(ABC Bourse) - En mars 2026, le Livret A enregistre une décollecte record. Derrière ce mouvement, un changement profond dans les choix d’épargne des Français et des arbitrages de plus en plus visibles.

Le Livret A traverse une zone de turbulence rarement observée depuis plus de quinze ans. En mars 2026, les Français ont retiré bien plus d’argent qu’ils n’en ont déposé, un signal fort qui interroge sur l’évolution de leurs habitudes d’épargne.
Selon les données publiées par la Caisse des dépôts, 490 millions d’euros ont été retirés net en un seul mois, une première depuis 2009 pour cette période habituellement dynamique. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance amorcée dès le début de l’année, sur fond de taux en baisse et de concurrence accrue d’autres placements.
Livret A en baisse, des retraits records qui marquent une rupture
Le constat est sans appel. Depuis janvier, les retraits s’accumulent et la décollecte atteint désormais 3,1 milliards d’euros. Une situation inédite alors que le début d’année est habituellement favorable à ce produit d’épargne.
Le taux, désormais fixé à 1,5 %, pèse lourd dans la balance. Il a été divisé par deux en un an, loin des 3 % encore proposés jusqu’en janvier 2025. Résultat, le Livret A et le LDDS peinent à séduire malgré un encours toujours massif de 446,5 milliards d’euros pour le premier et 165,3 milliards pour le second.
Pour Philippe Crevel, le changement est profond : "C'est une vraie rupture". Il précise même : "Pourtant, l'assurance-vie continue d'enchaîner les records de collecte, on ne peut donc pas parler de baisse de l'épargne, mais bien d'un changement de comportement des épargnants."
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Ce basculement s’explique aussi par un contexte international particulier. "Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, on avait assisté à un rebond de la collecte de l'épargne de précaution", rappelle-t-il. Mais cette fois, "Cette fois, la guerre au Moyen-Orient n'a, semble-t-il, pas eu le même effet ou alors dans une moindre mesure."
Assurance vie, inflation et arbitrages, où va l’argent des Français
Face à un rendement jugé insuffisant, les épargnants se tournent vers des alternatives plus attractives. L’assurance vie, notamment les fonds en euros, affiche un rendement moyen de 2,65 % selon l’ACPR, ce qui la rend plus compétitive malgré la fiscalité.
Dans le même temps, la hausse des prix joue un rôle direct. L’inflation atteint 1,7 % en mars, tirée par une flambée des produits énergétiques (+17,1 % sur un mois). Cette pression sur le budget pousse certains ménages, notamment les plus modestes, à puiser dans leur épargne de précaution.
Le Livret d’épargne populaire n’échappe pas à cette tendance, avec une décollecte de 120 millions d’euros en mars, alors qu’il offrait pourtant un taux plus élevé de 2,5 %.
Dans ce contexte, une hausse du taux du Livret A est désormais envisagée. Les projections évoquent un passage à 1,8 %, voire 2 % dès le mois d’août, en fonction de l’évolution de l’inflation et des décisions de la Banque de France.
Le Livret A convoité : entre financement public et débats économiques
Malgré ce recul, le Livret A reste au cœur de nombreux enjeux économiques. Une partie importante de son encours alimente le fonds d’épargne, utilisé pour financer des projets publics comme le logement social ou le nucléaire.
Cette manne attise les convoitises. Certains proposent désormais de l’utiliser pour financer les énergies renouvelables. Une idée qui divise.
Philippe Crevel met en garde : "C'est devenu une martingale, dès qu'il y a un problème de financement, le Livret A est mis en avant". Il ajoute : "Sur EDF et le nucléaire, c'est une chose, mais sur les énergies renouvelables, ça ne tient pas la route, dans le sens où ce sont des entreprises privées dans un secteur ouvert à la concurrence qui portent ces projets solaires et éoliens."
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