires.
La défense aérienne/anti-drones devrait voir son budget augmenter de 1,5 à 2 MdsEUR, les dépenses de drones sont attendues en hausse de 2 MdsEUR (pour atteindre plus de 8 MdsEUR au total). Enfin, l'Espace et ISR (satellites infrarouges radars terrestres) devrait bénéficier d'un budget total de 10 MdsEUR au total.
AlphaValue estime que Thales devrait tirer partie de cette nouvelle stratégie grâce à sa forte présence dans la défense aérienne, les radars, capteurs et systèmes de protection. Un avis partagé par Chloé Lemarie, chez Jefferies, qui rappelle d'ailleurs que près de 20% du CA de Thales est exposé au budget de défense de l'Etat.
Safran devrait aussi tirer profit de sa forte présence dans l'armement air-sol modulaire (AASM), soit des bombes guidées, dont les volumes ont plus que triplé. AlphaValue met en avant le potentiel de croissance supplémentaire de cette technologie grâce au guidage et à la propulsion.
L'écosystème MBDA (via Airbus/BAE/Leonardo) devrait profiter de la hausse générale des volumes de missiles (Aster, MICA, SCALP).
Airbus pourrait aussi profiter de nouvelles commandes d'A400M (le chiffre de six unités est parfois évoqué) et dispose d'un potentiel de croissance lié au spatial.
En revanche, aucune commande supplémentaire de Rafale ne devrait être enregistrée par Dassault Aviation. Saïma Hussain rapporte toutefois que ce budget XXL devrait permettre une accélération du calendrier de développement du standard Rafale F5.
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