(ABC Bourse) - La France emprunte désormais à des taux inconnus depuis plus de 24 ans. Ce mercredi 21 octobre, sa dette à 10 ans a franchi le seuil des 5 %, sur fond de tensions sociales et d'incertitudes budgétaires.

Un seuil que la France n'avait plus franchi depuis juillet 2002. Ce mercredi 21 octobre 2026, le rendement des obligations d'État françaises à 10 ans a dépassé les 5 %. Cette nouvelle poussée des taux intervient alors que les marchés obligataires européens traversent une période de fortes tensions. Mais les investisseurs se montrent particulièrement méfiants envers la dette française, fragilisée par les incertitudes politiques et les violences survenues lors des émeutes du week-end.
Le signal est d'autant plus préoccupant que la prime de risque exigée pour prêter à la France se rapproche elle aussi de ses précédents sommets. L'écart entre les taux français et allemands atteint près de 159 points de base, soit 1,59 point de pourcentage. Un niveau voisin du pic enregistré le 2 octobre dernier, tandis que les débats budgétaires s'annoncent difficiles et qu'une décision de l'agence Moody's est attendue vendredi.
Les émeutes accentuent la pression sur les marchés
La hausse des taux ne concerne pas uniquement la France. Ce mercredi matin, les rendements obligataires progressaient dans plusieurs pays européens. Mais Paris subit une pression supplémentaire, liée à l'état de ses finances publiques et à la difficulté de trouver un accord politique sur les économies à réaliser.
Les troubles sociaux de ces derniers jours compliquent encore la situation. Les manifestations et les émeutes du week-end ont ravivé les inquiétudes des investisseurs quant à la capacité des prochains gouvernements à engager les réformes budgétaires attendues.
Les marchés surveillent également la différence entre les rendements des obligations françaises et ceux de la dette allemande. Ce différentiel, le spread, permet de mesurer la rémunération supplémentaire réclamée par les investisseurs pour détenir des titres français plutôt que des obligations allemandes, considérées comme les plus sûres de la zone euro.
Or, avec un écart qui approche les 159 points de base, la France retrouve les niveaux de tension observés au début du mois d'octobre. La perspective de l'élection présidentielle ajoute une incertitude politique supplémentaire, alors que les décisions budgétaires restent difficiles à faire adopter.
Moody's pourrait porter un nouveau coup vendredi
Les prochaines journées s'annoncent particulièrement chargées pour les finances publiques françaises. Le Parlement doit poursuivre ses discussions autour du budget, mais aussi du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Deux textes au cœur des difficultés politiques auxquelles se heurte l'exécutif.
Les investisseurs attendent surtout une autre échéance, fixée au vendredi 23 octobre. L'agence de notation Moody's doit réexaminer la qualité de crédit de la France, avec une dégradation jugée très probable dans les prévisions rapportées par Les Échos.
Pour le moment, Moody's attribue à la dette souveraine française la note Aa3. Cette évaluation reste supérieure d'un cran à celles de ses deux grandes concurrentes, S&P Global Ratings et Fitch.
L'agence pourrait abaisser sa note à A1, ce qui placerait la France au même niveau que les évaluations A+ attribuées par S&P et Fitch. Il s'agirait d'un nouvel abaissement de la qualité de crédit reconnue à l'État français, alors que ses conditions de financement se sont déjà nettement dégradées.
Cette perspective intervient au moment où le rendement des obligations à 10 ans vient de retrouver un niveau absent depuis plus de deux décennies. Entre les discussions parlementaires sur les finances publiques, la progression de la prime de risque et l'examen de Moody's, plusieurs échéances se concentrent désormais sur la même semaine.
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