
Le constructeur automobile de luxe Ferrari plonge en Bourse après la présentation de sa première voiture 100% électrique. Le groupe italien a dévoilé lundi soir le design extérieur très épuré et futuriste de la Luce.
Vers 13h40, l'action Ferrari pliait de 6,3% à 290,30 euros. Sur un an, le constructeur italien a perdu près de 31% de sa valeur en Bourse.
La nouvelle Ferrari Luce a été présentée lundi en avant-première au président de la République italienne, Sergio Mattarella, au palais du Quirinal à Rome, par le président du groupe John Elkann, précise un communiqué.
Côté technique, ce SUV de 2.260 kilos, avec quatre portes et cinq places, possède quatre roues motrices. Le bolide passe de 0 à 100 km/h en seulement 2,5 secondes, et de 0 à 200 km/h en 6,8 secondes. La Ferrari Luce peut atteindre une vitesse de pointe supérieure à 310 km/h avec une puissance maximale de 1.050 chevaux pour une autonomie annoncée supérieure à 530 km. Le véhicule s'étend sur 5,03 mètres de long pour une largeur légèrement inférieure à 2 mètres et une hauteur de 1,54 mètre.
La Luce ("lumière" en italien) sera vendue au prix de 550.000 euros hors options et les livraisons débuteront au dernier trimestre de cette année, selon plusieurs médias spécialisés.
+ Un design mal accueilli +
Si les caractéristiques techniques de la voiture étaient déjà connues depuis fin mai, c'est davantage le design extérieur qui semble poser un problème aux puristes de la firme de Maranello.
"La conception de la Ferrari Luce a été confiée à LoveFrom, un collectif de designers dirigé par Sir Jony Ive et Marc Newson. Le fait de faire appel à une équipe extérieure au studio de design Ferrari, dirigée par Flavio Manzoni, a permis d'apporter un regard neuf et de favoriser les échanges fructueux, ce qui a conduit à l'émergence d'un nouveau langage stylistique", assurait fin mai dans un autre communiqué Ferrari. Jony Ive a longtemps travaillé chez Apple et est notamment à l'origine du design des iPod, des iPad, des iPhone ou encore de l'Apple Watch. Ce "regard neuf" n'a pour l'instant séduit ni les amateurs d'automobiles ni les investisseurs.
Le design de la Luce "marque une rupture radicale avec le langage stylistique habituel de la marque (configuration cinq places, silhouette de crossover, formes arrondies)", souligne Oddo BHF dans une note diffusée mardi.
"Les premières réactions du public, notamment des passionnés de Ferrari et d'automobile, sont globalement (très) négatives, même si l'on constate des réactions plus constructives de la part de personnes n'appartenant pas au cercle habituel des adeptes de la marque. Les détracteurs diront que ce modèle risque de nuire à la marque en s'éloignant de manière si radicale de son esprit traditionnel, tandis que les partisans y verront une initiative courageuse visant à s'adapter à un nouveau marché", poursuit Oddo BHF.
"La Luce sera la voiture de série non limitée la plus chère de Ferrari" et "les performances et les caractéristiques techniques, bien que solides en soi, ne semblent pas constituer une innovation majeure ni un progrès significatif par rapport aux autres marques", ajoute l'analyste.
Ce modèle est toutefois appelé à rester un produit de niche pour certains clients spécifiques de Ferrari. Oddo BHF ne voit pas les ventes dépasser 1.000 exemplaires par an, soit 7% des ventes au maximum. Cela aura donc un impact limité sur le groupe, même si la R&D nécessaire pour réaliser ce véhicule devrait peser sur la rentabilité de la firme de Maranello à moyen terme.
Oddo estime que Ferrari devrait d'autant plus limiter la production de la Luce que la décote à la revente de ses modèles hybrides est déjà importante. Ferrari doit préserver la valeur résiduelle de ses voitures pour conserver son image de marque et son statut. L'érosion de la valeur résiduelle de ses voitures ces derniers temps est un enjeu crucial pour le groupe à long terme, malgré un carnet de commandes bien garni. Oddo BHF conserve donc sa recommandation "neutre" sur le titre, avec un objectif de cours inchangé à 290 euros.
+ 20% de la gamme en électrique d'ici 2030 +
L'arrivée de ce premier modèle 100% électrique confirme la stratégie multi-énergies annoncée par Ferrari lors de sa journée investisseurs de 2022. Le constructeur italien n'échappe pas à la réglementation européenne sur les émissions de gaz à effet de serre, qui vise désormais une réduction de 90% des rejets de CO2 en 2035 pour le secteur. Fin décembre, la Commission européenne avait dû assouplir ses objectifs (qui étaient de 100% en 2035 à la base) face à la désindustrialisation accélérée du Vieux Continent.
Ferrari bénéficie de certaines dérogations. Les constructeurs qui immatriculent moins de 10.000 voitures au sein de l'Union européenne peuvent déroger à ces obligations en tant que "petit constructeur". Cette dérogation cessera d'exister à partir de 2036. Au-delà, seuls seront autorisés les véhicules thermiques utilisant des carburants neutres en CO2, les "e-fuels".
Ferrari a livré 3.346 véhicules au premier trimestre 2026, soit un peu plus de 13.700 voitures en rythme annualisé. Le groupe reste cependant dans la case "petit constructeur" car plus de la moitié de ses livraisons se font hors d'Europe.
Afin d'atteindre ses objectifs climatiques, Ferrari prévoit que sa gamme sera composée d'ici 2030 de 40% de véhicules thermiques, 40% de véhicules hybrides et 20% de véhicules électriques, rappelle son dernier rapport annuel. Les passionnés de la marque au cheval cabré vont devoir se faire à l'idée du passage à l'électrique et aux hybrides.
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