
(Actualisation: déclarations du président de la Fed et du porte-parole de la Maison Blanche, réaction de marché.)
La Réserve fédérale (Fed) américaine a relevé ses taux mercredi pour la première fois depuis 2023, afin de tenter d'endiguer une inflation qui ne faiblit pas outre-Atlantique, dans un environnement marqué par la flambée des cours du pétrole.
Conformément aux attentes du marché, la Fed a annoncé une hausse d'un quart de point du taux des fonds fédéraux, dans une fourchette comprise entre 3,75% et 4%. Cette décision, prise à l'unanimité, intervient alors que le camp des partisans d'une ligne plus dure contre l'inflation s'était renforcé ces derniers mois au sein même de la Fed.
"Cela fait cinq ans que l'inflation dépasse notre cible. Notre attention se porte sur la stabilité des prix", a déclaré le président de la Fed, Kevin Warsh, lors de sa traditionnelle conférence de presse, en consacrant une large part de ses remarques à la lutte contre l'inflation.
"Depuis mon premier comité de politique monétaire en juin, mes collègues et moi-même avons été sans équivoque dans notre engagement en faveur de la stabilité des prix (...) Nous devons être convaincus que l'inflation sous-jacente se dirige vers notre objectif, aujourd'hui le comité a décidé que ce critère n'avait pas été rempli", a-t-il ajouté.
Sur les marchés, ce message de fermeté a pesé sur les actions américaines, le S&P 500 s'inscrivant en baisse de 0,5% en fin de séance. Le rendement du 10 ans américain s'adjugeait pour sa part près d'un point de base, à 5,01%.
En juillet dernier, l'institution avait finalement opté pour le statu quo sur les taux à une majorité de 9 voix, mais 3 dissidents s'étaient prononcés en faveur d'un resserrement monétaire. Plus récemment dernier, le président de la Fed avait profité de la conférence annuelle de Jackson Hole pour dire son insatisfaction face à la persistance d'une inflation élevée. Selon lui, les chiffres meilleurs que prévu publiés au début de l'été ne signalaient pas nécessairement une tendance à la décrue des tensions inflationnistes.
L'indice CPI du mois d'août, publié la semaine dernière, a convaincu les investisseurs que la Fed passerait à l'action après être restée l'arme au pied jusqu'à présent. Sur les 12 derniers mois, les prix à la consommation s'inscrivent en hausse de 3,4% aux Etats-Unis. Hors alimentation et énergie, la hausse est également à l'objectif de 2% de la Fed (+2,4%).
+Les Etats-Unis approchent du "plein emploi"+
La décision de resserrer les taux cette semaine a pu être facilitée par la bonne tenue du marché du travail américain. Avec 162.000 créations de postes le mois dernier, au lieu des 55.000 attendus, et une révision en hausse des chiffres de juin et juillet, la Fed peut se concentrer sur la lutte contre l'inflation sans craindre de freiner brutalement l'activité.
La situation est en revanche compliquée par le retour des cours du pétrole au-dessus des 100 dollars le baril depuis la semaine dernière en raison de l'extension du conflit au Moyen-Orient et des menaces pesant sur les approvisionnements dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Au cours de son intervention, Kevin Warsh a estimé que le taux de chômage actuellement observé aux Etats-Unis (4,3% en août) était compatible avec le plein emploi. Le responsable s'est également montré optimiste sur les perspectives de l'économie américaine, affirmant que la récente remontée des taux longs pouvait être en partie attribuée à la confiance des investisseurs dans la poursuite de la croissance.
Selon les projections mises à jour mercredi, une large majorité des membres de la Fed table sur au moins une hausse de taux supplémentaire d'ici à la fin de l'année. En juin, seul un tiers d'entre eux anticipaient au moins deux relèvements d'un quart de point d'ici à décembre.
De son côté, Kevin Warsh a indiqué qu'il n'avait pas participé à cet exercice de prévision, rappelant son opposition à la pratique de "forward guidance" consistant à annoncer à l'avance les orientations futures de la Fed.
La Fed a par ailleurs légèrement relevé sa prévision d'inflation pour 2026, à 3,7%, et a revu sa prévision de chômage pour la fin de l'année à 4,1%, au lieu de 4,3% en juin.
La banque centrale table sur une croissance de 2,3% du produit intérieur brut (PIB) cette année et de 2,4% l'an prochain, une très légère amélioration de 0,1 point de pourcentage par rapport à juin.
+Tensions sur les taux, frictions politiques+
Avant même la décision de la Fed, l'été a été marqué par des tensions croissantes sur les marchés de taux. Le dérapage des comptes publics, aux Etats-Unis comme dans plusieurs pays occidentaux, s'est ajouté aux craintes sur l'inflation pour inciter les investisseurs à exiger des rémunérations plus importantes. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans évolue actuellement autour des 5%, du jamais-vu depuis l'été 2007, alors que l'envolée des investissements dans l'IA contribue également à capter une part croissante des sources de financement.
Sur le front politique, le conseiller économique de la Maison Blanche Kevin Hassett a jugé dimanche que l'inflation était bien orientée et que la Fed n'avait pas besoin de relever ses taux à ce stade. Donald Trump "respecte à 100% l'indépendance de Kevin Warsh" et "soutiendra à 100%" la décision de la Fed, a-t-il toutefois assuré.
Le président américain est connu comme partisan inconditionnel des baisses de taux et s'était montré particulièrement critique des décisions de Jerome Powell en la matière jusqu'à son remplacement par Kevin Warsh en mai. Une politique monétaire plus restrictive pourrait raviver les tensions entre la banque centrale et l'exécutif américain à l'approche des élections de mi-mandat qui doivent se tenir en novembre.
Le porte-parole de la Maison Blanche, Kush Desai, a réagi mercredi soir aux annonces de la Fed en qualifiant sa décision de relever ses taux de "plutôt regrettable". "Je pense que le président a été extrêmement clair quant à la direction dans laquelle il souhaite voir les taux aller", a indiqué le porte-parole sur Fox News, en affirmant qu'une hausse des taux ne semblait pas indispensable au regard de la situation de l'économie.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
