
Le spécialiste franco-italien des semi-conducteurs Stmicroelectronics a publié des résultats en hausse au deuxième trimestre mais ses prévisions ont laissé les investisseurs sur leur faim. Le titre a chuté de 18% jeudi, après avoir plus que doublé depuis le début de l'année.
Dans un entretien à l'agence Agefi-Dow Jones, Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics, confirme le potentiel important des nouveaux marchés de l'intelligence artificielle tout en revendiquant une approche équilibrée en termes de débouchés pour le groupe.
Agefi-Dow Jones: STMicroelectronics a publié un chiffre d'affaires en forte hausse au deuxième trimestre, à 3,5 milliards de dollars, et prévoit une nouvelle accélération d'ici à la fin de l'année. Etes-vous entré dans un nouveau cycle de croissance après deux années difficiles?
Jean-Marc Chéry: Oui. Au cours du trimestre écoulé, la demande a encore augmenté, avec de solides prises de commandes. Nous sommes portés par une forte demande de semi-conducteurs pour les infrastructures de télécommunications par satellites et les centres de données. Mais nous observons également une reprise sur nos marchés traditionnels, en particulier l'industriel et l'automobile. Cela se traduit par des prises de commandes pour l'ensemble de nos catégories de produits, qu'il s'agisse des plus récents comme la photonique sur silicium ou des produits analogiques traditionnels utilisés notamment dans l'automobile.
Agefi-Dow Jones: Votre action a chuté de 18% jeudi. Le marché a été déçu par vos prévisions pour le troisième trimestre...
Jean-Marc Chéry: Cette année, le profil de facturation de revenus avec notre principal client de smartphones sera différent de celui de 2025. Le consensus n'a sans doute pas bien anticipé cet aspect, bien que nous l'ayons déjà signalé. Nous avons également eu un peu de retard dans la croissance de notre usine de Singapour sur nos technologies traditionnelles, ce qui fait que l'on n'optimise pas complètement le troisième trimestre qui restera toutefois en croissance séquentielle par rapport au deuxième trimestre.
Nous avons par ailleurs indiqué que la croissance accélérerait à compter du quatrième trimestre, où nous prévoyons de dépasser les 4 milliards de dollars de chiffre d'affaires alors que le trimestre dernier, nous avions indiqué que nous le ferions d'ici 2-3 trimestres. Cela montre bien la capacité de STMicroelectronics à s'adapter à différents cycles de marché.
Agefi-Dow Jones: Etes-vous en mesure de satisfaire l'ensemble de la demande d'équipements pour les centres de données?
Jean-Marc Chéry: Sur la photonique sur silicium qui est fabriquée à Crolles (Isère), nous sommes en phase de ramp-up [montée en charge, ndlr] massif. Il faut se souvenir que ces produits étaient encore des prototypes au troisième trimestre 2025. Cela va se traduire par une croissance de Crolles 300 mm. L'usine de Crolles a cette caractéristique d'avoir des extensions modulaires. Nous avons décidé que nous allions augmenter ses capacités avec un module qui sera pleinement opérationnel pour supporter la croissance de fin 2027-début 2028 et permettra d'accompagner la demande de nos clients.
Agefi-Dow Jones: Partagez-vous les craintes sur la rentabilité et la pérennité des investissements dans l'intelligence artificielle, qui ont pénalisé certains de vos concurrents asiatiques récemment?
Jean-Marc Chéry: Il y aura à un moment donné une correction sur ce marché, où des milliards de dollars d'investissements ont été annoncés. Pour nous, l'important est de mitiger les risques d'une telle correction.
C'est pourquoi nous restons un fournisseur généraliste de l'industrie, avec de fortes positions dans l'automobile et les technologies grand public. J'ajoute que les équipements utilisés pour fabriquer nos produits à destination des centres de données ne sont pas spécifiques et peuvent servir à la fabrication d'autres types de produits, comme les microcontrôleurs.
Agefi-Dow Jones: Etes-vous confiants dans l'atteinte de vos objectifs de moyen terme?
Jean-Marc Chéry: Nous maintenons l'objectif d'un chiffre d'affaires de 18 milliards de dollars en 2028. La dynamique actuelle conforte cet objectif. Avec un rythme de croisière de plus de 4 milliards attendus au quatrième trimestre 2026, nous partons avec un potentiel minimum de 16 milliards de dollars en 2027. C'est sans compter la croissance additionnelle des data centers, qui continuera à tirer la croissance l'année prochaine.
Agefi-Dow Jones: Quid de l'objectif de marge brute, censé passer d'environ 35% aujourd'hui à près de 45% en 2028?
Jean-Marc Chéry: Pour atteindre cet objectif, nous devons poursuivre le remodelage de notre activité industrielle, notamment sur le secteur analogique et les composants de puissance. Sur ces deux secteurs, tant que nous n'aurons pas converti respectivement les technologies en carbure de silicium en 8 pouces et les technologies analogiques en 12 pouces, ces lignes de produits ne permettront pas d'être "accretive" [relutives, ndlr] sur la marge brute telle qu'elles devraient l'être, et cela n'arrivera pas avant fin 2027-début 2028. La bonne nouvelle, c'est qu'à court terme l'accélération de l'activité data centers et des produits liés au secteur industriel contribuent positivement à la marge brute, par un effet volume et un effet mix.
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