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Actualité publiée le 07/10/26 14:18

Atos renforce ses positions dans le secteur public en Europe

(ABC Bourse) - Cloud, intelligence artificielle, cybersécurité : Atos a obtenu ces derniers mois plusieurs marchés auprès d’administrations françaises et européennes. Une série de contrats qui intervient alors que le groupe, sorti fin 2024 d’une lourde restructuration financière, cherche encore à stabiliser son activité et à renouer avec la croissance.

Le secteur public reste l’un des points d’ancrage d’Atos. En l’espace de quelques mois, le groupe technologique français a annoncé plusieurs contrats, référencements ou déploiements auprès d’administrations et de collectivités en France, en Espagne et au Royaume-Uni. Les plus récents concernent la Région Île-de-France, fin septembre, et le Metropolitan Police Service de Londres, début octobre. Ils prolongent une série qui comprend notamment l’UGAP en France, les mairies de Barcelone et Madrid ou encore plusieurs administrations britanniques.

Le mouvement est loin d’être marginal à l’échelle du groupe. Au périmètre retenu après les dernières cessions, le secteur public et la défense représentent environ 31 % du chiffre d’affaires d’Atos, devant les services financiers, à 20 %, et l’industrie, à 18 %.

Un nouvel accord-cadre avec l’UGAP

Mi-septembre, l’UGAP a retenu un groupement constitué d’Atos, Open et Thales pour ses marchés de prestations cloud et d’exploitation informatique et réseau. Atos est mandataire du volet consacré aux prestations réalisées dans un environnement cloud, tandis qu’Open pilote celui portant sur l’exploitation informatique et les réseaux. Thales intervient notamment sur les questions de sécurité et de souveraineté numérique. Atos indique que le dispositif est prévu pour quatre ans et s’adresse à l’ensemble des clients de la centrale d’achat : ministères, collectivités, établissements publics, établissements de santé ou encore organismes sociaux.

L’avis de marché permet de mesurer l’ordre de grandeur de la consultation. L’UGAP estimait à 210 millions d’euros hors taxes la valeur totale des besoins, dont 160 millions pour l’exploitation informatique et réseau et 50 millions pour les prestations cloud. Ces montants correspondent toutefois à l’ensemble de l’accord-cadre et ne constituent ni un revenu garanti ni la part revenant à Atos. La procédure prévoyait plusieurs opérateurs par lot.

Cette distinction est importante pour apprécier la portée économique de ce type d’annonce. Un référencement auprès d’une centrale d’achat facilite l’accès aux commandes publiques pendant plusieurs années, mais son effet sur le chiffre d’affaires dépend ensuite des commandes effectivement passées.

L’UGAP s’ajoute à d’autres marchés publics obtenus cette année en France. En avril, Atos a été retenu sur deux lots — gouvernance et stratégie cyber d’une part, conformité réglementaire et certification d’autre part — d’un accord-cadre de quatre ans lancé par le groupement d’intérêt public Gigalis. Le dispositif est multi-attributaires et rassemble 19 entreprises sur sept lots. En juin, Atos a également annoncé avoir été retenu sur trois lots du marché d’assistance à maîtrise d’ouvrage des systèmes d’information de la Centrale d’Achat de l’Informatique Hospitalière (CAIH).

Fin septembre, Atos a également annoncé la mise en production de sa solution de gestion financière e-GF au sein de la Région Île-de-France. Déployée depuis le 5 mai, elle constitue désormais le socle du système financier de la collectivité, qui gère un budget annuel de 5,8 milliards d’euros. Hébergée en mode SaaS et connectée aux services de l’État, la plateforme doit notamment faciliter l’adaptation aux évolutions réglementaires et la dématérialisation des procédures. Environ 800 agents utilisent aujourd’hui e-GF, qui traite chaque année quelque 15 000 factures et 60 000 mandats de paiement.

Cette présence dans la commande publique européenne s’inscrit dans une séquence plus longue. En septembre 2025, Atos avait notamment été retenu par la Commission européenne dans le cadre du dispositif CLOUD II pour fournir des services de cybersécurité aux institutions, agences et organismes de l’Union européenne. D’une durée pouvant aller jusqu’à 48 mois, le contrat affiche une valeur maximale de 326 millions d’euros. Atos intervient comme maître d’œuvre, avec Leonardo comme partenaire, et occupe la première position dans un mécanisme dit « en cascade ». Les prestations couvrent notamment la réponse aux incidents, la surveillance des menaces, l’analyse de logiciels malveillants et les tests de sécurité. Comme pour d’autres accords-cadres, le montant maximal ne correspond toutefois pas nécessairement au chiffre d’affaires qui sera effectivement réalisé par Atos.

Barcelone et Madrid sur le terrain de l’IA

En Espagne, Atos a annoncé le 8 septembre avoir été choisi par l’Institut municipal d’innovation et de technologie de Barcelone pour faire évoluer les services numériques utilisés par les employés de la ville. Le projet porte notamment sur l’automatisation de certaines tâches, le développement d’outils en libre-service et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour le support informatique et la gestion des connaissances.

