(ABC Bourse) - Les projets d’IA en entreprise se heurtent d’abord à une réalité technique: l’infrastructure. Une étude de GFT Technologies, spécialiste mondial de la transformation numérique axée sur l’IA, montre que les systèmes existants figurent parmi les principaux obstacles à la réussite de l’IA et qu’ils poussent de nombreuses organisations à renoncer à des initiatives déjà engagées.
L’enquête, menée par Wakefield Research auprès de 945 CIO et CTO dans 19 pays au sein d’entreprises réalisant au moins 500 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel, met en évidence un double mouvement: l’adoption de l’IA s’accélère, tandis que les risques et les contraintes opérationnelles augmentent. GFT identifie notamment l’ampleur des limitations des infrastructures existantes, le scepticisme sur le retour sur investissement, l’incertitude géopolitique et réglementaire qui influence les stratégies, la défiance sur la manière dont certaines entreprises justifient des décisions d’effectifs, et l’exposition accrue au risque des dirigeants technologiques.
Les systèmes existants, point de rupture des déploiements IA
Le premier enseignement porte sur l’effet direct des environnements hérités sur l’exécution des projets. Selon l’étude, 84% des répondants affirment que les limitations de leurs systèmes existants ont conduit leur entreprise à annuler une initiative ou un projet pilote d’IA. Le signal est clair: au-delà des démonstrateurs, la capacité à passer à l’échelle dépend d’un socle technologique adapté.
La sécurité apparaît comme l’autre volet critique. 93% estiment que le fait de ne pas moderniser les systèmes avant d’exécuter l’IA sur une infrastructure existante finira par déclencher une crise de sécurité à l’échelle de l’entreprise. Le risque ne se limite donc pas à des déploiements inefficaces, mais s’étend à une menace jugée systémique par une très large majorité des décideurs interrogés.
GFT relie cette fragilité à un décalage entre ambitions et maturité. « L’adoption de l’IA est en rapide progression, mais nos travaux indiquent que les entreprises prennent de plus en plus conscience de l’importance de l’infrastructure sous-jacente. Pour nombre d'entre elles, les infrastructures existantes deviennent une véritable contrainte, non seulement pour l’innovation, mais aussi pour la sécurité et la scalabilité. Pour transformer les investissements dans l’IA en une valeur commerciale durable, il devient donc essentiel de combler l’écart entre les ambitions en matière d’IA et la maturité des infrastructures », a déclaré Marco Santos, CEO mondial de GFT Technologies.
L’étude souligne aussi un enjeu de perception au sein des comités de direction. Seuls 20% affirment que les autres dirigeants et membres du conseil d'administration de leur entreprise sont pleinement conscients des risques de sécurité liés au déploiement de l'IA sur des systèmes existants. Ce déficit d’alignement interne, tel que mesuré par l’enquête, peut compliquer les arbitrages d’investissement nécessaires à la modernisation préalable.
Investissements, souveraineté technologique et incertitude géopolitique
Au-delà du socle IT, l’étude met en avant un questionnement sur la valeur créée par l’IA par rapport au niveau d’investissement. 89% craignent que les investissements mondiaux dans l'IA prennent le pas sur la valeur commerciale qu'elle peut réellement générer. Le constat s’inscrit dans une période où les initiatives IA se multiplient, mais où le retour sur investissement reste un sujet de débat pour une large part des responsables technologiques.
L’incertitude géopolitique et réglementaire ressort également comme un facteur structurant des stratégies. 99% estiment que les éventuelles restrictions gouvernementales sur l'accès à l'IA renforcent l'importance de diversifier les fournisseurs d'IA. La dépendance à un fournisseur unique devient, dans cette logique, un risque de feuille de route, dans un contexte où les contraintes d’accès ou d’usage pourraient évoluer.
Le rapport associe ces dynamiques à un écart grandissant dans la mise en œuvre: GFT indique que de nombreuses entreprises déploient l’IA à un rythme que la capacité de leurs infrastructures sous-jacentes ne peut plus assumer. Le texte insiste sur plusieurs points: les systèmes existants sont à l'origine d'échecs de projets, la dépendance à un fournisseur unique compromet les feuilles de route en matière d'IA, et les responsables technologiques endossent de plus en plus le coût des défaillances organisationnelles.
La notion de gouvernance et de gestion des dépendances technologiques apparaît en filigrane des recommandations pratiques formulées à partir des résultats. L’étude décrit une priorité pour réduire l’écart de mise en œuvre: préparer le socle nécessaire au déploiement de l’IA de manière sécurisée et durable en modernisant les environnements existants, en renforçant la gouvernance, en gérant les dépendances technologiques et en alignant l’adoption de l’IA sur des stratégies commerciales et de gestion des effectifs élargies.
Effectifs, pression sur les dirigeants technologiques et conditions de passage à l’échelle
L’étude met en lumière un scepticisme spécifique autour des décisions de ressources humaines associées aux déploiements d’IA. 91% estiment que certaines sociétés cotées invoquent l'IA pour justifier des changements d'effectifs visant principalement à faire grimper le cours de leur action. Cette perception alimente un climat de défiance sur le récit entourant l’IA et les transformations organisationnelles.
Dans le même temps, le risque se concentre, selon les répondants, sur les épaules des responsables IT. 89% craignent qu'une mauvaise décision concernant les effectifs prise lors du déploiement de l'IA à grande échelle, risque de mettre leur propre emploi en péril. Cette donnée rejoint l’idée, exprimée par le rapport, d’une exposition croissante au risque des dirigeants technologiques, dans un environnement où l’IA devient un impératif stratégique, mais où les conditions de réussite ne sont pas toujours réunies.
GFT relève néanmoins que l’adoption s’accélère, et différencie les entreprises qui parviennent à créer de la valeur. Selon le rapport, celles-ci envisagent l’IA comme un investissement bottom-up, plutôt que comme une simple couche ajoutée à des infrastructures, à des modèles de gouvernance et à des stratégies de gestion des talents obsolètes. L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique: il concerne aussi la manière d’intégrer l’IA dans l’organisation, ses choix de pilotage, et sa capacité à traiter les contraintes de départ.
Marco Santos insiste sur la séquence à respecter pour éviter de déplacer les risques dans le temps. « La pression exercée pour afficher des résultats générés par l'IA est bien réelle, mais vouloir aller plus vite que ne le permet son infrastructure aboutit à reporter le risque à une étape ultérieure. C'est en créant d'abord un socle solide que l'on garantit la pérennité et la scalabilité de la valeur et de la rapidité obtenues par la suite », a déclaré Marco Santos.
GFT Technologies se présente comme une entreprise mondiale de transformation numérique axée sur l'IA, indiquant concevoir des solutions fondées sur les données et l'IA, moderniser les architectures technologiques et développer des systèmes de gestion cœur de métier de nouvelle génération, notamment pour des dirigeants des secteurs bancaire, de l'assurance, de l'industrie manufacturière et de la robotique. L’entreprise précise compter plus de 12 000 experts technologiques, présents dans plus de 20 pays.
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