(ABC Bourse) - Entre 2025 et 2040, une masse considérable de patrimoine pourrait changer de mains en France avec le vieillissement des baby-boomers. Mais derrière les 6 200 milliards d’euros annoncés par les notaires, la réalité des successions et de leur fiscalité est plus nuancée.

Un chiffre à donner le vertige : près de 6 200 milliards d’euros de patrimoine pourraient être transmis en France entre 2025 et 2040. Le Conseil supérieur du notariat (CSN) a publié cette estimation mardi 22 septembre 2026, alors que le vieillissement des baby-boomers prépare une période de transferts patrimoniaux d’une ampleur considérable.
Dans les quinze prochaines années, les générations du baby-boom atteindront 80 ans et plus. Le CSN décrit ces années comme celles "de la grande transmission". Mais le chiffre affiché ne correspond pas à une gigantesque masse d’héritages qui serait intégralement taxée au moment des décès. L’institution prévient que cette transmission "ne se résume pas à la succession" et précise : "Le patrimoine potentiellement transmis ne doit pas être confondu avec le patrimoine effectivement taxable au moment du décès".
6 191 milliards d’euros dans l’hypothèse médiane des notaires
Le montant retenu par le Conseil supérieur du notariat atteint précisément 6 191 milliards d’euros dans son hypothèse médiane. L’estimation descend à 5 100 milliards dans l’hypothèse basse et grimpe à 7 558 milliards dans l’hypothèse haute. D’autres travaux cités par les sources avancent même jusqu’à 9 000 milliards d’euros sur la période, signe de la difficulté à mesurer précisément les sommes qui changeront de mains.
Pour établir son estimation, le CSN a croisé les données de l’Insee et de la Direction générale des finances publiques avec les informations remontées par les offices notariaux. Les notaires disposent d’un poste d’observation particulier puisqu’ils établissent 95 % des déclarations de succession en France. Bertrand Savouré, président du CSN, estime que "La grande transmission est devenue un sujet majeur du débat public".
Une partie de ce patrimoine circule d’ailleurs bien avant le décès. D’après l’étude, 27,2 % des successions ont été précédées d’au moins une donation. Dans les études notariales ayant répondu, cette première donation intervient en moyenne lorsque le donateur atteint 64 ans et 3 mois. Son montant tourne autour de 286 000 euros.
Au moment du décès, le montant moyen de "l'actif successoral" légué atteint 307 500 euros. Cette somme "contient pas les biens d'une donation faite préalablement", précisent les notaires. Cette distinction permet de comprendre pourquoi la valeur globale des patrimoines transmis ne peut pas être assimilée aux seuls montants figurant dans les successions.
Successions, assurance-vie et impôts, pourquoi les 6 200 milliards ne seront pas une "manne fiscale"
Le poids de la fiscalité constitue l’autre élément majeur de l’étude. Plus de 60 % des successions ne donnent actuellement lieu à aucun paiement de droits de succession, entre autres grâce aux abattements et exonérations existants. Une partie des transmissions passe aussi par l’assurance-vie, souvent en dehors des déclarations successorales traditionnelles.
Le Conseil supérieur du notariat écarte donc l’idée que cette vague patrimoniale se transforme mécaniquement en "une manne fiscale". À législation constante, la "grande transmission" provoquerait une hausse de moins de 30 % du flux annuel de successions par rapport à la période 2018-2024.
Les droits de donation et de succession représentent actuellement environ 4,5 % des recettes fiscales. Leur progression "ne saurait donc contribuer de façon décisive au redressement des finances publiques", écrivent les notaires.
Face à cette période de transmission massive, la profession défend plutôt une facilitation des transmissions anticipées, "pour soutenir la solidarité" dans les familles "et dynamiser l'économie". Un autre facteur pourrait réduire les sommes réellement transmises : le coût du grand âge.
Le financement de la dépendance et des soins de fin de vie "va certainement grever le patrimoine susceptible d'être transmis (...) et infléchir les décisions des générations qui anticipent cette éventualité", préviennent les notaires. Une donnée qui pourrait peser directement sur les patrimoines encore disponibles au moment où cette vague de transmissions atteindra son plein effet.
© AbcBourse.com. Tous droits réservés