Cette attribution fait écho à un autre contrat municipal annoncé quelques mois plus tôt à Madrid. En novembre 2025, Atos avait fait état de sa sélection pour assurer la maintenance, l’évolution et le support de la plateforme d’intelligence artificielle de la ville, dans le cadre du programme MAIA. Le contrat est prévu pour trois ans, avec une année supplémentaire en option. Il doit notamment permettre le développement de nouveaux usages de l’IA et de l’IA générative dans les services municipaux.

Les deux dossiers espagnols illustrent une évolution plus large de la commande informatique publique. Aux prestations traditionnelles d’infogérance, de maintenance ou d’environnement de travail s’ajoutent progressivement le cloud, l’automatisation et l’intelligence artificielle. Lors de sa journée investisseurs de mai 2025, Atos estimait d’ailleurs que les dépenses informatiques dans le secteur public, la défense, les services financiers et la santé devraient être soutenues notamment par les besoins en infrastructures critiques, en données et en cloud sécurisé. Cette appréciation émane du groupe, sur la base de données Gartner.

Le Royaume-Uni, un marché important

Au Royaume-Uni, où Atos réalise environ 16 % de son activité au périmètre actuel, plusieurs contrats publics significatifs ont également été officialisés ces derniers mois.

Le plus récent a été annoncé le 5 octobre. Le Metropolitan Police Service de Londres a attribué à Atos un contrat de six ans, prolongeable de deux années supplémentaires, pour un montant pouvant atteindre 350 millions de livres sterling. Le groupe prendra en charge la gestion et la sécurisation des principales applications métiers de la police londonienne, avec un périmètre qui pourra être étendu à la gestion du cloud et de l’environnement numérique de travail. Les prestations portent notamment sur la maintenance des applications, leur disponibilité et leur résilience, ainsi que sur la protection des données et des systèmes.

En mars 2025, le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) a retenu Atos pour transformer les services numériques destinés à ses 34.000 employés. Le marché, conclu pour cinq ans, représente 150 millions de livres. Il porte notamment sur la rationalisation des services de support et l’utilisation de technologies d’intelligence artificielle, de machine learning, d’analyse de données et d’automatisation.

Un an plus tard, Atos et le cabinet britannique Softwire ont été sélectionnés par le ministère du Logement, des Communautés et des Gouvernements locaux pour intervenir sur les services numériques liés au système électoral britannique. Le contrat porte sur 63 millions de livres sur sept ans et couvre notamment le développement logiciel, l’architecture technique, les tests et la conception de services.

Ces contrats britanniques donnent une autre dimension à la série d’annonces : contrairement aux référencements multi-attributaires des centrales d’achat, leurs montants et leurs durées sont précisément définis, même si le contrat avec la Metropolitan Police correspond à un montant maximal pouvant varier en fonction de l’extension du périmètre de prestations.

Des contrats scrutés dans une phase de redressement

Pour Atos, cette activité commerciale intervient surtout dans un contexte financier encore particulier. Le groupe a achevé en décembre 2024 une restructuration qui a permis de réduire sa dette brute de 2,1 milliards d’euros, notamment grâce à la conversion en capital de 2,9 milliards d’euros de dette existante. Depuis, le groupe a poursuivi son recentrage en cédant plusieurs activités, dont ses opérations sud-américaines et ses activités de calcul avancé.

Atos a publié un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2025 et une marge opérationnelle de 351 millions, soit 4,4 % des ventes. Après prise en compte des cessions, le groupe évalue désormais son chiffre d’affaires annuel de référence autour de 7,2 milliards d’euros.

Les derniers chiffres montrent une amélioration de la rentabilité, mais pas encore de retour à la croissance. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires, à périmètre actuel, s’est établi à 1,66 milliard d’euros, en baisse organique de 6,3 %. Sur le premier semestre, la marge opérationnelle est remontée à 5,7 %, contre 3,6 % un an auparavant. Le ratio « book-to-bill », qui rapporte les nouvelles commandes au chiffre d’affaires, a atteint 91 % au deuxième trimestre, en hausse de sept points sur un an, et dépassé 100 % en France et au Royaume-Uni.

La multiplication des contrats publics fournit donc des signes de reprise commerciale, sans suffire encore à modifier la trajectoire d’ensemble. Pour 2026, Atos continue de prévoir un recul organique de son chiffre d’affaires d’environ 5 %, tout en visant une marge opérationnelle proche de 7 % et une variation nette de trésorerie positive.

Dans ce contexte, les marchés remportés auprès des administrations ont un double intérêt pour le groupe : ils alimentent le carnet de commandes sur des durées souvent longues et se concentrent sur les domaines — cloud, cybersécurité, IA et infrastructures critiques — sur lesquels Atos cherche désormais à recentrer son offre.

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