(ABC Bourse) - Protéger les consommateurs, encadrer les stablecoins, attirer les investisseurs : le gouvernement britannique dévoile sa feuille de route pour réguler entièrement les cryptoactifs à partir de 2027. Une stratégie alignée sur le modèle américain, loin des règles européennes, pour faire de Londres un pilier mondial du secteur.

Londres met les bouchées doubles pour s'imposer sur l'échiquier des actifs numériques. Ce lundi 15 décembre 2025, le ministère britannique des Finances a annoncé qu'un cadre réglementaire complet sur les cryptomonnaies serait instauré à partir d'octobre 2027. L’objectif ? Faire du Royaume-Uni une destination mondiale pour les actifs numériques.
Une réponse politique aux scandales à répétition
Le gouvernement présentera au Parlement, dans la journée, un projet de loi visant à étendre la régulation financière actuelle aux entreprises actives dans la cryptographie. Contrairement à l’Union européenne qui a choisi de créer un dispositif autonome (le règlement MiCA), le Royaume-Uni veut intégrer ces acteurs dans le système existant, à l'image des États-Unis.
La ministre des Finances Rachel Reeves défend une approche volontariste : "En donnant aux entreprises des règles claires, nous leur apportons la certitude dont elles ont besoin pour investir, innover et créer des emplois hautement qualifiés ici au Royaume-Uni" a-t-elle déclaré. Elle ajoute que ces réformes doivent aussi permettre "à des millions de personnes une solide protection des consommateurs, en écartant les acteurs douteux du marché britannique" [CITATION].
Cette volonté de protéger le public s’explique aussi par les chiffres. En octobre dernier, les banques ont révélé que les pertes des consommateurs britanniques dues à des escroqueries à l’investissement avaient bondi de 55 % en un an, atteignant 629 millions de livres sterling. En mars, le quotidien The Guardian rapportait qu’une escroquerie opérée depuis la Géorgie avait dérobé 9 millions de livres à des victimes au Royaume-Uni. Une fraude au bitcoin de plusieurs milliards impliquant une ressortissante chinoise installée en Angleterre a également conduit à une condamnation en septembre.
Stablecoins, supervision et ambitions mondiales
Les sociétés liées aux cryptoactifs opérant au Royaume-Uni sont déjà tenues de répondre à des obligations, notamment en matière de lutte contre le blanchiment, et doivent être enregistrées auprès de la Financial Conduct Authority (FCA). Mais la réforme prévoit un encadrement plus strict des stablecoins, ces cryptomonnaies adossées à des monnaies traditionnelles.
La Banque d’Angleterre supervisera les émetteurs les plus importants, dits "systémiques", tandis que la FCA régulera les acteurs de moindre taille. Fin novembre, la Banque centrale a proposé de limiter la détention d’un stablecoin à 20 000 livres pour les particuliers, et à 10 millions pour les entreprises, sauf exceptions notables.
Sur le plan international, le Royaume-Uni veut se différencier. Tandis que les États-Unis accélèrent avec des textes favorables comme le Genius Act, et que l’UE applique MiCA, Londres veut attirer les investisseurs en offrant plus de prévisibilité. Le contexte est porteur : l’intérêt pour les cryptoactifs est en hausse depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui a promis un soutien actif au secteur, malgré une chute récente du bitcoin.
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