Ces composants minuscules deviennent indispensables dans la révolution technologique

Par Vincent Barret, le 23/09/2026

Condensateur MLCC

Un condensateur céramique multicouche (MLCC, pour multilayer ceramic capacitor) est un empilement de très fines couches de céramique diélectrique, principalement du titanate de baryum, séparées par des électrodes métalliques en nickel.

Mesurant souvent moins d'un millimètre, il stocke et restitue de l'énergie en quelques nanosecondes. Il sert ainsi à stabiliser la tension d'alimentation au pied des puces, à filtrer le bruit électrique et à absorber les pics de consommation. D'innombrables condensateurs et inductances sont nécessaires pour stabiliser le fonctionnement des puces et ajuster les signaux et les formes d'onde de l'alimentation. Sans ces composants passifs, un circuit ne peut pas fonctionner comme prévu.

Les volumes sont vertigineux. Un smartphone haut de gamme embarque environ 900 à 1 100 MLCC. Dans l'automobile, l'électrification multiplie les circuits qui pilotent des tensions de plusieurs centaines de volts, tandis que la progression des systèmes d'aide à la conduite et de conduite autonome augmente la demande de MLCC à forte capacité autour des puces.

Goldman Sachs Research, dans une note du 22 avril 2026 consacrée à la cartographie offre/demande des semi-conducteurs, composants et matériaux, anticipe une multiplication par 4,3 de la demande de MLCC liée aux serveurs d’IA entre 2025 et 2030.

L'IA change d'échelle

Le vrai basculement vient des centres de données. Une seule armoire de serveurs d'IA peut consommer jusqu'à 440 000 MLCC haut de gamme, soit 8 à 10 fois plus qu'un serveur classique. La raison est physique, es accélérateurs d'IA consomment des courants énormes sous des tensions très basses et avec des variations brutales, ce qui exige une batterie de condensateurs à forte capacité placés au plus près des puces.

Dans une étude publiée le 23 février 2026 («Strategy to Meet AI Industry: Expanding a Three-Part Series on Computing, Power and Networking»), Samsung Electro-Mechanics estime qu’un serveur d’IA peut nécessiter plus de dix fois plus de MLCC qu’un serveur généraliste. Murata, numéro un mondial du secteur, table sur une croissance annuelle moyenne d’environ 30 % de la demande de condensateurs pour serveurs IA d’ici 2030.

Ces composants sont aussi beaucoup plus difficiles à produire. Les MLCC haut de gamme nécessitent des films diélectriques de moins d'un micron, ce qui implique une fabrication complexe et des rendements plus faibles.

La capacité effective par ligne ne représente qu'environ un dixième de celle des produits standard. Construire de nouvelles capacités haut de gamme prend en outre 18 à 24 mois. Les matières premières sont elles-mêmes concentrées : la poudre de titanate de baryum ultrafine de haute pureté provient principalement de fournisseurs japonais.

Morgan Stanley Research, dans son rapport du 22 juin 2026 intitulé «MLCC Super Cycle – The Other AI Squeeze», évalue à seulement 10 à 15% la croissance annuelle possible des capacités de production, une asymétrie qui nourrit les tensions sur l’offre

Au-delà de l’IA, l'électrification du parc automobile constitue un second relais de croissance. Selon les données de Samsung Electro-Mechanics (21 juillet 2025), un véhicule électrique doté de fonctions autonomes avancées peut embarquer jusqu'à 30.000 MLCC, contre plus de 1.000 pour un smartphone haut de gamme.

Morgan Stanley Research table sur un marché mondial des MLCC passant de 15 milliards de dollars en 2025 à plus de 30 milliards de dollars en 2030, l’IA et les centres de données représentant près de 30% des revenus du secteur à cet horizon.

Un oligopole asiatique

La production de MLCC est concentrée entre les mains d’une poignée de groupes asiatiques, dont aucun n’est coté sur une Bourse américaine.

Selon un rapport du cabinet Dataintelo daté du 1er avril 2026, Murata Manufacturing (Japon) domine le secteur avec une part de marché mondiale estimée entre 28 et 30 %. Suivent le coréen Samsung Electro-Mechanics (22 à 24 %), puis le japonais TDK (11 à 13 %), Taiyo Yuden (8 à 10 %) et le taïwanais Yageo Corporation.

Sur le segment spécifique des condensateurs « qualité IA » destinés aux serveurs, le site spécialisé Passive Components estimait fin juin 2026 le marché encore plus concentré : Murata et Samsung Electro-Mechanics en contrôleraient à eux seuls entre 80 et 85 %, loin devant TDK (environ 5 %) et Taiyo Yuden (environ 4 %).

Les acteurs chinois restent en retrait de leurs concurrents japonais et coréens sur les MLCC pour serveurs d'IA, mais gagnent du terrain sur le bas et le milieu de gamme.

Le retour du pouvoir de prix

Après quatre années de déstockage, le cycle s'est retourné en 2026. Murata a ouvert la voie fin mars en augmentant de 15 % à 35 % ses prix sur les MLCC pour serveurs d'IA et l'automobile haut de gamme.

Samsung Electro-Mechanics a ensuite relevé de 30 % l'ensemble de ses prix à compter du 1er août, sans exception de gamme. Yageo aurait appliqué une hausse globale d'environ 50 % début juillet.

Le 27 août, TrendForce a estimé que la décision de Semco d'augmenter directement ses prix auprès des fabricants OEM et ODM, et non plus seulement des distributeurs, signalait l'entrée officielle du secteur dans un cycle haussier.

Le mécanisme rappelle celui de la mémoire. Pour servir les clients du cloud, les fournisseurs japonais et coréens convertissent leurs capacités grand public vers les spécifications exigées par l'IA, ce qui a fait tomber les stocks des distributeurs de MLCC généralistes sous le seuil d'alerte de 30 jours.

Les achats basculent aussi vers des contrats de long terme : fin juillet, Samsung Electro-Mechanics comptait plus de dix clients sous contrat pluriannuel pour ses MLCC d'IA, dont deux signés en juillet pour environ 745 milliards de wons, avec des livraisons verrouillées jusqu'en 2027.

Perspectives : un cycle porté par l'IA, mais sous surveillance

À court terme, la visibilité reste bonne. TrendForce a relevé à près de 31 % sa prévision de croissance des livraisons de serveurs d'IA en 2026, et anticipe une hausse d'environ 90 % des investissements cumulés des neuf plus grands fournisseurs de cloud.

Le cabinet s'attend aussi à ce que l'écart entre l'offre et la demande de MLCC se creuse encore au quatrième trimestre, maintenant les prix sur une trajectoire haussière. Le prochain signal clé sera la réaction de Murata, Taiyo Yuden et Kyocera, qui n'ont pas encore suivi les dernières hausses de Semco.

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