
Un prospectus préliminaire, sans prix ni nombre de titres
Le formulaire S-1 est un document d'enregistrement initial, et non un amendement, daté du 26 octobre 2026 et présenté comme un prospectus préliminaire. Anthropic y écrit avoir demandé la cotation de ses actions ordinaires de catégorie A au Nasdaq Global Select Market sous le symbole « ANT ». Comme il l’avait déjà indiqué, il pourrait entamer sa phase de promotion auprès des investisseurs dès la semaine du 9 novembre.
Goldman Sachs et Morgan Stanley dirigent un consortium d’une vingtaine de banques chargé de garantir l’offre. On y compte essentiellement des banques de Wall Street, mais aussi trois banques françaises (Crédit Agricole CIB, Société Générale, BNP Paribas), la banque allemande Deutsche Bank Securities, ainsi que la banque japonaise Mizuho.
Des revenus multipliés, des pertes qui s'alourdissent
L’introduction en Bourse d’Anthropic sera d’autant plus scrutée qu’elle servira de référence pour Wall Street pour l'évaluation des principales entreprises d’IA, alors que son grand rival OpenAI prépare lui-même son IPO, sans doute pour début 2027. L’opération cristallise les espoirs et les craintes concernant l’IA. Certains investisseurs actuels et potentiels valorisent Anthropic à environ 1.500 milliards de dollars, contre près de 2.000 milliards il y a encore une semaine.
Un nouveau signal inquiétant se dessine à l’approche de l’une des introductions en Bourse les plus attendues de la fin d’année. Selon le projet de prospectus (formulaire S-1) cité par l’agence Reuters, la perte nette d’Anthropic s’est nettement creusée pour atteindre 80,7 milliards de dollars au premier semestre 2026. Elle était de 13 milliards de dollars au premier semestre 2025. Le document attribue l’essentiel de cette dégradation à la hausse de la juste valeur des obligations convertibles en actions de la start-up.
Cette perte inclut une charge de 72 milliards de dollars, qui reflète la réévaluation de ces obligations susceptibles de se convertir en actions Anthropic, et non des coûts de trésorerie liés à l’activité, précise le document. Par ailleurs, la société a consacré près de 9 milliards de dollars aux services cloud et aux infrastructures sur le seul premier semestre 2026, contre 2,3 milliards un an plus tôt.
Une clientèle qui monte en gamme, mais concentrée
La majeure partie de ses revenus provient d’entreprises qui paient pour l’utilisation de ses modèles, une facturation basée sur le volume de données traitées, exprimé en «jetons» (tokens), ce qu’Anthropic qualifie de revenus «fondés sur la consommation». L’entreprise génère également des revenus grâce à ses offres d’abonnement payantes, telles que les formules «Pro» et «Max».
Sur une base de douze mois glissants arrêtée au 30 septembre 2026, le S-1 compte plus de 11 900 clients générant au moins 100 000 dollars de revenus, plus de 1 900 clients générant au moins 1 million de dollars et environ 250 clients générant au moins 10 millions de dollars.
Les risques que la société met elle-même en avant
La société éditrice de Claude expose aussi ses ambitions de construire des systèmes d’IA capables de transformer l'économie mondiale : «nous croyons que l’abondance de l’IA transformera rapidement tous les secteurs de l'économie mondiale d’une manière bien plus importante que l’impact de l’industrialisation, de l’électricité, des semi-conducteurs et d’internet», écrivent ses fondateurs. Tout en faisant face aux coûts et aux défis du développement de la technologie. «Notre réussite dépend en grande partie de notre capacité à continuer de développer les modèles d’IA les plus avancés et les plus performants ; tout échec en la matière pourrait nuire à nos activités», précise l’entreprise dans son prospectus.
Cette introduction en Bourse intervient alors que l’avancée accélérée des recherches d’Anthropic soulève des inquiétudes quant aux systèmes d’IA avancés, à la suite des controverses apparues cet été avec la révélation d’incidents graves mettant en cause des agents IA (notamment d’OpenAI).
D’ailleurs, dans la partie «facteurs de risques» de son prospectus, Anthropic signale que son IA pourrait «se comporter de manière imprévue, non alignée sur les objectifs fixés, ou autonome». Si ces technologies ne sont pas développées avec des garde-fous et une supervision adéquats, elles pourraient «faire peser des risques catastrophiques ou existentiels sur l’humanité, en particulier si ces systèmes étaient détournés, reproduits, transformés en armes ou autorisés à fonctionner avec un haut degré d’autonomie». Pour le meilleur ou pour le pire, Anthropic est aux portes de Wall Street.